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 Sujet du message:  Réflexions linguistiques
MessageMessage posté...: Dim 14 Mai 2017, 02:20 
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 J’ouvre ce sujet pour présenter quelques réflexions linguistiques sur les langues de Féérune. En cas de commentaires à faire, merci d’éviter de les faire ici et de créer éventuellement un sujet si l’envie vous en prend. :)

 Tout ceci est, bien évidemment, un travail sérieux et documenté réalisé au sein de la grande bibliothèque d’Oghma, à Gemmaline, en lien avec d’autres prestigieuses universités du continent (notamment Château-Suif).

  1. Les genres du halfelin
  2. Genres et nombres en nain ? Genre et nombre en nain !
  3. La subtile conjugaison de l’orque
  4. En Halruée, les souris mangent le chat
  5. L’elfique, ou le règne des exceptions

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Frère Théodemir (Aussi joueur de feu Râourgh l’Éclateur de crânes, Marcel Fasnières, Kerrarc’h Linflexible et Méline l’érudite)
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 Sujet du message:  Les genres du halfelin
MessageMessage posté...: Dim 14 Mai 2017, 02:21 
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Les genres du halfelin


 Dans ce premier épisode des réflexions linguistiques, on va s’intéresser au concept de genre grammatical dans le halfelin. La plupart des langues de Féérune ont deux ou trois genres grammaticaux : masculin, féminin et, éventuellement, neutre ; certaines font seulement une opposition entre animé et inanimé (comme le nain, dont on parlera plus tard), d’autres n’ont pas de genre grammatical.
 Le halfelin possède une distinction intéressante entre les différents objets en établissant quatre genre grammaticaux :
  • le masculin : est masculin ce qui est intrinsèquement masculin (comme un chêne ou une chemise) ;
  • le féminin : est féminin ce qui est intrinsèquement féminin (comme un bureau ou une bouteille) ;
  • le neutre : est neutre ce qui est intrinsèquement neutre (comme la Suisse un cheval ou une calèche) ;
  • le petit : est petit ce qui est intrinsèquement petit.

 C’est des grammairiens elfes qui ont, les premiers, employé ce terme de « petit » pour employer la classe nominale que les halfelins préfèrent désigner par « ce qui est de taille raisonnable ». Pour la clarté du propos, on emploiera le terme consacré par les grammairiens elfes en italique, réservant le romain pour l’adjectif.
 Le neutre est le genre non-marqué (on pourra employer un pronom neutre pour désigner quelqu’un ou quelque chose dont on ignore la nature précise ou dont ladite nature n’est pas importante pour le propos). Les quatre genre ont chacun leurs articles et pronoms spécifiques. Le masculin, le féminin et le petit ont chacun des marques spécifiques à ajouter sur des mots non-marqués, comme les adjectifs (comme grand (non-marqué)/grande (marqué) pour nous), certains noms (comme boucher/bouchère) ; mais d’autres mots n’ont aucun marqueur de genre (comme vache/taureau ou oie/jars pour nous). La forme du verbe conjugué change en fonction du genre du sujet aux deuxième et troisième personne (singulier et pluriel).

 On dira donc : « [première personne du singulier (1S)] [voir] [article neutre] [cheval] » ou « [1S] [voir] [article féminin] [cheval-marque du féminin] » suivant qu’on veut dire qu’on voit un cheval de sexe indéterminé ou une jument.
 On dira aussi : « [3S-masculin] [faire du bruit-marque du masculin] » ou « [3S-petit] [faire du bruit-marque du petit] » suivant que la chose ou personne qui fait du bruit est de genre grammatical masculin ou petit.


 La première question qui se pose est de savoir ce qui est intrinsèquement petit. Une mouche est-elle petite ? un enfant l’est-il ? une mure ? un œuf de colibri sera-t-il petit et un œuf de dragon d’un autre genre ? un halfelin est-il petit ?
 Est généralement petit ce qui est petit par nature, pas relativement, mais absolument. Est aussi petit ce qui, par nature, est à l’intérieur de quelque chose de plus grand. Ne sera généralement pas petit ce qui, par nature, a tendance à contenir quelque chose de petit. Bien évidemment, ce n’est pas toujours vrai… Reprenons nos exemples avec quelques autres :
  • une mouche est petite par nature, mais contient des organes (petits et petits), elle n’est pas petite ;
  • une fourmi ou une abeille est petite par nature et bien que contenant des organes (petits et petits), elle vit dans une fourmilière ou une ruche, elle est petite ;
  • une tortue peut être grande, mais est engoncée dans une carapace, elle est petite ;
  • un enfant est un être doué de raison (ou le petit d’un être doué de raison, ou un petit d’une espèce généralement considérée comme étant douée de raison), il n’est pas donc pas petit mais masculin ou féminin, sauf si c’est un enfant halfelin (on y reviendra) ;
  • un petit d’un animal est petit, mais le marqueur de genre peut être remplacé par un marqueur masculin ou féminin si on souhaite donner une précision et que le mot possède un marqueur de genre petit ;
  • de nombreux fruits contiennent leurs graines, pépins ou noyaux à l’intérieur d’eux : ils ne sont généralement pas petits, mais un pépin ou un noyau l’est ;
  • une mure est naturellement petite et ses pépins ne sont pas à l’intérieur, elle est petite ;
  • une groseille est naturellement petite et ses pépins sont à l’intérieur, elle n’est pas petite ;
  • le fruit de l’amour en cage est… dans une cage, il est petit ;
  • un œuf, dans l’absolu n’est pas toujours petit et, surtout, contient des choses, il est neutre ; on pourra, lorsqu’on parle d’un œuf d’un animal petit y ajouter un marqueur petit ;
  • un jaune d’œuf, même de dragon, est contenu dans un œuf, il est petit ;
  • un halfelin est petit (« de taille raisonnable » disent les halfelins).

 Certains ont avancé l’idée que ce genre pourrait être appelé « ce qui est inclus dans quelque chose » ou « inclus » tout simplement. Mais dans quoi est inclus un halfelin ?

 En halfelin classique, les halfelins sont petits. Néanmoins, en halfelin moderne parlé, surement sous l’influence de la désignation non-halfeline de ce genre, on a tendance à employer le neutre, le masculin ou le féminin à la place du petit lorsqu’on veut indiquer qu’on estime que la personne dont on parle a une certaine grandeur. La formulation classique « [1S] [parler] [2S accusatif-petit] » (en halfelin, on parle quelqu’un et pas à quelqu’un) est remplacée par « [1S] [parler] [2S accusatif-neutre, masculin ou féminin] » si on veut sous-entendre à son interlocuteur qu’il est grand, quelqu’un d’important.


 Une autre question vient à l’esprit : d’où vient ce genre grammatical ? Les linguistes qui se sont posés cette question n’ont toujours pas trouvé de réponse sure et certaine (et aucun n’a eu le financement nécessaire pour faire appel à un puissant sort de divination), mais il semblerait qu’il se soit agi d’un réflexe identitaire, une forme de repli sur soi dans un but protecteur : comment se différencier des autres, des grands parfois hostiles et moqueurs ? En créant un genre grammatical qui distinguerait les halfelins « de taille raisonnable » et s’étendrait à de nombreux objets utilisés couramment par les halfelins.

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 Sujet du message:  Genres et nombres en nain ? Genre et nombre en nain !
MessageMessage posté...: Dim 14 Mai 2017, 02:22 
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Genres et nombres en nain ? Genre et nombre en nain !


 Dans ce deuxième épisode des réflexions linguistiques, on va s’intéresser à la langue naine : ses genres grammaticaux et ses nombres. Annonçons déjà la couleur : il n’y pas de pluriel en nain ! À vrai dire, il n’y a pas de singulier non plus…

 Parlons d’abord des genres grammaticaux du nain (c’est plus simple). Comme on l’a dit précédemment, le nain a deux genres : animé et inanimé, mais chacun se construit à partir d’une base non marquée sur laquelle est ajoutée un infixe (sauf pour certains noms dont le caractère animé ou inanimé du signifié a été consacré par l’usage). Seuls les noms portent la marque du genre : pronoms, verbes, adjectifs en sont exempts.
 La langue naine est concrète et descriptive : ce dont on parle bouge de soi-même ? alors c’est animé. Cela ne bouge pas de soi-même ? alors c’est inanimé. On n’en sait rien ? alors il n’y a pas d’infixe. En somme, si mon père[infixe « animé »] est au cimetière, c’est qu’il va voir une tombe, se promène ou y travaille ; alors que si mon père[infixe « inanimé »] est à la maison, c’est surement que son corps repose dans son lit avant ses obsèques. Si mon voisin m’a dit que sa vache était gravement malade, pour prendre des nouvelles, je pourrais lui demander comment va sa vache[infixe « animé »] pour lui faire comprendre que j’espère qu’elle est toujours vivante ; mais je peux aussi lui demander comment va sa vache[pas d’infixe] ; par contre, lui parler de sa vache[infixe « inanimé »] n’est pas forcément très sympathique…
 Là où c’est gênant, c’est si on me dit qu’une table[infixe « animé »] est dans la rue… il y a fort à parier qu’un mage l’aura enchantée et dotée d’une conscience ! À moins que mon interlocuteur ne maitrise pas les infixes.

 Une autre langue de Féérune connait cette distinction : l’orque. Faut-il en déduire quelque chose ? une influence d’une langue sur l’autre ? un mode de pensée partagé par nains et orques ?


 Parlons maintenant des nombres grammaticaux. La plupart des langues des royaumes ont deux nombres : le singulier (pour un objet ou aucun) et le pluriel (à partir de deux ou bien même entre un et deux). Certaines possèdent un duel (deux objets) comme le loross (ancêtre du néthérisse et du halruéen) et le midani (à Zakhara). Non seulement le nain n’a aucun de ces nombres, mais il est le seul à posséder ceux qu’il emploie : le déterminable (donc potentiellement indéterminé) et le collectif (qui est une sorte de déterminable). Le déterminable est souvent vu comme un singulier et le collectif comme un pluriel, mais ce n’est pas toujours aussi simple.
 Le déterminable s’emploie sans marqueur de quantité pour parler d’une chose, d’une personne (à la première, la deuxième ou la troisième personne) dont le nombre n’est pas important, pas su ou implicite. Avec un marqueur de quantité (un, deux, quelques, beaucoup…), on donne une information supplémentaire en déterminant le nombre (ou en donnant une idée de la quantité).
 Le collectif est formé, généralement, par adjonction d’un préfixe, mais parfois la forme est totalement différente (comme pour nous : « vache » devient « troupeau » au collectif, par exemple, si tant est qu’on suppose l’existence d’un collectif en tant que nombre grammatical dans notre langue). Le collectif indique qu’on parle d’un groupe d’objets ou d’individus, mais pris en tant que groupe, pas en tant qu’individualité mises ensemble.

 « [première personne déterminable (1D)] [vache-pas de marqueur (donc déterminable)] [avoir] » (le nain met les verbes d’action à la fin de la phrase, les verbes d’état au début) peut avoir plein de sens différents :
  1. J’ai une vache.
  2. J’ai des vaches.
  3. Nous avons une vache. [Dont nous sommes chacun propriétaires.]
  4. Nous avons des vaches. [Dont nous sommes chacun propriétaires.]
 En somme : « Moi et éventuellement d’autres personnes non-nommées, dont mon interlocuteur peut deviner l’identité ou dont il n’a pas besoin de la connaitre, possédons au moins une vache. »
 On pourrait dire « J’ai de la vache. » (partitif), en se permettant quelque chose de peu académique.

 « Deux [1D] [vache-collectif] [voir] » peut avoir les sens suivants :
  1. Nous deux voyons un troupeau de vaches.
  2. Nous deux voyons des troupeaux de vaches.
 En somme : « Deux personnes, dont moi, voient chacune au moins un troupeau de vache, mais nous ne nous intéressons qu’aux troupeaux, pas aux individualités que représente chaque vache. »
 On pourrait dire « Nous deux voyons du troupeau de vache. »

 Attention ! « [1C] [vache-collectif] [voir] » signifie que le groupe dont je fais partie (ou les groupes dont je fais partie d’au moins un) voit un ou plusieurs troupeaux de vaches : au moins un des membres du groupe voit le troupeau, mais pas forcément tout le monde.

 « Un [1D] trois [vache-collectif] [voir] » signifie « Je vois trois troupeaux de vaches. »

 « [Être] [deuxième personne collective (2C)] [grand] » peut avoir les sens suivants :
  1. Le groupe dont tu fais partie est grand.
  2. Les groupes dont tu fais partie sont grands.
  3. Le groupe dont vous faites partie est grand.
  4. Les groupes dont vous faites partie sont grands.
 En somme : « Le ou les groupes auxquels appartient mon interlocuteur et d’autres personnes éventuellement présentes sont grands. »

 « [Être] trois [deuxième personne collective (2C)] [grand] » peut avoir les sens suivants :
  1. Les trois groupes dont tu fais partie sont grands.
  2. Les trois groupes dont vous faites partie sont grands.

 Il est rare d’employer un marqueur quantitatif devant un nom collectif.


 Si « cinq [objet-collectif] » désigne cinq groupes de tels objets, on pourra se demander comment on fait pour exprimer le fait qu’un groupe est composé de cinq objets. Tout simplement : « [être] cinq [objet-déterminable] dans [démonstratif] [objet-collectif] ».

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 Sujet du message:  La subtile conjugaison de l’orque
MessageMessage posté...: Mar 23 Mai 2017, 22:41 
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La subtile conjugaison de l’orque


 Intéressons-nous maintenant à la langue orque. Comme le nain, l’orque possède deux genres grammaticaux : l’animé et l’inanimé, à la différence près que la marque de genre n’est pas un infixe, mais une absence de marque pour l’inanimé et un suffixe ou une modification du radical pour l’animé (comme chez nous : au mot « cadavre », inanimé au plus haut point, répond l’animé « être vivant »). Nous allons parler ici de la conjugaison de l’orque.
 Commençons par réduire à néant une idée fort répandue : l’orque n’est pas une langue qui se réduit à « moi prendre ça, moi tuer toi », etc. C’est on ne peut plus faux. Certes, traduit mot à mot, l’orque ressemble à ça, ce qui explique pourquoi beaucoup d’orques s’expriment ainsi en commun. Mais au contraire, c’est une langue riche, fournie et qui foisonne de nuances et de subtilités dans la manière de décrire les actions : chez les orques, la valeur de quelqu’un se mesure à la hauteur de ses actions, il est tout naturel que la description des actions soit importante dans la langue.

 La langue orque ne possède pas vraiment de temps au sens où nous l’entendons habituellement. Il y a quatre voix : l’actif, le passif, le réfléchi et le réciproque. L’actif et le passif sont courants, le réfléchi indique une action qu’on se fait à soi-même (je me vois, tu te laves, il se blesse, etc.) et le réciproque une action partagée avec quelqu’un (nous nous disputons, vous vous appréciez, etc.).
 L’apprentissage de l’orque peut être assez difficile puisque les voix passive et réfléchie se forment avec des radicaux souvent complètement différents de celui qui sert à l’actif et au réciproque. Mais l’avantage est qu’il n’y a, par la suite, aucune conjugaison : le verbe reste invariable quelle que soit la personne et quel que soit le temps. À vrai dire… il n’y a pas de temps : juste une forme « avérée » et une forme « non-avérée » suivant que l’action décrite est avérée ou non (là encore… le radical change parfois ou est, le plus généralement, fortement altéré).

 Prenons un peu de temps pour parler du réfléchi et du réciproque. Dans notre langue, si nous disons « vous vous appréciez », dit-on que nos interlocuteurs s’apprécient mutuellement ou que chacun s’apprécie ? Si nous disons « ils se sont offert un bon repas », dit-on que chacun s’est offert ce repas ou que chacun l’a offert aux autres ? L’orque permet de lever cette ambigüité. Oui, mesdames et messieurs les elfes et les nains : votre langue ne permet pas cela, mais celle des orques le peut. Allez, soyons agréables pour vous : est-il nécessaire de la lever ? se comprend-on quand même sans cette subtilité ? Vous voyez : tout est relatif.
 Toujours est-il que l’orque fait donc une différence entre « [2P] [apprécier-réfléchi] » (chacun des interlocuteurs s’apprécie personnellement) et « [2P] [apprécier-réciproque] » (chacun des interlocuteurs apprécie les autres). En fait, notre langue permet aussi, un peu, cette subtilité : « vous vous entrappréciez, ils se sont entroffert un bon repas », même si cette tournure n’est pas toujours canonique.
 Là où cela devient intéressant, c’est lorsqu’on emploie le réciproque au singulier. Que pourrait vouloir dire « [2S] [apprécier-réciproque] » ? Eh bien, tout simplement la chose suivante : « Tu apprécies quelqu’un qui t’apprécie. »

 Parlons maintenant des temps. Enfin… de l’avéré et du non-avéré.
 En pratique, l’avéré correspond peu ou prou à un passé, pour un verbe d’action : ce qui est passé est réel, avéré. Pour un verbe d’état, l’avéré correspond aussi bien à un présent qu’à un passé. Le non-avéré correspond, lui, à peu près à un présent ou un futur, que le verbe soit d’action ou d’état : ce qui n’est pas arrivé ou est encore en cours n’est pas encore réalisé, est non-avéré. Un grand nombre d’adverbes temporels permet de situer les actions les unes par rapport aux autres dans un long discours. Non : c’est une blague ! L’orque n’est justement pas une langue qui se prête aux longs discours, du fait, justement, de la grande difficulté de situer différentes actions : il existe bien quelques adverbes temporels, mais ils sont en nombre assez restreint.
 Mais comme toujours dans les langues : ce n’est pas si simple ! On peut tout à fait énoncé un fait passé au non-avéré pour le mettre en doute, tout comme on peut énoncer un fait futur à l’avéré pour insister sur le fait qu’il se réalisera.

 « [arbre] [1S] [couper-avéré] » (l’orque place l’objet en début de proposition et le verbe à la fin) signifie plutôt « j’ai coupé un arbre » : c’est avéré, d’ailleurs l’arbre est ici, juste à côté de moi. Mais on peut aussi le comprendre comme « je coupe un arbre » : oui, tu vois bien, je suis en train de le faire. Mais on peut aussi comprendre « je couperai un arbre » : c’est sûr et certain, demain, il sera coupé, j’en prends l’engagement.
 Avec un marqueur temporel, aucun problème : « [arbre] [1S] [demain] [couper-avéré] » signifie bien qu’il est sûr et certain que l’arbre sera coupé, demain.

 « [voyage] [3S] [partir-non-avéré] » signifie plutôt « il part en voyage », voire « il partira en voyage » (les orques se projettent rarement dans le futur et le sens présent est plus courant) : ce n’est pas avéré, je n’étais pas là pour vérifier. Mais on peut aussi le comprendre comme « il serait parti en voyage » : le fait est non-avéré dans le passé, on m’a dit que, j’ai cru comprendre que, etc.


 Un exemple de phrase orque rassemblant un peu tout ce que nous venons de dire :
[plaine] [loups-inanimé] [être-non-avéré], [loups-animé] [hier] [dévorer-réciproque-non-avéré]

 On pourrait la traduire par « Des cadavres de loups sont dans la plaine. Ils se sont peut-être entredévorés hier. » Mais d’autres sens seraient aussi possibles : comme dans toutes les langues, il y a une part d’implicite qui dépend de référentiels culturels et que les locuteurs savent lever sans problème avec le contexte.

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 Sujet du message:  En Halruée, les souris mangent le chat
MessageMessage posté...: Lun 05 Juin 2017, 18:58 
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En Halruée, les souris mangent le chat


 Dans ce court quatrième chapitre de nos réflexions linguistiques sur les langues des royaumes, nous allons présenter un fait linguistique amusant du halruéen. Si vous croisez en Harluée quelqu’un qui vous dit qu’il fait chaud et que la récolte va bruler le soleil, rassurez-vous : il n’a pas une insolation, c’est juste qu’il calque son mode de pensée et d’expression sur le commun. En effet, dans sa langue, les compléments d’objet sont exprimés avant le verbe, qui précède lui-même le sujet (le verbe et le sujet sont systématiquement placés à la fin de la proposition). Bref : ce Halruéen vous dit, en réalité, que le soleil va bruler la récolte.
 Ce qui est encore plus surprenant, c’est que l’accord du verbe ne se fait pas avec le sujet, mais avec l’objet. Ainsi, si le soleil va bruler les récoltes, un Halruéen dira que les récoltes vont bruler le soleil. De quoi surajouter de la confusion à la confusion ! En fait, plutôt que d’accord, il faudrait plutôt parler de marqueur qui rappelle l’objet. Un peu comme si, systématiquement, nous disions « Le soleil va les bruler, les récoltes. » au lieu de « Le soleil va bruler les récoltes. » (« Un peu », parce que ce n’est pas vraiment ça non plus.)

 Notons enfin que le sujet n’est sujet que s’il est actant, on appelle ce cas « ergatif » (il y a action ou travail de la part du sujet). S’il est patient de ce qui est décrit, comme dans le cas d’un verbe d’état, il est au même cas que le complément d’objet et est placé avant le verbe, qui se retrouve alors en dernière position.

 Un petit exemple : « [trou-ablatif] [possessif] [souris-objet pluriel] [sortir-passé] et [chat-objet] [voir-passé] [souris-ergatif pluriel] », soit littéralement (et inexactement) « De leur trou, les souris sont sorties et le chat a vu les souris. » signifie que les souris sont sorties de leur trou et qu’elles ont vu le chat.

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 Sujet du message:  L’elfique, ou le règne des exceptions
MessageMessage posté...: Dim 10 Sep 2017, 19:00 
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L’elfique, ou le règne des exceptions


 À ceux qui pensent que les démons sont l’incarnation même du chaos, vous ne connaissez surement pas la langue elfique. Le titre peut induire en erreur, alors disons-le clairement : l’elfique n’a pas de règles de grammaire générale, mais a des règles pour presque chaque mot ! L’espruar, langue mère de l’elfique était une langue assez carrée et rigoureuse, mais son évolution en elfique (particulièrement la variété d’Éternelle-Rencontre) en a fait une langue horriblement dure à apprendre pour tout non-elfe ; d’ailleurs si les elfes ne sont considérés comme des adultes par les leurs que vers 100 ans, ce n’est pas pour des questions de maturité (ils sont en âge de procréer vers 20 ans) ni de développement intellectuel (nombreux sont ceux qui, dès leurs 50 ans, ont une bonne maitrise d’un savoir technique ou artistique), mais bien parce que c’est le temps qu’il leur faut pour apprendre leur langue !

 En quoi, donc, l’elfique est-il si anarchique ? On l’a dit, l’espruar est une langue régulière et presque sans exception, mais au cours de son évolution, bien que les structures grammaticales aient peu changé, l’altération des sons a été particulièrement importante et aujourd’hui, des choses simples aussi que le pluriel s’expriment de manières complètement différentes, voire aberrantes, d’un mot à l’autre, tout en s’expliquant par la linguistique historique : l’ajout d’un suffixe var+désinence casuelle (duel) ou ren+désinence casuelle (pluriel) en espruar a donné en elfique presque un type de pluriel par mot (parfois issu du duel, parfois issu du pluriel, et cela diffère aussi suivant le cas qui a été retenu…).
 Et cela, c’est évidemment quand le pluriel ne vient tout simplement pas d’un mot d’origine complètement différente (et change, au passage, de genre grammatical)…

 On retrouve le même désordre dans la conjugaison. L’espruar avait deux conjugaisons : une pour les verbes d’état et une pour les verbes d’action ; tous les verbes avaient neuf formes par temps : première, deuxième et troisième personnes du singulier, du duel et du pluriel.
 En elfique, tous les verbes se conjuguent au singulier (de manière à peu près régulière pour les deux premières personnes, mais la troisième est particulière à chaque verbe ou presque : même un verbe précédé d’un préfixe peut avoir une forme à la troisième personne du singulier complètement différente de celle du verbe sans préfixe), mais pour le pluriel, c’est une autre paire de manches. La plupart des verbes possèdent des formes aux trois personnes du pluriel, mais certains n’en ont aucune et on doit recourir à un autre verbe (par exemple le verbe généralement traduit « donner » ne se conjugue pas au pluriel et il faut utiliser le verbe généralement traduit par « apporter »). Un grand nombre de verbes, enfin, ont une forme pour une personne du duel, mais attention ! d’un verbe à l’autre, ce n’est pas la même : parfois c’est la première personne, parfois la deuxième (jamais la troisième : c’est peut-être bien la seule régularité de la conjugaison en elfique1) et… l’infixe utilisé pour le duel est presque toujours le même : à moins de savoir à quelles personnes ce verbe se conjugue, impossible sans le contexte de savoir si on dit « nous deux, nous voyons » ou « vous deux, vous voyez » (en l’occurrence, c’est à la première personne ; mais le verbe « admirer » se conjugue à la deuxième personne du duel).
 Là encore, toutes ces disparités s’expliquent quand on étudie l’histoire de l’espruar et sa transformation en elfique : les altérations phonologiques sont responsables, là aussi, de cette disparition de régularité.

 On en a fini ? Non : la déclinaison ! Ou plutôt, les déclinaisons : on a l’habitude de ranger les noms en dix-sept types de déclinaisons et les adjectifs en vingt-trois types. D’une déclinaison à l’autre, on ne retrouve évidemment aucun motif clair commun (on s’en doutait), mais même le nombre de cas diffère ! Un mot comme « neige » peut ainsi prendre quatre formes (nominatif, accusatif, datif et instrumental) tandis qu’un mot comme « arbre » en aura dix (nominatif, vocatif, accusatif, génitif, datif, instrumental, ablatif, locatif, superessif, illatif). Dans le cas où un nom ne possède pas certains cas pour exprimer ce que l’on souhaite, on emploie une préposition. Là où cela devient encore plus dur, c’est quand on veut associer à un nom un adjectif qui ne possède pas les mêmes cas… dans ce cas, l’adjectif est utilisé à un cas neutre (ce cas, sans désinence casuelle, n’existe que pour les adjectifs) et c’est le contexte qui permet de comprendre à quel nom il est associé.
 On s’en doute : même au sein d’une même déclinaison, les exceptions sont la règle.


 On pourrait encore multiplier les exemples, mais parlons maintenant de ce que cela apporte de positif à l’elfique. Du fait de la grande maitrise de la langue exigée pour s’exprimer sans faute, on célèbre souvent bien plus la technique et la forme des œuvres littéraires que le fond et ce qu’elles véhiculent, sans pour autant tomber en extase devant un texte au contenu insipide mais à la technique extraordinaire. La langue elfique est, à cause de ces irrégularités, la langue de la poésie : les formes si différentes y permettent d’éviter de reproduire certains sons en fin de mot (deux verbes à la troisième personnes ne rimeront généralement pas, deux mots à l’accusatif non plus), afin d’avoir le moins de répétitions possibles ; mais à l’inverse, on pourra être admiratif devant un poète qui arrive à faire rimer plusieurs vers de suite (tout en donnant un sens profond à ce qu’il récite).



 1 : Une nouvelle de dernière minute nous arrive de la bibliothèque : il semblerait que deux verbes possèdent une forme pour la troisième personne du duel (pour l’un, c’est en plus de la première et pour l’autre en plus de la deuxième… et ces formes ont le même infixe).

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