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 Sujet du message: Histoire de Nusuldra Floshin
MessageMessage posté...: Sam 22 Oct 2011, 14:43 
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Eveil du pouvoir, loyautés conflictuelles

De peur et de respect
D’un ami, d’un frère
Que dois-je projeter
Et par force, me défaire ?


La puissance de l’âme ne se révèle que dans l’adversité. Pour certains ce n’est qu’une idée, pour d’autres, un chemin tracé vers leur destinée.


Ils patientaient depuis un bon moment lorsque leur proie se montra enfin. Le jeune sanglier mâle de belle taille s’approcha du bord du ruisseau et pataugea dans la boue en piétinant les roseaux, pour atteindre le breuvage vital. Nusuldra jeta un coup d’œil au canidé en caressant distraitement son pelage sombre, qui lui rendit son regard avec affection. Son aîné s’était redressé sur la branche qui tenait lieu d’observatoire au trio, focalisé sur sa proie. Il dégagea silencieusement son arc et encocha lentement une flèche, puis arrêtant soudain son geste, il observa son jeune frère et le chien. Nusuldra put lire du mépris dans ses yeux et l’empathie qu’il partageait avec ceux de son espèce lui confirma les sentiments de Tiezanariel. Son frère, plus âgé d’une décade, ne l’appréciait guère. Même s’il n’avait jamais pu déterminer pourquoi, il entretenait une vive rancœur à son égard. Leur mère lui avait ordonné d’emmener son cadet à la chasse et cela ne pouvait que l’agacer certes, mais cette attitude dédaigneuse était plus ancienne. Elle avait toujours été, aussi loin qu’il s’en souvienne. Et leurs interactions en portaient la marque.

Sans crier gare, Tiezanariel lança un coup de botte dans l’arrière-train du canidé, le faisant basculer de leur promontoire de fortune. Il poussa un jappement de surprise, ses pattes griffant l’air, tentant sans succès de ralentir l’inévitable chute. Nusuldra faillit être entrainé dans le mouvement mais se rattrapa de justesse au tronc du chêne, et foudroya son aîné du regard. Loin d’en ressentir la moindre gêne, il lui souffla dans un sourire mauvais
« l’appât ». Il leva un doigt devant sa bouche, lui intimant le silence, avant de reporter son attention sur la scène en contrebas.

Le porc avait relevé son groin et fait volte-face, prêt à en découdre lorsque le canidé atterrit avec un bruit mat sur le tapis de feuilles d’automne. La chute l’avait étourdi mais il se releva prestement, faisant face au danger imminent. Le gibier pataugeait furieusement dans le cours d’eau, frappant les galets, prêt à charger. La première flèche de Tiezanariel manqua son but, éclaboussant la bête et, comme un signal, elle se rua sur leur compagnon au pelage noir. Le chien réagit instinctivement se déportant suffisamment pour éviter la trajectoire mortelle. Une seconde flèche siffla et se planta dans le cuir épais de la proie, attisant sa colère. Il se retourna et fonça à nouveau sur celui qu’il supposait être son seul adversaire. Cette fois, le chien ne fut pas assez vif et l’impact le projeta sur le côté.

Il était apparemment parvenu à éviter les défenses acérées de son assaillant. En voyant celui qu’il considérait comme son seul ami en danger, Nusuldra agit de manière inconsidérée. Il sauta du haut de son perchoir déployant ses petites ailes qu’il ne maîtrisait pas encore pour freiner sa descente et se posa lourdement sur le sol en poussant un cri de défit.


_ Imbécile ! Jura Tiezanariel, plus contrarié par le sabotage de son idée que soucieux du sort de son jeune frère. Mais il se ravisa bien vite, un sourire machiavélique ourlant ses lèvres. Deux appâts valaient mieux qu’un pour rendre folle sa proie et la forcer à rester dans son champ de tir. Il encocha une troisième flèche, décidé à ne pas rater un des points faibles de sa carapace.

La bête considéra ses ennemis : le chien se relevait avec peine et ne semblait pas représenter un grand danger. Il fonça sur le nouveau venu qui avait timidement dégainé son glaive. Nusuldra était effrayé, bien sûr. Il avait agit sous l’impulsion, mû autant par la colère contre la traîtrise de son aîné que par l’envie de sauver son ami. Il était maintenant désemparé. Le sanglier arrivait à toute vitesse mais il voyait pourtant la scène d’un œil lointain. Sa mort approchait inexorablement. Si seulement, il avait pu s’envoler…

Soudain, la course de son bourreau fut brisée. Filant à la vitesse de l’éclair, son ami à quatre pattes s’était jeté sur l’animal, les crocs plantés dans son échine. La bête ruait sauvagement, tentant en vain de décrocher l’importun. Le corps du canidé volait en tous sens mais il tint bon. Jusqu’à ce qu’un trait vicieusement décoché par son frère vint se ficher dans sa patte arrière gauche. La douleur arracha un gémissement au chien qui relâcha subitement sa prise et fut envoyé à quelque distance de là. Tiezanariel grommela, insultant son fidèle compagnon, énervé par son interposition entre sa flèche et sa cible. Le sanglier rendu fou, se retourna vers celui qui l’avait fait souffrir pour lui rendre la pareille.


S’en fut trop pour le jeune fey’ri. Une rage froide assombrit son regard, la luminosité lui paraissant soudain décroître. Il n’entendit plus que les battements de son cœur cognant contre ses tempes qui semblaient secouer tout son être. Il sentit une force étrangère jaillir de ses entrailles et un frisson de puissance parcourut son échine. Sans s’en rendre compte, il leva un bras devant lui et expulsa ce flot de colère et de haine sur l’ennemi de son compagnon. Une énergie pourpre semblable à des flammes se matérialisa dans sa paume tendue et fila vers la bête.

Les flammes magiques crépitèrent en frappant le groin du sanglier, déviant son attention de l’animal. Il tourna son regard vers le bipède, désarçonné par ce nouvel assaut. Mais avant d’avoir pu prendre la moindre décision le concernant, il reçu une seconde flèche dans le flanc, qui lui fit pousser un grognement strident. La situation était devenue trop incertaine et son instinct lui intima la fuite. Il détala vers le sous-bois.


Nusuldra s’effondra mollement ; l'étonnante décharge d’énergie arcanique l’avait vidée. Il regarda son traitre de frère se poser sur le sol avec souplesse, et replier contre lui ses belles ailes écarlates. Il avait l’air furieux et affichait un air mauvais mais son cadet n'en avait cure, pour une fois : il était heureux d’avoir pu sauver son compagnon et sa propre vie.

_ Pauvre imbécile ! Tu as tout gâché ! Il trépignait d’une folle impatience et le fusillait du regard. Il se retourna vers le chien qui couinait de douleur et d’anxiété face à son maître. Quant toi… Il s’approcha à grands pas. Tu n’es qu’un bon à rien ! Il attrapa la flèche qui avait traversé la patte et la secoua vigoureusement, lui arrachant des aboiements de souffrance. Il essuya la pointe sur le pelage de l’animal prostré et la rangea dans son carquois. Il serait temps d’apprendre qui est ton maître, stupide animal ! Il le fixa durement pendant un moment et en silence dégaina son couteau.

_ Noooon ! Rugit Nusuldra ce qui arrêta le geste punitif de son aîné. Tiezanariel, surpris, le regarda, étonné par son vif éclat d’humeur. Puis, il sourit de son air malsain comme une idée germait dans son esprit.

_ Mère va être très déçue, cher frère… glissa-t-il d’un ton menaçant. Il déploya ses ailes et s’envola, abandonnant les deux amis.





Violence futile, viol en subtil

Amère trahison
Viol de l’âme
Cruelle décision
Abattent mes armes


Dans l’enfance se jouent des drames qui, de toute une existence, à jamais, conditionneront l’âme.


_ Achève-le ! Rugit-elle avec un air féroce. Cet animal vous a mis en danger toi et ton frère. S’il n’obéit plus, tu dois t’en séparer ! Tu te dois de le punir !

Nusuldra observait la bête au pelage noir maculé de son sang qui le fixait de ses yeux fidèles et confiants. Le fluide corporel s’échappait doucement de sa plaie béante à la patte. Il regarda sa main rougie par les humeurs du canidé, qui tenait le poignard, en proie à la plus grande confusion ; pourquoi devait-il tuer le seul être lui ayant jamais témoigné de l’affection ? Il ne comprenait pas comment sa mère pouvait lui demander une telle chose…

La grande fey’ri frappa durement son plus jeune fils sur le crâne, pour lui faire retrouver ses esprits. Ce châtiment était éducatif, selon elle : il lui permettrait de prendre conscience de la place que chacun doit tenir selon son rang. Son fils cadet était trop tendre et se lier d’amitié avec un stupide animal désobéissant était intolérable pour un fey’ri, à plus forte raison un Dlardrageth. Il apprendrait ainsi le respect de ses supérieurs notamment pour son aîné et pour elle. Sa désinvolture et sa malice n’aurait point été pour lui déplaire, si seulement elle avait éprouvé quoique ce soit pour cet enfant à la peau violette, comme son géniteur, qu’elle abhorrait par-dessus tout. Il fallait qu’il le fasse, pour tuer son sentiment d’attachement malsain et prendre conscience du prix de la vie.

_ Allez ! Gronda-t-elle d’une voix rauque.

Tiezanariel lui avait conté leur mésaventure un peu avant : le chien avait aboyé et s’était jeté sur le sanglier, mettant à jour leur embuscade. Nusuldra avait crié pour retenir le quadrupède alors que la bête l’embrochait de ses défenses. L’aîné avait du intervenir en protégeant son stupide frère qui se faisait charger. Et par-dessus le marché, il avait osé l’empêcher de punir l’animal une fois le gibier disparu. Comment pouvait-il avoir agi si sottement ? Il s’agissait bien là du digne rejeton de son imbécile de père, songea-t-elle amèrement. Il était rentré, malheureux comme la guigne, portant la bête à l’agonie, les vêtements trempés du sang du traîtreux animal. La correction devait être à la mesure de son acte inconsidéré. Mais pour l’heure, il convenait avant tout de lui enseigner la juste manière de gérer la bêtise du quadrupède.

Nusuldra était comme paralysé. Il était incapable de faire le moindre geste. Il aurait voulu filer loin de cette horrible situation. Il aurait voulu disparaître et échapper à cette mère impitoyable. Il ne pouvait même pas relever les yeux, la défier du regard. Si seulement il avait eu la force de le faire! Non. Il était à sa merci et ne disposait d’aucune ressource. Pas un seul stratagème, pas une seule tromperie ne pourrait lui venir en aide cette fois. Il était seul, face à l’emprise de la fey’ri.

_ Tue-le !

Il reçut une autre claque cinglante sur la tête et tomba à genoux devant l’animal. Le chien avait été confié par leur mère à la charge de son aîné quelques années auparavant. Son frère cruel l’avait toujours traité avec mépris, le dressant sans merci à coups de bâtons et d’ordres insultants. Lui, avait gagné son affection et trouvait du réconfort dans leur complicité. Rapidement, l’animal lui devint loyal, plus qu’à son frère. Lorsqu’il explorait les sous-bois, il pouvait compter sur sa compagnie et cela ne fit qu’attiser la cruauté de son maître légitime.

Il regarda son ami : il était à l’agonie. Il ne voulait pas le voir mourir ! Tout était de la faute de Tiezanariel. S’il ne l’avait pas poussé du haut de l’arbre… Le chien n’avait plus l’envie de lutter pour survivre et il allait bientôt partir, comprit Nusuldra. Son regard était doux mais interrogateur à la fois. Il semblait dire qu’il l’avait apprécié comme vrai maître et qu’il voulait qu’il le laisse mourir à présent, presque comme s’il lui intimait de lui porter le coup de grâce. Il allait le quitter et il serait de nouveau seul au milieu de cette infâme famille.

_ Tue-le ! Répéta sa mère.

Quelque chose se déchira au fond de lui. En hurlant à gorge déployée, il leva son arme la serrant de toutes ses forces à deux mains et la plongea dans le cœur de l’animal qui n’esquissa pas le moindre geste pour l’éviter. Il cria longtemps conservant les yeux sur son ami en voyant la vie s’échapper de son corps, jusqu’à ce qu’il n’eut plus un souffle d’air. Puis les larmes jaillirent et les sanglots secouèrent tout son être.

_ Bien, conclut sa mère. Passons à ta punition maintenant… Elle ne lui laisserait pas le temps de s’apitoyer sur son sort. Il fallait marquer le coup immédiatement et faire que cela ne puisse plus jamais se reproduire. Saisissant son fouet à la lanière courte, elle s’apprêta à lui infliger la juste correction comme elle l’avait déjà fait à chaque fois qu’elle l’avait estimée nécessaire.

Il ne broncha pas. N’esquissa pas la moindre expression ; il ne lui offrirait plus jamais cette satisfaction, non. Dorénavant, il serait fort et endurerait toutes leurs mesquineries stupides. Leur malveillance n’était que futilité après tout… Et il se jura de ne point leurs ressembler.





Troublantes révélations, originelle malédiction

Toi qui par le lien du sang
Cruelle ironie du destin
Reçoit, héritier, en ton sein
Les pécheurs entre tous les plans



Le véritable paria ne saurait avoir, au sein des siens, des étrangers et par delà les plans, de place réservée nulle part.


_ C’est donc ici que tu te cachais ?

L’enfant sursauta. Silencieux comme ombre, il ne l’avait pas entendu s’approcher. Il regarda du coin de l’œil l’imposante silhouette de son père : son fin visage surmonté de deux cornes pointues d’un pied de long et ses yeux de braise qui le fixaient, amusés. Ses longues ailes repliées d’une teinte pourpre virant au noir étaient du plus bel effet, contrastant avec sa peau violette tirant sur le bleu d’un ciel crépusculaire, en certaines zones de son torse dénudé. Il détourna les yeux, en proie à une humeur boudeuse.

_ Tu as vraiment l’air stupide dans cette attitude puérile ! Le railla son géniteur en gloussant sarcastiquement. Il observa les marques de lacérations encore fraîches sur le dos de sa progéniture ; l’enfant avait reçu des coups de fouet de l’impitoyable main de sa mère dans la matinée, en punition d’un mauvais tour qu’il avait joué à son frère aîné. Cesse de te tourmenter pour si peu. Ce ne sont que des égratignures après tout !

L’enfant sembla se raidir un peu plus d’une froide colère mais n’osa pas broncher. Il fixait l’étendue verdoyante de l’immense forêt depuis le méplat rocheux sur lequel il s’était replié pour ruminer ses sombres pensées. Le grand fey’ri se remémora le récit de sa conjointe concernant la farce douloureuse à l’origine du châtiment : il n’était pas dupe. Il savait faire la part des choses dans les mensonges de Tiezanariel, son aîné, et de leur mère dont il était à l’évidence le fils préféré. Le résultat, une pleine collection de griffures et de bouton sur la peau rouge vif du favori, était pour le père un amusant retournement de situation. Le mauvais tour n’était qu’une habile vengeance pour les tromperies et les coups vicieux de l’aîné, qui profitait de sa carrure supérieure et de la protection de sa mère pour tourmenter le second fils. Il était pleinement conscient de la position de Nusuldra, son fils cadet, et à la vérité, il appréciait sa vivacité d’esprit. Face à la position de force de Tiezanariel, il y opposait la ruse et l’ingéniosité.

Tendant son doigt vers son fils recroquevillé, il fit jaillir un fin rayon d’énergie profane qui vint s’écraser sur les reins du boudeur. Nusuldra poussa un jappement de douleur cuisante, en bondissant d’un coup, déployant ses petites ailes et faisant volte-face en grognant d’air mauvais, prêt à en découdre. Un filet de fumée s’échappa de son dos en crépitant.

Il n’avait pas compris les intentions de son géniteur, bien entendu ; les flammèches avaient cautérisé les plaies suintantes, prévenant les infections. Taer’Liriniel, son père, un vicieux calculateur, ne faisait jamais une chose sans arrière pensée, même s’il n’en avait pas conscience à cette époque. Il l’avait fait réagir et sortir de son humeur maussade, c’était ce qui importait. Un sourire cynique ourla ses lèvres.
Répondant à la timide menace, il se redressa de toute sa hauteur, déployant ses ailes sombres, en foudroyant le petit fey’ri du regard. Nusuldra se tassa sur lui-même, terrifié. Son père gloussa doucement, relâchant quelque peu la pression. Il détourna à nouveau le regard vers l’océan de verdure.


_ Je préfère ça… Lâcha Taer’Liriniel, satisfait. Il approcha de son fils qui ne put ni se résoudre à l’affronter du regard, ni bouger le moindre cheveu. Côte à côte, il y eut un long silence apaisant, emplis du bruissement des feuilles ballotées par le vent chaud d’été et des murmures des animaux sylvestres. Puis, le père leva son bras devant le champ de vision du fils.

_ Sais-tu d’où vient cette peau bleue, fils ? Commença-t-il de sa voix mélodieuse. Il avait posé la question en guise d’introduction sachant pertinemment qu’il ne connaissait point la réponse. Jadis, les quatre lignées qui forment le peuple de fey’ris, n’étaient que de simples elfes dorés. A cette époque, l’humain étendait son influence, se reproduisant plus rapidement que des rats et pullulant dans tous les coins du continent. Les guerres intestines entre les elfes avaient largement affaibli leur puissance et au sein de la fière nation de Siluvanede, les antiques lignées elfiques se disputaient le pouvoir. Pour jouir d’une plus grande influence, nos aïeux n’ont pas hésité à mélanger leur sang avec des créatures des abysses. Ils furent découverts et emprisonnés,… enfin tu connais tout cela, abrégea-t-il. Ce que tu ne sais pas et que peu d’entre nous savent, c’est l’origine de ton sang et du mien.

Il marqua une pose, se tournant vers Nusuldra, le forçant implicitement à le regarder.

_ Il y a fort longtemps, avant que la maison Dlardrageth n’entame son projet unique de reproduction, les Floshin qui étaient leurs vassaux, comptaient dans leurs rangs un puissant thaumaturge du nom de Fëanturi. Cet homme jouissait d’une oreille attentive auprès des dirigeants Dlardrageth. Il avait pactisé avec un diable des Neufs Enfers de Baator et avait obtenu un pouvoir hors du commun, lui conférant une inépuisable source d’énergie profane. Qu’il fut impliqué directement ou non dans l’élaboration du plan des Dlardrageth, je ne connais pas les détails mais je sais seulement qu’il fut entraîné comme le reste de la maison Floshin, dans ce programme de sang-mêlé, duquel nous sommes les héritiers.

_ Le premier enfant de Fëanturi était un fils du nom de Dagnor qui naquit avec une étrange peau violacée, une couleur qui ne s’était jamais vu au sein de l’union des quatre maisons fey’ri. Il n’est un secret pour personne que les ténèbres que nous portons en nous, nous pousse à des comportements bien éloignés de notre nature elfique initiale, mais pour une raison obscure, Dagnor ne s’entendait avec aucun de nos congénères. Il était la proie du fiel et de l’aversion de tous, comme marqué par une malédiction. Lorsqu’il eut à peu près ton âge, Fëanturi qui était vieux et proche de sa fin, lui expliqua l’origine de ses problèmes.

_ Depuis des temps immémoriaux, les diables et les démons sont en guerre permanente, se livrant inlassablement à des carnages invraisemblables qui n’auront probablement jamais de fin tant que le multivers sera tel qu’il est. La haine qu’ils se vouent est implacable. Par une ironie du sort, Dagnor qui avait hérité des pouvoirs de son géniteur, hérita également d’un reliquat de cette haine éternelle qui s’exprimait dans la couleur unique de sa peau et dans le comportement des fey’ris à son égard.

Nusuldra ingurgitait les paroles de son paternel. Ce dernier fut ravi de lire la compréhension dans son regard, avant de conclure.

_ A la mort de Fëanturi, Dagnor fut soumis au joug de ses tourmenteurs, ne bénéficiant plus de l’influence de son parent auprès des dirigeants Dlardrageth. Il aurait sans doute été supprimé comme une pustule disgracieuse dont on pratiquerait l’ablation, si les elfes natifs n’avaient point emprisonné nos aïeux. Dans les profondeurs des cavernes, la reproduction devint le souci majeur des dirigeants Dlardrageth qui intervinrent directement et interviennent encore, dans le choix des géniteurs pour le futur de notre race. C’est ce qui sauva Dagnor. On ne pouvait se permettre de sacrifier un seul membre, fût-il maudit ou rejeté par la communauté.

_ Dagnor eut plusieurs enfants, et aucun d’eux ne portait sa singulière couleur de peau et ils furent tous parfaitement intégrés dans la société fey’ri. Mais à la génération suivante, une de ses descendantes arbora la malédiction. L’histoire se répétait : comme Dagnor, elle fut victime de l’ichor des siens, paria de naissance. Le pouvoir du pacte de Fëanturi avec le diable coulait dans ses veines. Comme son père l’avait fait pour lui, Dagnor lui expliqua toute la vérité sur son conflit. Cette femme était ma grand-mère. Et un jour, elle me révéla ce secret que je te transmets à présent.

Nusuldra s’était fait pensif. Beaucoup de choses lui revinrent en mémoire. De nombreuses situations de rancœurs injustifiées, de haines inexpliquées. L’attitude de ses sœurs, de son frère et de sa mère trouvait enfin une cause. Cette différence, il n’avait jamais pu l’exprimer mais l’avait toujours su. Il était un intrus au milieu d’un groupe de vipères et allait devoir lutter âprement pour sa sauvegarde. Tout était clair à présent.

_ Ta mère et moi n’avons jamais été en bon terme, tu sais. L’accouplement a été arrangé bien sûr, selon des critères draconiens de mélanges visant à retarder la consanguinité. Elle n’a jamais digéré, elle, une Dlardrageth, d’être affiliée à un Floshin qui débecte tout le monde au premier coup d’œil, expliqua-t-il d’un ton légèrement teinté d’amertume. Elle me méprise ouvertement… Mais je le lui rends bien, dit-il en riant d’un air terrifiant. Le pouvoir du pacte de Fëanturi avec le diable coule aussi dans mes veines. Et dans les tiennes. Et bien qu’elle ne sache pas à quoi s’en tenir le concernant, elle le craint et n’oserait pas désobéir aux injonctions de maîtresse Sarya, même si son rêve le plus cher est de me voir baigner dans mon sang.

_ Mais tu ne dois pas t’en effrayer, fils. Ne te laisses pas écraser par les vicissitudes des nôtres. Tu es astucieux et tu trouveras les moyens de t’en sortir, j’en suis sûr.






Période mourante, survie libératrice

Meurs pour survivre
Entraves malsaines
J’abroge toutes haines
Que liberté m’enivre !


Lorsque monde s'effondre, de fidèles repères s’évanouissant, qu’aube nouvelle éclaire choses, offrant perspectives et renaissance, que l’ancien royaume conservait enfouies jusqu’à présent.


_ Qu’est-ce que nous allons faire ? Chuchota Tiezanariel en proie à la frayeur.

Nusuldra l’avait rarement vu dans un tel état, lui, le fier et cruel fey’ri. Il était paniqué et sa superbe en avait pris un sacré coup. Ce qui le fit sourire d’une joie mauvaise. Lui qui était si hautain et dédaigneux habituellement, cherchait finalement quelque réconfort auprès de son faible frère dans son désespoir. Je vois… Réfléchit-il. Leur sœur que son frère craignait, respectait et admirait tant, était tombée quelques minutes auparavant brisant son monde parfait de confiance inébranlable en sa supériorité. Nusuldra qui avait toujours été opprimé par les siens s’en trouvait largement avantagé dans une telle situation. Il avait appris à ses dépends, à réagir rapidement à la surprise et à conserver la tête froide.

La flèche avait frappé sans prévenir, abattant leur sœur aînée en plein vol alors qu’ils planaient tous les trois au-dessus de la forêt. C’était une ensorceleuse très douée, la fierté de la famille. Et une garce cruelle comme leur mère. Elle n’avait pourtant pas eu le loisir d’user de ses dons avant de choir lamentablement à travers la forêt. Bon débarras ! Songea le fey’ri qui n’avait jamais eu aucune considération pour la femelle. Son frère et lui avaient eu beaucoup de chance d’échapper à l’embuscade. Ils s’étaient réfugiés dans un pin aux épines abondantes, guettant les signes de présence de leurs agresseurs.

Sans un bruit avant coureur, un elfe de lune armé d’un arc apparut soudain à quelques dizaines de pas de leur cachette. Nusuldra banda son arc en silence, attendant de voir comment se présenteraient les choses. Il entendit son frère faire de même. Mais quelque chose retint pourtant son attention. Qu’est-ce que ? Pensa-t-il en même temps qu’il se rendait compte à l'oreille, que son aîné n’avait pas achevé son geste. Que ce fût le fait d’un lointain souvenir, d’une chance inouïe ou d’une prescience instinctive de survie, cette hésitation lui sauva probablement la vie. Lorsqu’il tourna son regard vers Tiezanariel, il vit ce qu’il préparait : il avait sorti sa dague et s’apprêter à le frapper traîtreusement pour sans doute s’offrir une diversion et s’enfuir. Réagissant à la vitesse de l’éclair, Nusuldra empoigna son bras et parvînt à le faire basculer dans le feuillage, hors de portée des branches principales.

Le frère aîné jeta à son cadet un regard mêlé de surprise et de colère. Il ne poussa pas un cri ni ne se débattit outre mesure espérant stupidement avoir échappé à l’attention du chasseur, alors qu’il tombait à travers les branchages qui l’empêchaient de déployer ses ailes. En vain : l’elfe de lune l’avait bel et bien repéré. Il atterrit lourdement sur le tapis d’épines séchées, sans grands dommages et resta accroupi, essayant de localiser l’elfe. Son arc était resté accroché dans sa chute, il ne pouvait plus compter que sur sa dague. Il maudit trois fois silencieusement son stupide frère qui l’avait berné et attendit, les sens en éveil.

Il n’eut pourtant pas bien longtemps à patienter, une flèche fila et vint se ficher dans son flanc lui arrachant un gémissement de douleur. Nusuldra avait localisé l’habile chasseur : ajustant lentement son arc, il attendit qu’il se manifeste à nouveau. L’elfe sortit de derrière un tronc et visa le fey’ri blessé. Ils décochèrent leurs flèches presque en même temps. Nusuldra vit l’ennemi s’effondrer et entendit son frère étouffer un autre cri. Il descendit prestement de son perchoir.

Tiezanariel haletait. Il était à l’agonie. Ce n’était plus qu’une question de secondes avant qu’il ne rende l’âme. Son regard n’était que désespoir et incompréhension. C’était une petite victoire pour le fey’ri paria, qui s’autorisa un sourire moqueur. Sans s’attarder plus sur son tourmenteur de toujours, Nusuldra se rapprocha prudemment de l’assaillant. Il entendit l’elfe siffloter comme un oiseau, ameutant probablement les renforts, mais il acheva son mélodieux appel dans une quinte de toux.

Saisissant l’occasion, le fey’ri qui s’était suffisamment approché, bondit sur son opposant et lui trancha la gorge. Sans perdre un instant, avec l’habileté d’un être ayant dupé son monde depuis son plus jeune âge, il se barbouilla du sang de sa victime, lui ôta sa tunique tâchée et brisa la flèche qui traversait sa poitrine. Puis il usurpa l’apparence de l’elfe, enfila son vêtement, traîna son corps dans un épais buisson et maquilla les lieux en vitesse. Il revint alors s’adosser à l’arbre, disposa la hampe du projectile dans le creux de son bras et observa les alentours, la main sur sa dague.

Un autre elfe de lune surgit devant lui et lui jeta un regard compatissant, il approcha silencieusement. Nusuldra, en proie à une nervosité qui n’avait encore jamais connue une telle intensité, chuchota d’une voix faussement rauque :

_ Il en reste un… l’éperon rocheux… haleta-t-il en elfique, désignant un rocher en contrebas du menton. L’elfe s’approcha davantage et voulu regarder sa blessure. Nusuldra l’en empêcha d’un geste désespéré. Il va s’échapper ! L’assura-t-il d’un air décidé, le forçant à reculer. Je tiendrais le coup, l’assura-t-il, esquissant un sourire. Le chasseur le regarda souffler un instant puis acquiesça d’un signe de tête.

_ Attends ! L’arrêta-t-il soudain. Il est blessé mais… Il vise bien… Méfie-toi, ajouta-t-il s’étonnant de sa propre audace. Il entendait s’assurer que l’elfe prenne son temps pour approcher sa prétendue cible et se félicitait malicieusement par la même occasion de son joli tir. L’elfe acquiesça à nouveau et s’en fut silencieusement, profitant du moindre abri. Le fey’ri soupira de soulagement. Il attendit un moment, puis s’activa : il dégagea le corps du chasseur mort et récupéra son équipement, puis le traîna contre le tronc d’arbre. Il prit une de ses propres flèches et l’enfonça dans le cadavre à l’endroit où la première avait frappée.

Ça donnera le change pour un moment… Espérait-il. Il conserverait la tunique et l’apparence de l’infortuné chasseur pour le moment, cela pourrait encore lui sauver la vie. Regardant autour de lui, il ne vit ou n’entendit aucun signe de ses poursuivants. Il tenta de s’orienter en prenant en compte leur trajectoire depuis le lieu où sa sœur avait du tomber ainsi que l’endroit d’où étaient sortis les deux guerriers et opta pour une direction opposée. Il partit le plus discrètement possible en priant qui voulait bien, pour ne plus croiser âme qui vive.

Quelques heures après, lorsqu’il fut à peu près certain d’avoir quitté le rayon d’action des elfes, il se débarrassa de la tunique poisseuse et se débarbouilla dans un ruisseau. Réalisant finalement ce qui s’était passé, il tomba sur son séant tentant de rétablir une suite cohérente dans ses pensées qui avaient jusque là fait désertion. Il prit conscience de l’ampleur du problème : sa sœur, favorite entre tous de sa mère vindicative, et son frère étaient morts à présent. Lui seul, le plus faible des trois et honni par tous ceux de son espèce, était le seul survivant. S’il se présentait dans ces conditions devant sa génitrice, il ne fallait pas être bien malin pour deviner quelles en seraient les conséquences. Il se dit qu’il pourrait mentir, prétextant avoir perdu la trace de ses parents. Non… Sa mère était une sorcière avertie et elle aurait tôt fait de lui arracher la vérité. Et, en dépit de l’influence de maîtresse Sarya qui avait condamné le meurtre entre les fey’ri, il ne donnait pas cher de sa peau face à elle. Il ne lui restait plus beaucoup d’options. Il n’avait jamais aimé sa famille et n’avait jamais pu se faire de place au sein de son peuple mais… C’était la seule chose qu’il connaissait.

Soudain, il en subit l’impact comme une révélation : c’était la chance qu’il avait toujours espérée ! L’occasion de redémarrer une nouvelle vie loin de son engeance démoniaque. Ne voyant personne revenir, sa mère fouillerait les environs et en trouvant les cadavres de sa sœur et de son frère, elle ne se préoccuperait même plus de lui en pensant qu’il en serait de même. Non… Elle chercherait à savoir s’il vivait encore, lui en imputant alors toute la responsabilité, comme un des nombreux mauvais tours qu’il avait déjà joués à ses congénères. Il se lamenta sur lui-même un moment, abattu. Puis, il se ressaisit : il n’avait définitivement plus du tout le choix. Il fallait fuir, s’il voulait vivre. Il se releva avec un large sourire de défit, se redressant face au monde inconnu déployé devant lui.

_ Oh que oui, je veux vivre… Lâcha-t-il avant de reprendre son apparence démoniaque et de s’envoler dans la nuit tombante, un profond sentiment de liberté le portant.






Sauvetage inopiné, rencontre salvatrice

Destin cruel, à tes apôtres
D’un clin d’œil, volant un espoir
D’un juste mot, donnant un autre
Pointes la voie de leur histoire


Dans certains jeux il arrive, qu’à prendre des risques on dérive, de plans initiaux mal dessinés, à perdre pour mieux regagner, et de la chance nous n’avons point uniquement que des gains que nous croyions déjà dus.


Le fey’ri survolait la scène. Ses yeux perçant l’obscurité, il scrutait les bandits cherchant à évaluer comment il allait pouvoir tirer bénéfice de la situation. Les ruffians étaient huit : quatre d’entre eux était rassemblés autour d’une femme dénudée devant le feu, deux étaient assis devant la tente qu’ils avaient monté à la hâte, et les deux derniers étaient à l’opposé se repassant une outre emplie d’un breuvage qui ne manquait pas d’attiser leur euphorie. L’occasion était idéale.

Il les avait surpris alors qu’ils détroussaient une carriole marchande, exécutant tous ses pourvoyeurs. La femelle avait été faite prisonnière et emmenée ; il ne comprenait qu’à présent leurs intentions. Ils étaient en train d'abuser d'elle tour à tour, comme la cerise sur le gâteau de leur forfait. Qu’ils se vautrent ainsi dans la luxure n’avait rien pour le choquer. Les humains n’étaient après tout que des bêtes à ses yeux. Au contraire, il n’aurait pu mettre son plan à exécution si tel n’avait pas été le cas.

Nusuldra se posa non loin de là, silencieux comme une ombre, et s’approcha à pas de loup du fond de la tente. Le sous-bois résonnait du rire gras des malfaiteurs et même si ça n’eut pas été le cas, aucun bruit de botte ou de feuille froissée n’aurait jamais pu inquiéter les soudards à moitié ivre. Il sortit prestement sa dague et entailla la toile veillant avec habileté à coordonner le son du tissu se déchirant avec les éclats de rire et les cris de hargne de la fille. Il prenait son temps et savait en avoir le loisir : le manège durait depuis peu et les animaux à la curée voudraient tous leur part du butin…

Les propos de la femelle l’étonnèrent cependant. Profanée en son intimité, recevant des coups sonores, elle ne cessait pourtant d’insulter et de tourner en ridicule ses agresseurs, se gaussant de leur vigueur ou raillant leur virilité. Son langage n’était d’ailleurs pas de ceux qui siéent à une simple femme de marchand. Le répertoire fleuri de ses jurons éveilla un rare sourire aux lèvres du fey’ri. Les hommes riaient aussi, la diversion idéale. La fente était assez large à présent, il pénétra dans la tente.

L’objet de son larcin était à ses pieds : une lourde caisse en bois ferrée, contenant les économies des crapules. Il jura tout bas. Un solide cadenas lui interdisait l’accès à son butin. L’un d’eux avait probablement la clé. Se penchant sur le coffre, il sortit deux épingles de sa poche et tenta de crocheter la serrure.

Un coup plus puissant arracha un cri de douleur intense à la femelle bravache : elle avait trop titillé les nerfs d’une des brutes excessivement susceptible.

_ Tu l’as cherché grognasse ! Elle m’a mordu, la pute ! Rallait le plaignant déclenchant un troublant silence qui mit Nusuldra en alerte. La femelle baragouinait en gémissant de douleur. Le coup l’avait blessée, en déduisait-il. L’ambiance n’était plus au rire. Brat va me chercher à boire ! Cracha l’homme qui avait brisé l’euphorie et la jeune femme.

Le fey’ri réagit aussitôt, se recroquevillant dans l’ombre, à l’opposée des victuailles. Par chance, le lourdaud commissionné ne prit pas de torche et ne put le repérer. Il semblait nerveux. Le chef… Songea le fey’ri, déduisant de son attitude que la brute qui avait proféré l’ordre dirigeait les bandits. Et point d’une main douce et chaleureuse probablement. Prévoyant qu’il lui faudrait peut-être la clé pour venir à bout du cadenas, il nota soigneusement ce détail utile dans son esprit. Il doit l’avoir…

Un plan germait dans son esprit : faisant appel à son héritage, il modela son apparence sur celle du pauvre Brat qui s’évertuait avec nervosité à mettre la main sur le breuvage. Le fey’ri puisa à nouveau dans les forces sombres qui infusait son âme et dirigea son pouvoir sur le bandit. Brat s’immobilisa laissant tomber une gamelle dans un bruit mat.

_ Viens… Souffla le fey’ri. Comme un automate, le lourdaud s’approcha de lui.

_ Tu vas rester ici sans bouger jusqu’à ce que je dise « j’ai oublié » puis tu sortiras et tu forceras ton chef à te laisser profiter de la femelle, car tu le mérites toi aussi, c’est ta part du butin, acheva-t-il de l’ensorceler. Il décrocha la cape de son pantin et la passa sur ses épaules.

_ Alors ça viens bordel ? Brat ? Va voir c’qui fout ! Lança le chef à l’adresse du second garde. Le fey’ri poussa le rabat, l’outre à la main. Défiant le chef d’un regard hautain, il lui lança son du.

_ J’préfère ça ! Il but une longue gorgée affichant un regard méchant du coin de l’œil en direction du fey’ri. Qu’est-ce t’as Brat ? T’as queq’ chose à dire ?

_ N… N… Non, chef, bafouilla le fey’ri prenant conscience de son erreur d’interprétation d’une mimique de soumission.

Le meneur des bandits reporta son attention sur la femme. Elle geignait de douleur et se tortillait mollement. Ses vêtements en loque et son corps dénudé laissèrent entrevoir au fey’ri un détail surprenant : de son entrejambe naissait une longue queue couleur chair qui se terminait à son extrémité par une pointe fourchue. Nusuldra n’avait jamais rien vu de tel. Quelle sorte de diablesse est-ce là ? Se demanda-t-il.

_ Putain d’lopette sans couilles pas même apte à défleurer une pucelle ! C’est tout c’que t’as dans l’pantalon ? Brailla-t-elle d’une voix râpeuse emplie de colère.

_ La ferme, catin ! Hurla-t-il en retour.

Elle reçut un coup de botte en guise d’accompagnement. Le fey’ri ne comprenait pas son attitude. Que cherchait-elle à obtenir en l’énervant ainsi ? Il était certain qu’elle encourrait son courroux. Il vit à cet instant reflétant les flammes, la clé tant convoitée qui se balançait au cou du brigand. Parfait… Jubila-t-il mettant son plan à exécution : il en appela à ses forces arcaniques et ensorcela le second garde qui était à ses côtés.

_ Lorsque Brat se battra avec le chef pour violer la fille tu devrais t’emparer de la clé autour du cou du chef puis aller voir dans le coffre. On ne peut pas lui faire confiance, il faut vérifier qu’il n’a pas pris le butin.

Le garde acquiesça d’un air absent. Le fey’ri évalua ses chances : les trois autres auprès du feu ne bronchaient plus, fixant les flammes et se repassant les gourdes. Les deux au fond semblaient bien éméchés, prêtant une attention distraite à la scène. Le chef s’était remis à sa besogne obscène. C’était le moment.

_ Qu’est-c’qu’on va faire de cette queue ? Hein ? On va la couper, oui ! Menaça-t-il allant et venant sur la fille.

_ Tu pourras… Alors te l’implanter… ça changera de ton asticot ridicule ! Elle reçu un autre coup. Coupe-là et par tous mes ascendants démoniaques que tu moisisses dans la dernière strate des abysses pour l’éternité, sale porc !

Le fey’ri sursauta. La femelle avait prononcé sa malédiction dans la langue obscure des démons. Qu’importe ! Ton ancêtre des plans inférieurs ne viendra pas te sauver, fillette… pensa-t-il cyniquement.

_ Maudis-moi tant qu’tu veux catin des abysses ! Brailla le chef.

_ J’ai oublié… Récita le fey’ri, activant son sort. Il plongea sous le rabat et laissa passer Brat. Il écarta la toile de façon à observer la scène. Brat s’approcha du chef et l’attrapa par le col l’envoyant valser sur le côté.

_ Moi aussi, j’ai le droit de m’la taper ! Moi aussi j’ai l’droit. Il dénoua ses braies et réclama son du sur la jeune femme. Le meneur, choqué, braya quelque chose d’inintelligible puis se releva près à punir le sot. Alors qu’il empoignait Brat, le second garde lui sauta dessus victime du charme de Nusuldra. Les trois autres se relevèrent tentant de les séparer. Les deux derniers réagirent mollement ne sachant trop où intervenir, embrumés par l’eau-de-vie. La mêlée qui s’ensuivit ravit le cœur chaotique du fey’ri. Mais pas son esprit pratique : sa tactique avait échouée, le second garde était aux prises avec le chef et un autre et n’avait pas le dessus : il hurlait qu’on ne pouvait pas faire confiance au chef tandis que Brat revendiquait stupidement son droit de cuissage, collant des gnons et en récoltant autant. La femelle s’était redressée immédiatement filant à quatre pattes, avec les forces d’un désespéré. Elle avait une jambe blessée visiblement et ne semblait pas pouvoir s’appuyer dessus.

Nusuldra hésita, que fallait-il faire ? Devait-il les tuer ? Huit. Cela serait plus qu’ardu. Pourquoi ne réglaient-ils pas ça à l’arme blanche ? Les saoulards virent la fuite désespérée de la fille et se précipitèrent. La fille approchait de la tente. Elle passa devant le rabat jetant des coups d’œil apeurés vers ses ravisseurs quand soudain, elle le vit. Elle se figea, les yeux plongés dans les faux yeux bleus azur du démon fey.

Le regard qu’elle lança au fey’ri resterait gravé à jamais dans sa mémoire. Celui d’une bête aux abois, fière, surprise, et pleine d’énergie tournée vers la survie. Le temps sembla se suspendre pour Nusuldra et la femme. Cet instant d’éternité fut pourtant brutalement interrompu lorsque les deux gaillards chancelant lui tombèrent dessus, lui arrachant un gémissement.


_ Aide-moi… Souffla-t-elle. Je t’en supplie aide-moi… Je…

_ Qu’est-ce tu racontes ‘core sorcière ? Dit un gros barbu en la frappant à l’arrière du crâne.

Il se produisit alors une chose insolite chez le fey’ri. Ne préméditant pas le moins du monde son action, il repoussa violemment le rabat de la tente et surgit devant les deux hommes.

_ Brat ?! Articula le plus proche n’y comprenant plus rien. Il reçu pour toute explication une dague en travers de la gorge. Le second s’écarta d’un bond. Puisant dans ses ressources magiques, le fey’ri décocha un flot d’énergie crépitante qui le heurta en plein visage. Les bagarreurs se figèrent.

_ Brat ?! Entendit-il encore. Nusuldra reprit son apparence démoniaque ajoutant encore à la confusion et projeta une seconde décharge dans la mêlée brûlant le vrai Brat. Les bandits se ressaisirent, dégainant leurs armes pour certains. Prenant leurs jambes à leur cou pour d’autres. Un autre trait jaillit des mains du fey’ri mais n’atteint pas son but. Les plus courageux se ruèrent à l’assaut. Nusuldra compris qu’il était temps de filer : il prit la femme dans ses bras et s’envola.

Il vola le plus loin possible avant de se reposer. Porter la femelle lui demandait beaucoup d’effort. Il se posa plusieurs fois avant de s’arrêter à bout de force, à l’abri d’un éperon rocheux. Il déposa la femme. Elle était encore inconsciente. Pourquoi diable avait-il fait ça ? Pourquoi l’avait-il sauvée ? Il ne comprenait pas son attitude. Il ne trouvait aucune ressource dans son fonctionnement psychique intrinsèque pour expliquer son geste. Une femelle d’une race inférieure… Comment avait-il pu être aussi stupide ?

La femme s’agita. Elle ouvrit les yeux et du sang coula dans ses paupières. Elle redressa la tête et le fixa sans mot dire. Le fey’ri ne la regardait pas. Puis, elle fut prise de soubresaut et commença à sangloter.


_ Merci, parvint-elle à articuler. Qui ou quoi que tu sois, je te dois la vie.

Le fey’ri se retourna vers la fille, furieux et la fusilla du regard.

_ Stupide femelle ! Ne me remercie pas créature inférieure ! Cracha-t-il dans la langue des démons.

La femme redressa fièrement le menton et, ravalant ses larmes, lui répondit en abyssal :


_ Parce que tu crois peut être que je t’ai convoqué, démon ? Tu te crois tellement supérieur que tu ne peux accepter des remerciements sincères. Pourquoi tu l’as fait alors ? Pourquoi tu n’as pas pris le magot et ne m’a pas laissée crever ? Pauvre être supérieur stupide qui s’abaisse à aider une petite chose insignifiante comme moi ? As-tu seulement eu la faiblesse ou le courage d’aider quelqu’un comme moi ?

_ Si tu peux pas l’accepter, dit-elle repassant au commun, tu n’as qu’à prendre ma vie va ! O grand être supérieur qui sauve une vie ! Eh bien vas-y, reprend là ! Vas-y qu’est-ce que t’attends ? Prendre une vie ne devrait pas être plus difficile pour un grand démon tout puissant ! Ou bien veux-tu mon corps comme ces porcs peut-être ?

Elle écartait les bras de défit, arborant sa poitrine nue. Le fey’ri se rapprocha près à frapper l’insolente.

_ As-tu seulement une fois dans ta vie accepté qu’on te remercie ? dit-elle soudain adoucie. Elle repartit en sanglots, visiblement à bout, l’éclat de colère ayant consumé l’ardeur de sa volonté.

Il reteint sa main en proie à la confusion.
« Rah ! » grogna-t-il. Il regarda son corps dénudé et détacha sa cape d’un geste brusque, la faisant sursauter entre deux sanglots, et la lui passa sur les épaules puis se détourna. Il déploya ses ailes et s’envola dans la nuit.

Il ne revint près de la femme qu’aux premières lueurs de l’aube. Elle était réveillée. Il s’approcha d’elle, son visage portant un air mauvais. Elle se raidit, ne sachant à quoi s’attendre. Il eut un mouvement de recul puis tendit doucement la main.


_ Montre moi ta jambe. Il regarda le mollet tuméfié de la femme et dit : c’est une fracture. Elle n’est pas déplacée. Tu guériras vite.

Il sortit une ration de son sac, du pain et de la viande séchée, et la lui lança sans ménagement :

_ merci, souffla-t-elle tout bas, de peur de réveiller la colère de son étrange sauveur.

Il grogna d’un air entendu et s’éloigna un peu, préférant s’asseoir loin de l’objet de ses doutes, et mordit en silence dans une tranche de viande. La femme n’osait pas parler. Elle jetait des regards curieux à la dérobée, ce qui finit par l’agacer. Sans prévenir, il bondit et battit violemment des ailes et s’en fut au loin, disparaissant à l’horizon.


Elle savait qu’il allait revenir. Elle ne comprenait pas vraiment ce qui l’agitait, ni quelle pouvait être sa nature mais bizarrement, elle avait confiance et s’en remettait à lui. Même si elle n’avait pas vraiment le choix en la matière. Quelque part, elle était fascinée. Comme ensorcelée par la beauté terrible de cet être surnaturel. Le soir, il reparut portant deux lapins qui pendaient mollement dans sa main. Sans rien dire ni même jeter un regard à la convalescente, il fit du feu et apprêta leur diner.

Il ne parvenait toujours pas à expliquer ses actes. Il ne se comprenait pas. Il aurait du l’abandonner ! Que faisait-il à perdre son temps ici ? Traîner une blessée et rester toujours au même endroit était dangereux. Cela faisait de lui une proie facile. La nature était impitoyable avec ceux qui ne respectaient pas ses règles. Il savait cela et avait toujours vécu en vertu de ces principes. Et pourtant…

Pourtant, il devait comprendre ce qui l’avait poussé, ce qui le poussait à agir ainsi. On lui avait appris à calculer, évaluer, tromper même. Mais l’entraide était toute relative entre fey’ri et d’autant plus dans son cas particulier. Alors aider un être inférieur… Cela défiait sa logique et étrangement, il ne se sentait l’envie ni de fuir ni de raisonner. Et ça ne faisait que renforcer sa colère contre lui-même.


_ Je m’appelle Zanzaya et toi ? Lança la femelle dans une tentative pour briser la glace.

Silence. Il était trop empêtré dans ses tribulations mentales pour briser quoi que ce soit.

_ Je n’avais encore jamais vu d’être comme toi auparavant. Qu’es-tu exactement ? Je veux dire…

Il se releva furieusement et la foudroya du regard. Il arracha un dernier morceau de viande et lança les restes dans les flammes avant de s’envoler à nouveau dans la nuit. Eh ben dis donc, il a la rancœur tenace celui-là… Songea-t-elle amusée. Il faudra un peu de temps je suppose.

Le lendemain, il revint avec des onguents. Elle resta coite, se laissant faire pendant qu’il s’occupait de sa jambe. Il barbouilla le mollet de pommade sans délicatesse mais avec des gestes souples et précis et mit en place une attelle de fortune soutenue par un bandage serré. L’os brisé n’était pas porteur avait-il dit d’un ton clinique. Puis il entreprit de tailler une béquille dans une branche fourchue.

Le soir enfin, il se décida à parler. La femme était à l’aise en sa compagnie. Comme avec les brigands, elle semblait peu se soucier de se conformer à ce qu’on attendait d’elle. Sa fougue ne pouvait laisser indifférent. Chacun à un bout du feu, elle en eut soudain assez du silence et se mit à fredonner un air populaire dans la région. C’était une chanson de taverne que les poivrots entonnaient à tue-tête à une heure avancée de la soirée. Le fey’ri l’avait déjà entendu et se remémora les paroles stupides, et tout en jeu de mots. Bien qu’il conservât son sérieux en toute circonstance, elle l’avait pourtant fait sourire à ce moment-là. Prenant conscience de son changement d’humeur d’un coup d’œil, la femme commença à chantonner les paroles. Elle accentuait habilement certaines tournures, et certaines rimes guettant les réactions de son compagnon qui se débrouillait toujours pour ne point la regarder dans les yeux. Forçant encore la dose, elle parodiait bientôt la comptine grivoise de tel sorte qu’elle parvint à obtenir un léger sourire. Une sacrée victoire ! Se dit-elle.

_ Ça ne te va pas tu sais, cet air mauvais ! Lâcha-t-elle, sûre de son effet. Tu as un trop beau visage pour le tordre de la sorte…

Le fey’ri la fixa durement mais ne put finalement que détourner le regard de ses yeux francs. Un silence pesant retomba sur la clairière, seulement ponctué par le crépitement du feu. Puis sans réfléchir, il prit la parole :

_ Je suis Nus… Il s’étonnait lui-même d’avoir ouvert la bouche. Ce qui le mit en colère.

Mais la colère était comme étouffée cette fois, comme feinte, tel un feu qu’on s’époumone à raviver, en peine perdue. Elle parut ravie et lui sourit. Ce sourire finit de désamorcer son humeur noire et il détourna à nouveau le regard.


_ Très bien, Nus ! Ravie de te rencontrer. Lança-t-elle guillerette avec une pointe d’ironie car elle avait parfaitement compris qu’il n’avait pas pu énoncer son nom complet. Il ne sembla pas goûter la plaisanterie. Elle se promit avec espièglerie qu’elle le taquinerait longtemps avec ce diminutif. Oui, bon, d’accord je sais que je suis une toute-petite-chose-stupide-et-insignifiante ! Mais tu sais, je suis quand même capable de parler. Et même de comprendre des fois. Elle sourit de toutes ses dents.

Le fey’ri resta silencieux un moment puis brisa ses dernières inhibitions.

_ Je suis Nusuldra Dlardrageth. J’appartiens à la race des Fey’ri, les démons fey, les rejetons de démons et d’elfes.

_ Bien, alors nous avons tous les deux un point commun : le sang fiélon infuse nos veines, dit-elle en agitant sa queue sous son nez. J’ai du sang de tieffelin.

Il sembla un peu surpris : il n’avait jamais entendu parler des tieffelins.

_ Je suis ce qu’on appelle une tieffeline, mi-humaine mi-démon. Mais, tu sais, c’est pas parce que nos aïeux ont fricoté avec des créatures des abysses qu’on est obligé de se comporter comme de stupides démons.

Malgré lui, il était forcé de lui donner raison. Il réfléchit longuement à ses paroles se remémorant ce qui l’avait toujours habité : le savoir qu’il était stérile d’agir systématiquement de façon maléfique. Il avait trop vu les siens se livrer à d’abjectes comportements ne leurs apportant ni bénéfice, ni plaisir, ni quoi que ce soit si ce n’est la vindicte et les représailles. Il avait toujours trouvé stupide les attitudes figées et préconçues. Soudain, il prit conscience qu’il en était victime depuis plusieurs jours. Etait-ce cela qui l’avait arrêté ? Etait-ce cela qui l’avait empêché d’abandonner cette femelle impertinente ? Le destin lui jouait d’étranges tours… Il avait fallut qu’il se le fasse remarquer par cette tieffeline pour se rappeler ce qu’il avait toujours su. La prenant au dépourvu, il reprit la parole après un long moment de silence :

_ Tu as entièrement raison. Il n’est pas nécessaire d’être semblables à nos parents et encore moins aux démons. C’est proprement stupide, il esquissa un sourire.

_ Ah, ça y est, tu as enfin compris ? Tu as mis le temps, hein, cette remarque acerbe lui ôta toute sa superbe faisant revenir les préjugés au galop ; il effaça immédiatement son sourire. Elle le regarda attentivement. Il détourna les yeux puis, prit à nouveau conscience de son attitude et soutint son regard. Cette fois, il n’y avait plus d’animosité. Zanzaya se laissa retomber sur le dos le regard tourné vers les étoiles. Elle tira la cape sur elle jusqu’au menton et ferma les yeux.

_ Je ne sais si les dieux, les démons ou le destin se jouent de nous, Nus. Mais j’ai le pressentiment que l’on va faire un bout de chemin ensemble… dit-elle de la voix de quelqu’un près de s’endormir.

Il la contempla longuement après qu’elle fut déjà endormie. Il en était convaincu lui aussi.

_________________
Fiche du Fey'ri (décédé)
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 Sujet du message: Re: Histoire de Nusuldra Floshin
MessageMessage posté...: Sam 22 Oct 2011, 14:50 
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Vois, quand sonne l’heure
Pour le masque abattu,
Le châtiment des cœurs
Est bafoué le salut.


Pour bien des êtres, il n’est de place en tout lieu, qu’il ne faut point s’arroger sans l’art d’un habit judicieusement préparé, qui ne vous fasse citoyen de la communauté.



Les deux compères arrivèrent en vue de la place centrale de la cité. Étonnamment pour une ville de cette envergure, il n’y avait que quelques badauds devant les nombreux étales des marchands.

_ C’est étrange… Souffla Zanzaya à son compagnon. C’est un endroit très fréquenté habituellement. Où diable sont passés les gens ?

A mesure qu’ils approchaient, ils entendirent les cris de harangue d’un attroupement de nombreuses personnes. Tous les regards étaient tournés dans la même direction.

_ On dirait qu’il va y avoir du spectacle, tu ne crois pas ? Répliqua Nusuldra, un sourire barrant le visage humain qu’il avait emprunté depuis la veille à un beau parleur ayant fait la cour à sa compagne dans une taverne du port de la ville. La ravissante tieffeline ayant repoussé les avances du séducteur avec fougue et démesure, fidèle à elle même dans son caractère, il avait jugé opportun de la tourmenter quelques temps en arborant son portrait.

_ Rhaa ! Si tu n’effaces pas rapidement ce sourire narquois de ce visage d’abruti, je te promets que je vais t’offrir la même dentition ! Râla-t-elle, le poing levé.

Il éclata de rire à l’évocation de l’infortuné qui avait probablement perdu un de ses atouts majeurs auprès de ces dames. Ils dépassèrent le dernier bâtiment de la rue et découvrirent la raison du vacarme populaire : la foule était réunie autour de ce qui semblait être un bûcher. On allait visiblement exécuter un malfaiteur aux yeux de tous comme cela était monnaie courante dans la région.

_ Approchons-nous, face-de-rat. C’est le moment de faire des affaires… Lui suggéra-t-elle à voix basse en le tirant par la main, pas plus émue que ça à la découverte de la scène.

Le condamné était un drow, constatèrent-ils bientôt. Nusuldra observait ce lointain cousin ; c’était la première fois qu’il voyait une créature de son espèce. Sa longue chevelure blanche était ébouriffée et ses vêtements sombres en loques. Elle jetait des regards assassins sur la foule qui l’insultait et la criblait de projectiles en tout genre. Une pierre l’atteint en plein visage arrachant momentanément son bâillon ainsi qu’un jet de sang. Elle redressa la tête et hurla un mot ou deux dans sa langue natale, ce qui provoqua un grand mouvement de recul dans les premiers rangs.
« Elle va nous jeter un maléfice ! » criaient certains.

Les humains sont tellement courageux, songea Nusuldra, très cynique.

Que ce fut un sortilège ou une insulte, l’elfe noire n’eut pas le temps d’achever sa tirade, le souffle coupé par un coup de bâton dans les côtes. On remit rapidement le bâillon en place, pour que rien ne vienne plus gêner les réjouissances. Le Fey’ri jeta un coup d’œil à Zanzaya qui avait profité de l’agitation pour s’approprier la bourse d’un des plus fanatiques. Elle le poussa du coude ; il fallait s’éloigner, approcher la proie qu'était la foule, sur un autre angle avant d’être repéré. C’était une stratégie payante et bien huilée. La tieffeline avait quelque expérience en la matière.

Réclamant le silence, un homme prit la parole, commençant à déclamer les « mérites » de la race drow. La foule répondait en chœur à chacune de ses accusations. Une atmosphère meurtrière baignait la place, comme si chacun voulait sa part dans cette exécution. Nusuldra connaissait bien cette sensation :

Tout charmant qu’il peut être, l’humain cache en lui un véritable démon… Pensa-t-il avec amusement, songeant à sa propre race. Cette masse humaine ne lui évoquait que dégoût et dédain. Des animaux à la curée… Les Fey’ri étaient bien pire, certes. Et bien plus subtils dans leurs châtiments. Du reste, les drows n'étaient pas réputés pour leur manque d'habileté en la matière non plus… Que leurs ferais-tu subir si les rôles avaient été inversés, pitoyable créature ?

Le bourreau acheva sa tirade sous les vivats des manants puis lança sa torche sur le bûcher. Le feu se propagea doucement ; ils s’étaient probablement arrangés pour que ce soit le cas, ils voulaient faire durer le plaisir. Ils bougèrent encore, Zanzaya ayant à nouveau récolté quelque profit. La drow se débattait furieusement, recevant une pierre de temps à autre. La foule exultait.

Les flammes léchaient son corps. Ses vêtements s’enflammèrent. Puis ses cheveux. Puis sa peau. Soudain, elle arrêta tout mouvement ; elle n’était pas encore partie, non. Elle avait fait taire sa terreur, acceptant sa souffrance, lui semblait-il. Son regard moribond scrutait chaque visage, chacun de ses bourreaux, leurs souhaitant mille morts. Elle croisa alors celui de Nusuldra et ses yeux s’agrandirent. Le Fey’ri était comme figé. Les cris alentours s’étaient fait lointains, les flammes dansaient au ralenti sur sa peau d’ébène. Les yeux de l’elfe noire, le transperçaient. Il ne pouvait l’expliquer, mais il savait qu’elle le voyait tel qu’il était, sa forme réelle. Ce regard le blessa. Par une sorte d’empathie malsaine, il fut touché par cette fin atroce qui éveillait une résonnance en lui. Elle semblait dire :
« vois comme ils te traiteront toi le monstre ! ». Puis, ce fut terminé, le brasier ayant consumé ses prunelles rougeoyantes et sa vie.

_ Hé ! Cria Zanzaya en le tirant par la manche.

A en juger par son air inquiet, cela faisait quelque temps qu'elle le secouait. Il reprit ses esprits lâchant enfin la dépouille des yeux. La tieffline regarda la condamnée, puis fixa son compagnon avec une rare compassion, saisissant intuitivement son trouble intérieur. Elle porta une main apaisante à son visage et lui sourit.

_ Elle n’a pas eu de chance tu sais, mais c’est pas pour ça qu’il faut t’en faire, souffla-t-elle avec affection. Elle le couva d’un regard affectueux en silence pendant un moment, chassant son abattement. Puis, toute espièglerie recouvrée, elle ajouta : et puis toi, jamais ils ne verront ta peau violette parce que tu peux toujours te changer en face-de-rat, n’est-ce pas ?






Beautés factices, hédonistes détroussés

O douce soirée assassine
Pourquoi m’as-tu laissé
Sans le sous, proie de la risée
De parvenues libertines


Il est des beautés sensuelles, de belles roses mesquines, dont le tout venant nanti, doit se garder d’approcher, pour ne point sur ses épines se blesser, et perdre tout ce pour quoi il a œuvré.


_ Rrr ! C’que tu peux être craquante comme ça ! Ronronna Zanzaya. Elle dégagea sa queue de sa robe et glissa langoureusement son extrémité pointue sous la jupe de Nusuldra, caressant sa cuisse.

_ Range-moi ça je te prie, lui souffla-t-il en gloussant, de sa voix féminine sensuelle. Si on la voit tu peux dire adieu au magot.

_ Si tu insistes ma toute belle, acquiesça-t-elle d’un air mutin, obtempérant de mauvaise grâce. Attends… C’est ces deux-là là-bas ! Elle lui désigna du menton, deux marchands replets qui faisaient la conversation à une blondinette à la beauté fanée qu’un abondant maquillage parvenait tout juste à atténuer.

Elle avait surpris une discussion entre les deux hommes quelques jours auparavant, dans une auberge richement fréquentée. Les gaillards se vantaient auprès d’un troisième de leur récente acquisition de gemmes brutes de contrebande. Y prêtant une attention discrète, la tieffeline avait pu saisir deux éléments cruciaux à l’élaboration de leur plan. Le lieu : le plus vantard des deux n’avait pas hésité à révéler qu’il possédait un coffre inviolable sous bonne garde dans sa chambre à coucher, défiant quiconque de même essayer de pénétrer dans sa demeure. Et l’occasion : Il se préparait une grande réception chez un de leurs amis fortunés à laquelle se réjouissaient d’aller les deux oiseaux, en raison de l’affluence certaine de courtisanes de petite vertu. « Mais attention, ces dames savent se tenir tu sais. Ce ne sont pas les catins crasseuses que l’on trouve à tous les coins de rue ! » avait assuré le second. Leurs regards lubriques n’avaient laissé planer aucun doute quant à la marche à suivre dans l’esprit de la roublarde.

Nusuldra observait sa compagne. Bien que d’ascendance tieffeline, son visage fin et délicat ne trahissait nullement son héritage abyssal. Elle lui avait avoué un jour, que sa lignée fiélonne s’était diluée au travers des mélanges avec des humains. Elle n’en conservait que quelques traces : un discret éclat de braise dans ses larges prunelles noisettes, de fines écailles sur des parties de son corps dont seule l’intimité autorisait l’exploration ainsi que sa queue baladeuse à la pointe fourchue.

_ Il va d’abord falloir se débarrasser de la vieille peau, fit-elle en aparté.

_ Laisse-moi m’en occuper. Sois prête à saisir l’occasion pour t’introduire auprès de ces « charmants » gentilshommes.

Saisissant deux coupes sur le plateau d’un serveur, il en tendit une à Zanzaya et lui fit signe d’approcher les tourtereaux à l’opposé.

_ Ha ha ha ! Vous me flattez bien trop messire Fal… Aaaah ! s’écria soudain de surprise la blonde aux traits fatigués, le visage virant à l’écarlate. Mais… Mais… Mais regardez ce que vous avez fait ?!

Le fey’ri avait habilement renversé sa coupe dans le corsage de la pauvre femme le ruinant pour le compte, en feintant un faux pas dans ses souliers à talon.

_ Je… Suis confuse madame, s’excusa-t-il jouant la fille empruntée à la perfection. Vraiment je ne sais que dire… Je vous demande pard…

_ Tais-toi petite garce ! Cria-t-elle ayant probablement saisi son manège. Je sais pour qui tu travailles et crois-moi tu vas le regretter ! Cracha-t-elle déchaînée, toute bonne grâce jetée aux orties. Elle fit volte-face bousculant l’importune et s’enfuit en grondant.

Comme il est amusant de constater comment l’émotion peut faire basculer le comportement si propre-sur-soi de ces mégères enfarinées, songea-t-il en se délectant de la vision de la furie qui cherchait d’un pas pressé quelque remède à son malheur.

_ Je suis vraiment navrée messires. Je suis tellement maladroite. Comment pourrais-je me faire pardonner ? Minaudait-il l’air faussement confus, exagérant l’intonation comme il avait si souvent vu faire ces belles d’une nuit.

_ Eh bien… Commença le plus vicieux des deux, dévorant le fey’ri d’un regard obscène. Pourquoi pas commencer par nous tenir compagnie, pour vous racheter de nous avoir privé de notre unique présence féminine ? Suggéra-t-il. Et il se mit à glousser stupidement. Nusuldra réprima une grimace de dégoût.

_ S’il n’y a que cela pour vous faire oublier mes fautes, ce sera avec joie, susurra-t-il d’une voix sensuelle. Il le tenait. Je…

_ Vous voilà, Macha, annonça Zanzaya en guise d’entrée en matière. Elle est toujours aussi malhabile la pauvre, avec de si hautes chausses, dit-elle au second comme une confidence, en déposant une main gantée sur son bras. Fort heureusement elle a bien d’autres talents… Et elle leurs offrit son plus beau sourire enjôleur.

Ils étaient visiblement ravis de la tournure des évènements. Ce fut finalement plus aisé que Nusuldra ne l’avait escompté. La soirée se poursuivit de la sorte, ponctuée de sujets mondains, de plaisanteries de bon ton et d’éclats de rires. Les compères veillaient à retenir toute leur attention, les abreuvant autant de leur volubilité que de boissons parfumées, tant et si bien que les deux négociants étaient pendus à leurs lèvres. L’un d’eux proposa même pour la farce, d’épouser le fey’ri sur le champ ; ce dernier avait bien remarqué qu’il appréciait particulièrement le petit vin de pays de leurs hôte.

Lorsque la fête fut consommée, ils appelèrent finalement les cochers invitant tout naturellement leurs belles chez eux. Le plan était simple : se débrouiller pour se rendre ensemble chez le possesseur du coffre, qui était le plus expansif des deux, un certain messire Faltache, et qui n’avait d’yeux que pour Nusuldra. Zanzaya les convainquit de tous jouir de la situation de concert, ce qui ne sembla pas le moins du monde les effrayer ; il leurs fut facile de suggérer de terminer la soirée dans la bonne demeure.

Faltache congédia les gardes, au grand soulagement de ces « dames », après toutefois une fouille corporelle de bonne mesure qui ne manqua pas d’attiser une jalouse colère avinée des deux marchands. Une fois qu’ils furent sûrs de plus être dérangés, Zanzaya assomma son amant tandis que le fey’ri, une main plaquée sur la bouche de Faltache reprenait sa véritable apparence. Le marchand ouvrit des yeux exorbités de terreur ; il n’avait probablement jamais aussi rapidement dessaoulé. Affectant une voix des plus démoniaques, Nusuldra lui expliqua la situation, pour peu qu’il ne l’eut point déjà comprise. Le fey’ri eut bien des difficultés à contenir son hilarité : la roublarde simulait alternativement avec beaucoup de zèle, les cris des deux jouvencelles en plein ébats pour donner le change, quelque fois que les gardes eurent tendu l’oreille, et semblait beaucoup s’en amuser. Pétrifié d’horreur, le courageux Faltache n’opposa aucune résistance et ils eurent tôt fait de vider le coffre. Etendant le bourgeois apeuré d’un coup ajusté, les amants ouvrirent la fenêtre. Le fey’ri étendit ses longues ailes et enlaça son amie, toute ravie de leur forfait, et ils prirent la poudre d’escampette, s’envolant avec le butin.







Sombre présage, ténèbres dévorantes

Triste porteur de ténèbres
Quand un jour tu t’éveilleras
A ta puissance, chantera
Pour ton âme, l’hymnode funèbre.



Parfois le rêve exploite, de son symbole interposé, ce qui, tapi au cœur de l’âme, le rêveur ne peut exprimer. Rarement mais il arrive, qu’il annonce, oiseau de mauvais augure, le malheur à venir ou l'espoir dernier.


Il survolait une épaisse forêt. Etait-ce la Haute-Forêt ou encore la forêt de Lethyr ? Il ne reconnaissait pas les cimes de ces arbres. Des pins ? Des chênes ? Il n’en savait rien et n’en avait cure. Il volait et volait encore, c’était la seule chose qui importait. Il éprouvait un puissant sentiment de liberté comme si toutes ses craintes, toutes ses attentes avaient disparu. Il n’était qu’un. Un unique être entre la terre et le ciel étoilé. Il était enfin libre !

Il aperçut quelque chose au sol de sa vue perçante. Un animal ? Un humanoïde ? Il fonça en piquée tel l’aigle sur sa proie. Il atterrit non loin de la bête. Une forme indistincte, sombre. Elle s’était réfugiée dans l’ombre d’un arbre au tronc massif que la clarté lunaire rendait plus ténébreux encore. Deux yeux rougeoyants le fixaient, effrayants.
Infravision ? Pensa-t-il. Et il se fit la réflexion étrange qu’il ne distinguait pas les détails de ces ombres. Pas comme ça aurait du être le cas. Au contraire tout semblait s’assombrir davantage. Que se passe-t-il ? Mes yeux… Se dit-il en proie à la panique. Etait-il en train de devenir aveugle ?

Non, décida-t-il ce qui calma son trouble momentanément. La créature semblait plus noire encore que les ténèbres qui s’avançaient sans cesse. Avait-elle grossi ? Pourquoi ne bougeait-elle pas ? Pourquoi le fixait-elle avec ces yeux ? Il prit peur. Il prenait peur ! Calme-toi, ça n’est qu’un animal ! Se rassura-t-il. Et si c’était plus que ça ? Un monstre ? Un démon ?

Elle était soudain devenue énorme et lui si petit. Les yeux de braise brisaient sa volonté. Il se sentit vaciller, puis tomber et tomber sans fin. Quand donc allait-il toucher ce satané sol ? Était-ce cela perdre connaissance ? Était-ce la mort que lui apportait ce regard sanglant ? La bête ténébreuse approchait et approchait encore. Elle se jetait sur lui. Il était terrorisé. Il voulait crier mais aucun son ne sortait.

Soudain, elle fut sur lui. Une puissante décharge traversa tout son corps, brûlant son âme, étouffant son esprit. Il souffrait le martyre et ne pouvait rien faire. Rien du tout. Mais quand cela allait-il s’arrêter ?! Une éternité de souffrance. Il était mort, il le savait maintenant. Il était mort et passé dans l’après-vie, condamné aux tourments sans fin des abysses.
Un démon ! Il ne pouvait pas réfléchir. La douleur était trop intense. C’était donc ça, son châtiment ? Une éternité de souffrance ? Puis tout fut enfin terminé. Plus rien, le vide absolu. Plus noir que les plus profondes ténèbres…

Le vide ?

_ Allez ! Viens ! Secoue-toi un peu ! Il faut se bouger, on va s’faire attraper !

Zanzaya ?

Il regarda autour de lui. Le quartier des bien-nantis d’Arrabar ? Les belles demeures autour de lui y ressemblait à n’en point douter. Pourtant quelque chose n’allait pas. Il ne savait pas quoi, mais il se méfiait. La ville avait changé et pourtant c’était la même. Une illusion ? Un carreau d’arbalète siffla à son oreille. D’instinct, il se regroupa et fit volte-face vers l’agresseur. Il ne parvenait pas à le localiser. Mais où était-il ? Il aurait du être là derrière!

_ Zanzaya, tu as vu ? Sa voix était lointaine, distante. Il n’avait pas la force d’articuler, comme absent.

_ Allez, grouille ! Faut s’barrer d’ici ! Cours ! Cours ! Elle n’avait pas entendu. Et elle détala à toute vitesse. Son corps svelte bougeait à une vitesse étonnante. Le fey’ri n’avait pas encore décollé alors qu’elle était déjà au bout de la rue. Un autre carreau siffla. Comme douché de sa torpeur, il courut. Il courait à en perdre haleine. Il courait encore plus vite. Mais la tieffeline s’éloignait un peu plus. Il redoubla d’effort. Il s’essoufflait. Rien n’y faisait. Il n’arriverait jamais à la rattraper. Les miliciens allaient le coincer et sa compagne s’enfuir sans lui. Il tomba à genou à bout de force, crachant l’air comme une forge. Le martèlement des pas se faisait de plus en plus bruyant. Ils étaient nombreux. « Le voilà » Entendit-il crier. Il n’avait plus la force de relever la tête. C’est la fin, cette fois… Se lamenta-t-il. Zanzaya…

Puis, il sentit la colère monter en lui. Que faisait-il à terre, lui, le fey’ri, impuissant face à de stupides humains ? C’était intolérable ! Il ne soufflait plus ; il grognait telle une bête enragée. Les gardes étaient tout proches. Se relevant brusquement, il poussa un hurlement déchirant, tendu comme la corde d’un arc. Il n’avait jamais rien entendu de tel. Surtout pas dans sa bouche. Mais qu’importe ! Il n’y pensa qu’un instant. Il était comme fou à présent. Fou de rage. Et sa colère le revigorait. Il se sentait fort et immortel. La puissance inondait son être.

Les hommes semblaient impressionnés et ça lui plut. Leurs visages étaient figés dans des expressions de terreur indicible, leurs corps pétrifiés d’horreur. Il aimait ça ! Ces insectes n’avaient pas le droit de le traiter ainsi ! Pas même le droit de le regarder avec ces yeux-là ! Il était tout-puissant. Il sentait affluer en lui d’impétueux courants arcaniques. Son âme était gorgée de puissance mystique et celle-ci désirait plus que tout sourdre sur ses ennemis, les brûler, les désintégrer. La sensation était enivrante !

Alors il se laissa porter par son instinct meurtrier : tendant la main, une gerbe de flammes écarlates, le Feu Infernal, jaillit vers deux des soldats qui n’avaient toujours pas bougés. Ils s’enflammèrent, s’agitant en tout sens en poussant de terribles hurlements. Il tendit l’autre main et carbonisa d’autres hommes. Puis encore et encore, se tournant dans toutes les directions, libérant toute cette énergie qui le submergeait, dans un déluge embrasé.

Puis il n’y eut plus que d’immenses flammes rouges autour de lui. Il lui en fallait encore ! Il avait encore autant de puissance en réserve. Il fallait qu’elle s’exprime ! Il prit son envol se sentant plus léger que jamais et surplomba la cité. A son étonnement, ça n’était pas une cité mais un château fortifié. Un splendide château aux blanches tourelles qui brulait dans les feux des Neufs Enfers. Un des minarets s’écroula dans un boucan infernal. Il détourna son regard, scrutant la plaine.

Une armée en marche avançait vers lui. Il se réjouit de cette aubaine. Il allait encore pouvoir utiliser toute sa puissance ! Il fonça sur eux, préparant une masse critique d’énergie magique. Il projeta son orbe enflammé dans la mêlée et redressa, prenant rapidement de l’altitude. Puis il vira de l’aile et goûta le carnage en préparant une seconde salve. Des dizaines de guerriers brûlaient déformant les rangs ordonnés de l’infanterie. Il avait semé le chaos au cœur des troupes ennemies. Il éclata d’un rire démoniaque avant de fondre sur les soldats terrorisés.

Il jubilait ! Il les consuma tous ! Tous ces stupides mortels venus le défier. Plus rien ne pouvait lui résister à présent ! Il n’était pas fatigué, au contraire. Il n’était pas du tout rassasié. Il lui fallait d’autres cibles. D’autres vies à prendre. Regardant autour de lui, il ne vit qu’une plaine carbonisée à perte de vue. Il prit son envol et fila plus vite que le vent.

Les landes étaient désertes. Son vol lui parut interminable. Il avait soif. Soif de meurtres ! Il aperçut une lueur à l’horizon et s’en approcha rapidement. C’était un feu. Mais un feu timide, qui ne souffrait aucune comparaison avec ses propres incendies. Une petite caravane brûlait, renversée sur le bord du chemin. Les corps d’une femme, d’un homme et d’une petite fille étaient étendus, sans vie. Il se posa et beugla de frustration. Puis soudain, la fillette s’agita. Elle se redressa avec difficulté et se mit finalement debout l’air hébétée. Elle portait une robe blanche et sans tâche, étonnamment. Elle tenait un objet rond dans la main. Il était déçu qu’il n’y eut qu’elle ; elle ne constituait pas un adversaire digne de ses flammes. Il allait nonchalamment la carboniser puis reprendre son envol, lorsqu’elle s’approcha de lui d’un pas plus assuré. Il était intrigué. Elle était petite et lui souriait naïvement. Elle lui tendit finalement l’objet. Il hésita un moment puis accepta l’étrange cadeau. Il ne réalisa que lorsqu’il l’eut en main. Il ne réalisa que trop tard la nature de l’ustensile : c’était un miroir.

Il regarda alors son reflet et il y vit… Son visage de fey’ri. Il poussa un cri immense, terrible et interminable, ne pouvant détacher ses yeux de son image, de ce reflet qui le blessait d’une manière indescriptible. Une vive lumière l'engloutit...

Il se réveilla en sursaut, le corps trempé de sueur agité de frissons incontrôlables. Il regarda autour de lui : une chambre d’auberge, il était dans un lit. Oui… il se souvenait à présent. Ils avaient décidé de passer la nuit dans cette taverne.


_ Qu’est-ce qui t’arrive, mon chéri ? S’enquit Zanzaya, la voix embrumée par le sommeil.

_ Ça n’était qu’un rêve… Souffla-t-il pour lui-même pas tout à fait tranquille.

_ J’croyais que les elfes ne rêvaient pas… Dit-elle en se retournant dans le lit, reléguant son destin immédiat aux bras de Morphée.

Non, les elfes ne dorment pas… La contredit-il. Mais il aurait vraiment aimé qu’elle eut raison en cet instant.

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 Sujet du message: Re: Histoire de Nusuldra Floshin
MessageMessage posté...: Sam 22 Oct 2011, 15:04 
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