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YAMAKI SHIMUSA
Fils de Yama-Ôkami et de Natsumi Shimusa épouse de Shobeï Shimusa.
Shobeï Shimusa était un seigneur de guerre de la vallée Shimusa. Ses douze boieries qu'il entretenait avec sa famille suivie de servants, furent obtenues par le long et honorable service qu'il avait rendu à son Daïmio Takuan-San Shoshin no Okawa oncle du Shogun de Kozakura. Les longues guerres de clan sur les archipels de Wa et Kozakura avaient pris fin pour Shobeï, et pour sa retraite on lui octroya les boieries sur l'île Tsukishima, dans sa vallée d'origine au pied du mont Aïtsu-Ji.

Il prit pour femme la jeune Natsumi dont la maigre dot ne faisait qu'illusion devant sa beauté aux sens éternels de la jeunesse des fleurs printanières. Le mariage était arrangé et, dans un sentiment d'emprisonnement, Natsumi avait prié Yama-Ôkami de lui venir en aide, de la délivrer de son destin. Natsumi était une de ces femmes des villages en pieds des montagnes. Femmes dont les préceptes et dogmes religieux leur échappaient totalement, du fait elles se réfugiaient dans les vertus et protections des Kami, toutes animistes qu'elles étaient.

Natsumi implorât alors le protecteur et messager des montagnes, Yama-Ôkami. Mais rien ne put interrompre l'alliance des deux familles par ce mariage, les émas étaient rédigés et les sceaux scellés. Le mariage eut lieu sans entrave un soir d'été.
La profonde tristesse dans laquelle la jeune épouse s'était enfermée s'évanouissait peu à peu, bercée et apaisée par les délicatesses et les finesses, tant du cœur que de l'esprit de Shobeï. Le ver qui la rongeait se transformait au fil des eaux en chrysalide d'une soie des plus fine, et un matin de printemps s'envolât le papillon à la rosée des larmes de joie. Ainsi était né Shiro Shimusa, fils premier de Shobeï et Natsumi. Dès lors, elle se voua chaque jour aux prières et offrandes du Kami des Montagnes.

Quatre années passèrent ainsi. Le jeune Shiro grandissait auprès de ses parents qui, de leur amour inconditionnel, avaient remarqué certaines prédispositions chez ce dernier. Parfois des baguettes se déplaçaient à table jusque dans ses mains, et d'autres fois, les fleurs fanées de temps dans le patio resplendissaient d'une première éclosion à son toucher. De ces merveilles incontrôlées Shobeï décida d'engager un Shugenjas en guise de précepteur. Et pour axer Shiro dans l'esprit au corps, les émotivités du jeune âge à la sérénité de la raison, son père ouvrit son propre dojo et lui enseigna les disciplines de la guerre.
Les richesses apportées par Shobeï profitèrent à la prospérité de la vallée. La culture était relancée et chacun mangeait à sa faim, finesses et saveurs toujours en prorata du rang dans lequel on se trouvait.
Une école fut ouverte et le monastère des moines à l'Empereur Céleste fût rénové. A présent, les théâtres ambulants s'arrêtaient au village. L'accroissement de tous et chacun radiait dans chaque foyer. Tous, sauf celui des Shimusa, car aucun autre enfant n'avait vu le jour depuis Shiro, et cela fut mit sur l'âge avancé de Shobeï. Cependant, de saisons en saisons, tous prospéraient. Mais la prospérité est tel le Feu, réchauffant en hiver et protecteur face aux meutes, il peut aussi décimer tout un flanc de montagne et meurtrir celui qui ne s'en soucis plus. En effet, Shiro avait évolué dans un chemin peu honorable, celui des Mahotsukaï. Plus il accentuait la maîtrise de son don plus l'arrogance et l'impétuosité le gagnaient, traitant les servants de sa famille comme de bas esclaves, maltraitant les enfants de son âge et de castes inférieures. Shobeï ne savait que faire, même les durs exercices qu'il lui infligeait au Dojo ne suffisait pas à le maintenir digne de son rang. Natsumi, quand à elle, craignait de le réprimander par peur de représailles.

A son onzième printemps un drame survint. Parti en leçon avec son précepteur au bord de la rivière qui s'écoulait à travers le village, il était revenu beaucoup plus tôt qu'à l'habitude, le teint pâle et les yeux sombrement cernés. Quand au précepteur il fut retrouvé gisant sur la berge, sa peau et ses vêtements secs, le corps gonflé visiblement mort noyé.
Ce soir là, Natsumi ne fit pas d'offrande au Yama-Ôkami. Ce soir là, son fils l'avait giflé après qu'elle lui ai demandé des éclaircissements sincères. Ce soir là...
Maître Shimusa s'était rendu au conseil du village où il siégeait. Les membres du conseil s'étaient réunis pour traiter de la mort mystérieuse du précepteur, et toute démagogie (traditionnelle chez les peuples de Wa et de Kozakura) soulevée pour entendre Shobeï sur les faits qui portaient son fils en flagrant suspect.
Natsumi était seule, Shiro était enfermé dans sa chambre gardé par deux hommes d'armes du Dojo.
Elle pleurait; toute son âme se vidait par ses larmes, pluie décharnante. Le patio si fleurit d'effluves dans la brise du soir semblait fade et désenchanté. Au loin, sur le mont Aïtsu-Ji, un grondement sourd détonnât et arriva quelque secondes plus tard en une douce secousse jusqu'au pied de la jeune mère égarée. Du sol s'éjecta comme le vent passant sur la rizière une forme ectoplasme d'un bleu radiant. Des formes en dedans se dessinèrent, des yeux, des oreilles pointues et velues, un museau.

Peu à peu la vapeur se solidifia, le solide se forma, la forme prit vie et un Loup Blanc aussi grand qu'un cheval, auréolé d'un feu sans chaleur, s'avança d'un pas flottant et silencieux vers Natsumi.
D'une voix chaude et basse il s'exprima:
« -Ma pauvre enfant, tant d'amour sacrifié à la peine, tant de beauté bafouée à l'horreur. Je t'ai toujours écouté, et tes offrandes même des plus simples me ravissent encore aujourd'hui. »
Le grand Loup avait posé son museau sur les genoux si frêles de Natsumi, et dans un souffle nasal il continua:
« -Je vais ce soir te remercier. Grâce à toi j'ai pu observer ton fils Shiro, aussi mystérieux qu'il reste pour moi aussi, j'ai vu de quoi il est capable et je me dois de nous en protéger. A sa naissance il a asséché ta matrice, c'est pour cela que tu ne peux plus enfanter. Je vais dans un premier temps remédier à cela si tu le souhaites. »
Natsumi ébahie devant une telle magie incarnée devant sa piètre personne ne put réagir tout de suite. Puis, après un moment suspendu, elle hocha la tête pour acquiescer à la proposition du Kami.
: « -Bien », dit il, « suit moi. »

Et ils partirent vers la montagne. Le temps s'était figé, le long galop sur le dos dÔkami semblait être comme une danse, un vol plané au dessus des plaines. Enivrée de la grâce de l'esprit, Natsumi s'endormi. A son réveil, elle vit le loup veillant la tête sur son ventre, et d'un regard plein de tendresse lui dit:
- « Viens, redescendons. Je dois conjuré les pouvoirs de ton fils. »

Arrivés à la demeure familiale, le Kami s'introduisit dans la chambre. Les deux gardes s'étaient étrangement endormis et Shiro n'en était pas moins. Ôkami posa sa patte sur le plexus de l'enfant. Dans un sourd tremblement, la pièce vibra et une lumière bleu jaillit de la patte du kami, puis, il se rendit au patio où il avait laissé sa chère du soir.
-: « Il ne pourra plus nuire désormais, soit sans crainte. Ta matrice est féconde à présent, et pour cela j'ai du t'ensemencer. Prends soin de l'être qui arrive, il sera bon et loyal. Chéris le, couvres le de ton amour et ne m'oublies pas. »
Le temps de se dire comment elle pourrait oublier un tel moment, Yama-Ôkami était repartie vers le monde des esprit.

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