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 Sujet du message: Thaïs Terik
MessageMessage posté...: Sam 06 Avr 2013, 04:17 
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Inscription: Jeu 04 Avr 2013, 03:12
Messages: 1353
PX: 12360
Nom : Thaïs Terik
Alignement : Chaotique Neutre
Race : humaine
Age : 20 ans
Poids : 59 kg
Taille : 168 cm
Sexe : féminin
Classe : Roublarde 3 Princesse des poneys 1 Spadassin 1
Divinité(s) : la bière, Shaundakul et Lliira (Shaundakul en tutélaire).
Origines : Les Vaux (Valbrume)

Vitesse : 12 mètres (princesse)

Expérience : 10000 / 15000

Caractéristiques :
    For (12) (+1)
    Dex (17) (+3) ou 21 ( +5) (extase de la bataille) (+1 niveau 4)
    Con (12) (+1) ou 16 ( +3) (extase de la bataille)
    Int (14) (+2)
    Sag (10) (+0)
    Cha (12) (+1)

Points de vie :
    Niveau 1 : 7 (6 (d6) +1 (CON))
    Niveau 2 : 14 (7 + 6 (d6) +1 (CON))
    Niveau 3 : 21 (14 +6 (d6) +1 (CON))
    Niveau 4 : 33 (21 +11 (d12) +1 (CON)) ou 41 (modification de CON, extase de la bataille)
    Niveau 5 : 42 (33 +8 (d10) +1 (CON)) ou 52 (modification de CON, extase de la bataille)

Classe d’armure (CA) :
    Base : 17 = 10 + 3 (Dex) + 2 (Armure) + 1 (bouclier) + 1 (Chance des héros), 19 en extase
    Contact : 14, 16 en extase
    Prise au dépourvu : 14
    +1 (esquive) contre les pièges

Initiative :
    +3 (dex) ou +5 (DEX, extase de la bataille)

Maniement des armes :
    Thaïs sait manier les armes courantes, de guerre ainsi que la matraque et l'arbalète de poing. Thaïs sait porter les armures légères, intermédiaires et les boucliers (sauf pavois).

Bonus de base à l'attaque :
    +4 = +2 (roublard) +1 (princesse) +1 (spadassin)

Jet d’attaque au corps à corps :
    +5 = 4 (BBA) + 1 (For) ou +7 = +4 (BBA) +3 (DEX, attaque en finesse) ou +9 = +4 (BBA) +5 (DEX, attaque en finesse, extase de la bataille)

  • Rapière : +7 (ou +9 en extase) 1d6+1 / 18-20, x2
  • Dague : +7 (ou +9 en extase) 1d4+1 / 19-20, x2
  • Dague magique : +7 (ou +9 en extase) +? (magie), 1d4+1 +? (magie)/ 19-20, x2 + effets magiques divers

    +2d6 d'attaque sournoise sous conditions

Jet d’attaque à distance :
    +7 = 4 (Base) + 3 (Dex) ou +9 (extase)= +4 (BBA) +5 (DEX)

  • Arc court : +7 (ou +9 en extase) 1d6 / ×3 -> Portée : 18 mètres

    +2d6 d'attaque sournoise sous conditions

Jets de sauvegarde :
    Jet de vigueur : +7 = 1 (Base roublard) +2 (Base princesse) + 1 (Con) + 1 (Chance des héros) +2 (Base spadssin)
    Jet de réflexes : +7 = 3 (Base) + 3 (Dex) +1 (Chance des héros)
    Jet de volonté : +2 = 1 (Base) + 0 (Sag) +1 (Chance des héros)

    Esquive totale, Sens des pièges (+1), +2 en vigueur et réflexes en extase de la bataille (augmentation en CON et DEX)

Langues connues :
  • Commun
  • Chondathan
  • Damarien
  • Orque

Capacités de classe :
  • Roublard
    • Attaque sournoise (2d6)
    • Recherche des pièges
    • Esquive totale
    • Sens des pièges (+1)
  • Princesse des poneys
    • Déplacement accéléré (+3m)
    • Illettrisme (multiclassage)
    • Extase de la bataille (1/jour, 6 rounds)
    • Maîtrise de la monture
  • Spadassin

Dons :

Caractéristiques raciales :
  • Don supplémentaire (1)
  • Points de compétence supplémentaires (4 + 1 à chaque niveau)

Compétences :
Points : 80 (44 (11x4, roublard 1) +11 (roublard 2) +11 (roublard 3) +7 (princesse 1) +7 (spadassin 1))

    Total = DM + bonus carac + autres

    Dépendant de la Force :
      Escalade (For)* : 4 = 4 + 1 – 0 (malus armure) – 1 (malus bouclier)
      Natation (For)* : 3 = 3 + 1 – 0 (malus armure) – 1 (malus bouclier)
      Saut (For)* : 11 = 5 + 1 – 0 (malus armure) +2 (synergie acrobaties) +4 (vitesse) – 1 (malus bouclier)

    Dépendant de la Dextérité :
      Acrobaties (Dex) : 9 = 5 + 3 – 0 (malus armure) – 1 (malus bouclier) +2 (synergie saut)
      Crochetage (Dex) : 8 = 5 + 3
      Déplacement silencieux (Dex)* : 7 = 5 + 3 – 0 (malus armure) – 1 (malus bouclier)
      Discrétion (Dex)* : 6 = 4 + 3 – 0 (malus armure) – 1 (malus bouclier)
      Équilibre (Dex)* : 6 = 2 + 3 – 0 (malus armure) +2 (synergie acrobaties) – 1 (malus bouclier)
      Équitation (Dex)* : 8 = 3 + 3 +2 (classe)
      Escamotage / Vol à la tire (Dex) : 6 = 2 + 3 – 0 (malus armure) +2 (synergie bluff) – 1 (malus bouclier)
      Évasion (Dex)* : 4 = 2 + 3 - 0 (malus armure) – 1 (malus bouclier)
      Maîtrise des cordes (Dex)* : 3 = 0 + 3

    Dépendant de la Constitution :
      Concentration (Con)* : 1 = 0 + 1

    Dépendant de l'Intelligence :
      Art de la magie/Connaissance des sorts (Int) : —
      Artisanat (Int) : —
      Connaissances () (Int) : —
      Connaissances (folkore local) (Int) :[/color] —
      Contrefaçon (Int) : —
      Décryptage (Int) : 3 = 1 + 2
      Désamorçage / Sabotage (Int) : 5 = 3 + 2
      Estimation (Int)* : 5 = 3 + 2
      Fouille (Int)* : 6 = 4 + 2

    Dépendant de la Sagesse :
      Détection (Sag)* : 3 = 3 + 0
      Perception auditive (Sag)* : 4 = 4 + 0
      Premiers secours (Sag)* : 0 = 0 + 0
      Profession (Sag) : —
      Psychologie (Sag)* : 3 = 3 + 0
      Survie (Sag)* : 1 = 1 + 0

    Dépendant du Charisme :
      Bluff (Cha)* : 9 = 8 + 1
      Déguisement (Cha)* : 1/3 = 0 + 1 +2 (synergie bluff si se sait observé)
      Diplomatie (Cha)* : 3 = 0 + 1 +2 (synergie bluff)
      Dressage (Cha) : 2/4 = 1 +1 (+2 avec les chevaux, classe)
      Intimidation / Persuasion (Cha)* : 5 = 2 + 1 +2 (synergie bluff)
      Renseignements (Cha)* : 3 = 2 + 1
      Représentation (Chant) (Cha)* : 2 = 1 + 1
      Représentation (Danse) (Cha)* : 3 = 2 + 1
      Représentation (Percussion) (Cha)* : 2 = 1 + 1
      Utilisation d'objets magiques (Cha) : 2 = 1 + 1

    En bleu les compétences de classe (roublard), en souligné les compétences de classe (princesse des poneys), en italique les compétences de classe (spadassin) et avec une astérisque les compétences innées (utilisables même avec un degré de maîtrise égal à 0)
    +2 aux compétences sur la dextérité et la concentration en extase de la bataille (augmentation des caractéristiques)
    -2 aux compétences sauf Equitation et Dressage en extase de la bataille (classe)

Équipement :
Armes:
  • Rapière (20 po) [1 kg]
  • Arc court + 17 flèches (30 + 1 po) [1 + 1,5 kg]
  • Dague (2 po) [0.5 kg]
  • Dague magique aux pouvoirs inconnus (??? po) [0.5 kg]

Armure:
  • Armure de cuir (10 po) [7,5 kg]
  • Targe (15 po) [2,5 kg]

Vêtements:
  • Tenue de voyage de laine, de lin et de fourrures (- po) [ - kg]

Effets:
  • Outils de cambrioleur (30 po) [0.5 kg]
  • Pipe et tabac [200 g]
  • Dague de taille P (pouvoirs inconnus)
  • Fiole pleine trouvée avec la dague de taille P (effets inconnus)
  • Bonbon de soin (30 po) [-]

Dans la chambre :
  • Sac à dos (2 po) [1 kg]
  • Aiguille à coudre + fil (0.6 po) [- kg]
  • Couverture chaude (0.5 po) [1.5 kg]
  • Lanterne sourde + 1 flasque d'huile (12 + 0,1 po) [1,5 + 0,5 kg]
  • Bandage (20 mètres) (1 po) [0.1 kg]
  • Ficelle (20 mètres) (0.3 po) [- kg]
  • Outre (1 po) [2 kg]
  • Pied de biche (2 po) [2.5 kg]
  • Savon (0.1 po) [0.1 kg]
  • Silex et amorce (1 po) [- kg]
  • Tenue de voyage (2,5 kg) et Robe [1 kg]
  • Corde en soie, 15 m et grappin (11 po) [4,5 kg]
  • Herbe au diable, 2 doses (2 x 6 po) [-]
  • Plein de jolies fringues (10 po, en gros) [3 kg]
  • Bouteille de rhum ( ? po) [0,750 kg]
  • Portion de viande séchée (0,6 po, doublé par rapport aux prix du continent) [0,5 kg]
  • Tabac (0,5 po) [0,5 kg]
  • Jeu de cartes (0,5 po) [-]
  • Flasque d’huile (0,1 po) [0,5 kg]

Or :
  • 5 pièces d’or (ne sont pas dans la bourse)
  • 4 pièces d’argent
  • 2 pièces de cuivre
  • Bourse à part avec 2 malachites

Charge :
    Légère : 21.5 kg
    Intermédiaire : 21.5 - 43 kg
    Lourde : 43 – 65 kg

    Actuelle : 21.2 kg


Description
Plutôt bien de sa personne, Thaïs dégage ce petit quelque chose de sucré qui plaît aisément. Sa chevelure épaisse, dont on ne saurait dire si le blond ou le roux domine, tient de l’indomptable crinière, et même lorsqu'elle l'attache son visage reste entouré d’un festival de mèches éclatantes. Quant à ses yeux, aux iris d’un vert moucheté, ils semblent rayonner d’une naturelle franchise telle qu’on lui donnerait, à tort, les dieux sans confession.
Son corps aussi athlétique et élancé soit-il, est doté d’une robustesse qui rassure l’ami et s’impose à l’adversaire. Et outre cette vilaine tache de naissance sous le sein - qu’elle ne passe d’ailleurs pas son temps à dévoiler - on peut sans se fourvoyer dire que Thaïs est une jolie jeune femme.

De plus, elle est loin d’être idiote. Quoique d’une culture assez lacunaire et parfois dotée de quelques penchants rustres et naïfs, elle fait montre d’un esprit vif, curieux, et de grandes facultés d’apprentissage et d’adaptation. Elle ne demande d’ailleurs qu’à combler son manque de connaissances, du moins quand elle ne trouve pas plus adéquat de dépenser son énergie débordante à festoyer au-delà du raisonnable.
On peut néanmoins lui reprocher un parler de charretier, une impulsivité dérangeante, des tendances versatiles et susceptibles, l’habitude abusive consistant à « emprunter » sans permissions ce qu’elle trouve d’intérêt, et, pour peu qu'on la connaisse, un caractère borné, une insupportable mauvaise foi, de soudains élans de mélancolie, voire quelques prétentions déplacées. Autant dire que bien qu’attirante et rusée, elle n’en est pas pour autant facile à vivre.
De son prochain elle se soucie quand lubie lui prend, mais c'est avant tout à ceux qu'elle a laissés derrière elle que vont ses pensées sincères. Tant qu'ils ne s'avèrent pas bons compagnons buveurs, agréables et dévoués faire-valoirs, source de quelconque savoir ou bénéfice, ou encore concurrents de taille, les autres ne sauraient attiser longtemps son intérêt à de rares exception près.

Thaïs est habituellement vêtue d’une tenue simple mais robuste, agrémentée de peaux par temps frais, et protégée par une armure de cuir usée au fil de ses nombreuses péripéties. Naturelle et peu coquette, elle ne se pare d’aucun bijou ou ornement de valeur, préférant monnayer le fruit de ses rapines et sachant l’ostentation dangereuse, hormis lorsqu’il s’agit de moyens de défense. De ce fait, Thaïs ne se sépare jamais de la rapière qui pend à son côté et de son arc court, souvenir de son départ mouvementé de Valbrume.

Background
Naissance

Dans la pâle aurore d’un matin d’automne, quand les premiers rayons font s’élever les brumes trainantes et mélancoliques de l’Ashaba, sonnait, discret, le glas de Dame Jeanne Terik.
Après d’interminables heures, ses râles d’agonie laissaient place aux funèbres tintements du clocher et aux pleurs de l’enfant qu’elle venait de mettre au monde. Son mari, secoué de silencieux sanglots, fixait la petite fenêtre dont les carreaux sales distillaient une lumière glauque dans la pièce surchauffée.
Sans mot dire, la sage-femme, aux yeux cernés par une nuit d’efforts, tendit le poupon braillard au prêtre de Chauntéa, qui, à l’aide d’un bête couteau de cuisine, trancha le cordon qui liait encore l’enfant à sa défunte mère.

Ainsi naquit Thaïs, fille de Bjorn et de feu Jeanne Terik, petits bourgeois jusqu’alors sans histoire et Valbrumois pure souche. Mais comme le laissait présager cette naissance assassine, les choses allaient dès lors sérieusement se compliquer.



Enfants des brumes

Bjorn, robuste gaillard d’un naturel optimiste, ne s’octroya pas le temps de pleurer son épouse. Il avait un enfant qu’il n’aurait jamais à élever s’il ne lui trouvait au plus vite un sein abondant, et celui-ci se présenta en gorge d’une jeune et jolie mère du village, Adèle Iksyr, dont le mari s’en était allé, en bon soldat, pourfendre le noir fléau chtonien qui n’avait de cesse de s’abattre sur la région : les drows.
La nourrice prit soin de l’enfant et l’éduqua avec toute l’attention qu’une mère de trois marmots, seule et débordée, peut dispenser à une fille qui n’est pas la sienne.
Et c’est entourée de ses frères que la petite Thaïs grandit, cadette du terrible quatuor qui allait bientôt faire parler de lui jusqu’au Gué d’Ashaba. Darren en était l’aîné, suivi des faux jumeaux Lorik et Marc, et seule trahissait l’ascendance de leur désormais petite sœur sa claire chevelure, perdue aux milieux de leurs amas de boucles brunes, tant l’osmose était parfaite.
Quant à son père, ayant à cœur ses affaires au commerce des ferronneries locales, il ne la voyait que peu, surtout depuis qu’elle avait cessé de téter et lui laissait prendre le relais. D’ailleurs, s’il venait en visite, ce n’était guère que pour s’enfermer avec la belle Adèle et prodiguer au voisinage les échos et roucoulements de leurs ébats.
Mais la fratrie n’en avait cure, et, grandissants, ils multipliaient les frasques, au grand dam des fermiers trop attachés à leurs poules, soucieux de ne pas voir disparaître leurs cerises et s’éparpiller leur foin.
Alors jeunes et sans véritables ambitions, ils avaient toutefois réussi, tous quatre, à devenir les coqueluches des gamins du village. Fils et filles de fermiers, de forgerons, et même de comptables, rejoignaient leurs jeux et leurs batailles contre les mômes des hameaux avoisinants. Darren en monarque, ses frères en princes et la petite en héraut, sur leur royaume il régnaient, terribles comme le sont les enfants. Mais les enfants, ça ne cesse de grandir, surtout le jour où un mari jaloux rentre de campagne et retrouve sa femme dans d’autres bras.



Le revenant de guerre

C’était l’été de ses 7 ans. Thaïs jouait calmement sur le plancher de la cuisine en compagnie de Lorik, prenant des plots pour régiments et s’imaginant leur prochain assaut du puant village des tanneurs, quand il est entré. Patibulaire, presque estropié, il ne leur jeta qu’un bref coup d’œil. À l’étage, le lit grinçait de plaisir.
Il tira son épée du fourreau, monta rapidement les marches.
Le temps s’était changé en mélasse, coupant le souffle des marmots. Ils ne pouvaient pas crier. Pas bouger. Regarder et c’est tout.

La porte sembla voler en éclat, puis des cris, encore des cris, plus de cris, fous, hystériques, suivis du fracas d’une fenêtre d’où l’on se jette et du bruit mat d’un corps, un peu ventru, qui embrasse la terre battue. Thaïs, toujours assise, un plot à la main, regardait son père nu, ensanglanté, étalé sur la chaussé, tentant de se relever en toussant alors que son agresseur, poursuivi par une furie braillarde en tenue d’Eve, descendait à toute allure, l’arme au poing et la fureur aux yeux. De sa femme il se débarrassa d’un revers de la gauche, la faisant chuter dans l’âtre heureusement éteint, puis il sortit.

Le plot que tenait Thaïs et la tête de son père heurtèrent le sol à moins d’une seconde d’intervalle.

Il s’en revenait pour finir le travail, voulant annihiler jusqu’à la progéniture de son ennemi, quand les voisins alertés vinrent maîtriser in extremis le vétéran. Il fallut pas moins de cinq puissants garçons des forges pour serrer le gaillard et le sonner suffisamment pour qu’il cessât de rugir. Mais une dernière fois, il plongea son regard dans les yeux de la petite pour y répandre sa haine et sa tristesse.

Le lendemain, se sachant condamné, il parvenait à s’échapper de sa cellule, à égorger le bleu de garde et voler une monture pour disparaître vers l’ouest.

Thaïs n’a plus jamais joué aux plots.



La meute

Les saisons passèrent et l’évènement se fit toujours plus lointain au fil des rixes rustaudes et au son des rires, amplifiés par la bière et l’hydromel qu’offrait l’ainé généreux. Thaïs avait à peine 12 ans quand elle et ses frères, accompagnés de leurs troupes, s’emparèrent des cabanes de la colline aux pommes et de leurs trésors: le butin de dizaines de gamins tanneurs, dont une cave à faire pâlir les plus grands amateurs de bière chaude et d’aigre piquette. L’entier fut consommé en une nuit, et régurgité avec force tout le lendemain. C’est à cette occasion que Darren se découvrit d’étranges pouvoirs, alors que ses vomissures tournoyaient en changeant de couleurs. Thaïs, déjà pleine d’admiration pour son frère, fut émerveillée, et même un peu jalouse, de le voir apprendre à maîtriser ses dons particuliers tout en les cachant à leur mère.

Les frère Iksyr et leur petite sœur étaient alors connus pour être la plus grande plaie de la région, après les drows et les vendeurs itinérants de cornichons rances. Multipliant rapines et saccages, ils se voyaient souvent coursés par des paysans rougeauds, et plus rarement par des miliciens, conscients de ne pouvoir administrer qu’une botte au cul des chenapans et une petite amende de principe à leurs parents.
De ce fait, Adèle désespérait de voir ses maigres économies partir en dédommagements, et toute punition, aussi dure fut-elle, n’empêchait aucun de ses garçons de récidiver. Thaïs, quant à elle, n’était jamais blâmée: elle était la petite qui avait perdu père et mère, innocente, fragile et manipulable. La fripouille adorait jouir de cette image, bien que ce fût l’objet de nombreuses disputes avec les jumeaux. Cependant, Darren était toujours là pour prendre sa défense. Et si sa nourrice et mère d’adoption l’avait vue en bataille, fronde au poing, roustant les autres gosses en de mémorables pugilats, elle aurait probablement frisé la syncope.

Mais les choses finirent par se gâter pour le quatuor de choc le jour où, trouant les tonneaux d’un marchand de vin pour en récolter le nectar, la fine équipe fut prise la main dans le sac par le garde privé de l’honnête commerçant. Dans la panique qui suivit, l’aîné, peu conscient de ses capacités magiques hors norme, envoya un terrible projectile d’énergie sur leur poursuivant, le tuant sur le coup.

L’heure d’après, cachés dans un fourré, les petits criminels débattaient des terribles conséquences qui menaçaient de s’abattre sur eux. Darren, déjà homme, savait que la sanction ne serait pas une simple amende. Aussi annonça-t-il aux autres son départ imminent. Où irait-il ? Ça, peu importait, mais il ne se plaisait pas à l’idée de vivre en geôle ou de mourir au bout d’une corde. Les jumeaux protestèrent fortement. Thaïs se tut. Puis quand il fit mine de s’en aller, une profonde expression de résignation sur le visage, sa sœur se leva, et clama du haut de ses quinze années:


- Moi, j’viens avec toi !

Il fallut rappeler à Marc et Lorik leur statut de fugitifs pour qu’enfin ils cessent de hurler, puis Darren s’adressa avec tendresse à sa sœur.

- Non, tu peux pas. Imagine le souci qu’en aura mam’, et ces deux sauvages sauront jamais s’tenir sans toi, dit-il en pointant les jumeaux du menton. Moi, j’suis adulte, maint’nant. Pis la vieille comprendra, j’suis sûr. Mais ça sert à rien de lui crever le cœur plus que d’raison. Vous avez tué personne, vous! On nous a vu, les gens pourront le dire! Mais moi, j’dois partir. On se r’verra les mômes, promis.

La larme à l’œil, la fratrie se sépara après d’interminables embrassades. Puis Darren prit la route de l’ouest, comme son maudit père avant lui.

Sur le chemin du retour, alors que le soleil déclinant faisait du val et de ses champs un océan d’or, nul ne disait mot. Les deux jumeaux en tête, maussades, frappaient du pied les pierres du chemin, qui rejoignaient l’ornière en levant quelques volutes de poussières. Thaïs fermait la marche, le regard tiré vers le soleil.
Le départ fut si soudain que Marc et Lorik eurent à peine le temps de se retourner pour la voir plonger dans les taillis. Et malgré qu’ils s’épuisèrent à la courser, ils finirent par en perdre la trace au crépuscule.
La petite avait prit sa décision et ne tarderait pas à retrouver Darren.



La clef des champs

C’est le lendemain, après une nuit dans une grange isolée, qu’elle vit enfin sa silhouette longeant un ruisseau. Elle courut aussi vite que si les neufs enfers lui filaient le train et sauta au cou de son frère, manquant de le renverser.

- Mais bordel ! Thaïs ?! Mais... qu’est-ce que tu fous ici ?! Tu vas rentrer de suite ou faut que j’t’attache à un arbre pour que tu comprennes ?

Un bruit de galop vint interrompre leurs touchantes retrouvailles: ce n’étaient, bien sûr, pas les Baatezu venus les trainer en demeures infernales, non, simplement la milice montée qui avait retrouvé la piste du meurtrier.
La chasse fut brève, mais intense. Heureusement pour Darren et Thaïs, la lisière d’une dense forêt toute proche leur permit de trouver refuge à l’ombre des feuillages, et le terrain accidenté, même s’il écorcha l’entier de leurs corps, gêna la progression des cavaliers, les forçant à mettre pied à terre.

Longtemps ils s’enfoncèrent dans l’épaisse forêt, prenant peu à peu conscience qu’ils pénétraient en un lieu que l’homme n’avait jamais su dompter. Le Cormenthor les accueillait avec son concert de vrombissements estivaux et de piaillements inquiétants.
Mais l’un des miliciens, forestier chevronné, était parvenu à remonter la piste jusqu’à eux.
C’est Thaïs qui détecta en premier sa présence, alors qu’il bandait son arc et visait les jambes de son frère. Le cri de l’adolescente avertit Darren, qui esquiva le trait avant de riposter d’un sort peu maîtrisé, parvenant toutefois à hébéter le chasseur. Ceci laissa à Thaïs le loisir d’abattre, sur le chef découvert du milicien, une grosse pierre qui séjournait dans la région depuis des temps reculés.

Le pauvre bougre reprit connaissance quelques heures plus tard, nu, avec plus de tiques aux fesses que de dents en bouches.

À présent équipés de quelques armes et victuailles, les deux compères continuèrent leur progression sylvestre, n’ayant bientôt qu’une envie : foutre le camp de ces bois maudits, truffés de dangers et de sorcellerie elfique, avant que ne tombât une nouvelle nuit.

Mais il leur fallait se rendre à l’évidence : ils étaient complètement perdus.



Hautelune

La chance sourit aux audacieux, et elle n’hésita pas à le démontrer une énième fois. Alors qu’ils voyageaient à l’aveuglette depuis des jours, inconscients des pièges mortels qu’il frôlaient, leurs maigres provisions depuis longtemps épuisées, Thaïs et Darren parvinrent à s’extraire des vertes ténèbres aux abords de Hautelune, la plus grande agglomération qu’ils n’avaient jamais vu jusqu’alors.
Le ventre creux, ils réunirent ce qui leur restait de forces pour atteindre la porte, gueule béante dans les hauts remparts qui protégeaient la cité. Ils se fondirent dans la masse de roturiers et colporteurs s’engouffrant dans l’enceinte sous l’œil indifférent de la garde, puis, à force de jouer des coudes, ils parvinrent à entrer dans le premier taudis venu pour y engloutir une soupe infecte comme s’il eu s’agit d’ambroisie. Ils utilisèrent encore quelques pièces volées au forestier pour se payer une chambre, et, en plein après-midi, s’effondrèrent sur le lit mité pour y dormir presque deux jours durant, blottis l’un contre l’autre.

A son réveil, Darren croisa le regard de sa sœur, apparemment éveillée depuis un bon moment. Ils se fixèrent un instant, avant qu’elle ne s’adresse à lui, mue d’une curieuse énergie.


- Hé ! Tu m’apprends ? S’teuplaît !
- Quoi ? T’apprendre quoi ?
- Ben... à faire des trucs comme t’as fait sur le gros, au village, ou avec le forestier. Ou bien donner des couleurs bizarres au vomi ! Des sorts, quoi !

Tout en se frottant les yeux, il s’assit sur le rebord du lit, un peu glauque, puis sentit un menton se poser sur son épaule et un petit souffle lui chatouiller l’oreille.

- Alleeez ! Dis oui!
- Je sais pas ce que tu t’imagines, mais c’est loin d’être simple. Je sais pas d’où ça vient. J’peux même pas les maîtriser, alors te les apprendre...

La jeune fille se retira et quitta brusquement le lit pour enfiler ses bottes, faisant montre de toute sa frustration.

- Faut pas t’énerver comme ça ! J’y peux rien !
- Ouais, t’as juste peur que j’puisse faire mieux que toi, parce que t’es l’plus vieux, pis tout ça. Ça m’blase !
- Mais tu vas les chercher où, toutes ces conneries ? Si c’est pour me les briser tu peux retourner chez mam’ !
- Va chier !

La porte claqua, puis il passa le reste de sa journée à chercher sa foutue petite sœur à travers toute la ville, maudissant les dieux de l’avoir faite aussi susceptible. Mais alors qu’il perdait espoir, il l’a vit passer comme une flèche devant lui, poursuivie d’une horde de marchands lésés et de gardes zélés. Sans rien comprendre, il se trouva embarqué dans cette nouvelle course-poursuite effrénée, bousculant à tout va échoppes et passants, pour atteindre enfin la porte donnant sur l’ouest.
Les gardiens de celle-ci, alertés par leurs collègues haletants, tentèrent de retenir le duo de casse-cous, mais c’était sans compter l’attelage qui passait au même instant. Les deux brigands grimpèrent aux jougs comme de véritables singes, et, piétinant le cocher terrifié, s’élancèrent hors de la ville, alors que les chevaux rendus fous barraient le passage des suivants.

Le souffle court, ils s’étaient planqués dans un verger verdoyant. Et là, sans attendre que son cœur cesse de battre la chamade, Thaïs brandit triomphalement une énorme bourse et l’agita sous le nez de son frère.


- Moi aussi... j’peux faire... d’la magie. Connard !

Et ils se mirent à rire, tant et tant qu’ils en eurent presque mal.


De voyages en fortunes

Grâce aux richesses dérobées à Hautelune, les jeunes bandits purent s’acheter des vivres et des montures dès qu’ils atteignirent la Sembie. Ainsi débuta une vie de périples qui les mènerait jusqu’à la Côte des Epées.
Durant près de quatre ans, ils vécurent, comme à leur habitude, de larcins et d’activités qui fâchent l’honnête homme mais rapportent leurs deniers. Assez vite, ils eurent chacun un équipement du meilleur effet, et purent s’associer à d’autres truands pour des méfaits toujours plus osés.
Cependant, plus d’une fois s’ombrageait l’horizon, comme ce jour où le dénommé Kumar le Teigneux, trouvant la jeune Thaïs très à son goût, tenta de la tirer à part lors d’un pillage de routine. Mais il comprit à ses dépends qu’on emmerde pas la p’tite sœur à Darren. D’ailleurs, les gens d’Iriaebor se rappellent toujours de ce cadavre qu’on retrouva un jour, pendu par les parties au portail de son riche employeur.

Et la vie suivait son cours, au gré des vents et des routes. Une vie de bohème et d’aventure, rythmée par les rencontres et les beuveries en d’infâmes bouges.

Mais le plus cher désir de Thaïs restait inassouvi: voyant son frère progresser dans l’art de la magie, elle l’admirait et l’enviait toujours plus. Il le savait bien, et désespérait de ne pouvoir lui transmettre le don. Aussi, en secret, économisait-il dans l’espoir de lui trouver professeur capable d'enseigner la magie profanes afin qu’elle aussi puisse tisser les fils complexes de la Toile.



Les liens du sang

Ils cheminaient depuis fort longtemps quand, lorsque le soleil embrase l’océan, ils firent halte sur les hautes falaises d’où l’on pouvait voir s’allumer les premières lumières d’Eauprofonde. Leur bivouac posé entre quelques arbustes séchés par les vents salés du large, ils regardèrent se lever Séluné, au son d’un feu crépitant et chargé des odeurs d’un rôti juteux. Ils ne disaient rien depuis le coucher du soleil, et ce fut Thaïs la première à briser le silence.

- Tu crois qu’il est où, ton père ?
- Qu’est-ce que ça peut bien foutre ? J’espère juste qu’il est crevé, après ce qu’il a voulu te faire.
- Ouais...
- Et ce qu’il a fait au tien !
- Bof, m'en fous: c’était un con. Y m’aimait pas.
- Dis pas des trucs pareilles. Y t’aimait ton père. Enfin, il en avait l’air, même s’il était pas souvent là... et qu’il s’amusait plutôt à tringler ma vieille. Enfin, j’pense qu... mais... tu pleures ?

Les flammes faisaient luire les joues humides de la jeune femme. A peine secouée par de petits sanglots, elle fixait l’horizon lointain. Et quand un bras réconfortant vint se poser sur ses épaules, mais se laissa simplement couler dans l’étreinte.
Attendri, Darren ne la vit pas empoigner sa dague, et quand elle lui prit la main, il ne s’attendait pas à ce que ce soit pour y faire pénétrer le métal glacé. La vive douleur le fit tomber en arrière, entraînant Thaïs dans sa chute grotesque.

- PUTAIN ! Mais t’es pas bien ?! C’est quoi ton putain de problème, bordel de m...

Son dernier mot termina sa course, inarticulé, dans la bouche de sa sœur, alors qu’elle serrait l'une contre l'autre leurs deux paumes sanglantes.



Où se fend l’écume

Les premiers rayons vinrent faire chatoyer la crinière de Thaïs qui s’éveilla en grelotant, nue et seule sous les couvertures. Sans se soucier du sang qui croûtait le long de son bras, elle s’étira, enfila ses vêtements et contempla le grand large avec un sourire niais. Puis elle se leva, se retourna et eu un temps d’arrêt. Pourquoi ne restait-il que son cheval à elle ?

- Darren?

Personne. Son palpitant partait en guerre au son des fifres et tambours. Du regard elle balaya toute la côte, avant de tomber sur ce foutu bout de parchemin. Il l’avait attaché au paquetage, pour que le vent ne l’emporte pas.

« On aurais jamais du faire ça, petite. Je sais pas pourquoi je t’en ai pas empêché, mais je me sens le pire des frères qui soit. Tu es ma sœur, tu seras toujours ma sœur, et je me le pardonnerai jamais, pas plus que je m’attende à ce que tu me pardonnes. Je n’ai pris que mon cheval et de quoi me nourrir. Je t’ai laissé le reste. Dans la poche du sac, tu trouveras une bourse. Gaspille pas tout, c’est pour payer tes cours de magie, si un jour tu trouves quelqu’un qui a la patience d’enseigner quoique ce soit à une petite peste dans ton genre. D’ailleurs, Eauprofonde doit regorger de mages compétents.
N’essaie pas de m’y chercher, j’y serai plus. Mais je sais que tu sauras très bien t’en sortir. C’est juste qu’après cette nuit, je pourrai plus te regarder comme avant. J’ai déjà de la peine à me regarder moi, alors... Enfin, ça peut changer, mais laissons-y le temps.
On se revoit ici, dans 7 ans, le 7 Flammerige au couchant. Je serai là, et je me réjouis de voir la grande mage que tu seras devenue.
Désolé.

Je t’aime, petite soeur. »

Elle tremblait. De désespoir, de rage, de terreur, elle tremblait, la poitrine ouverte et lacérée par les vents de l’ouest.

- CONNARD !

Meurtrie, elle se laissa tomber à terre, et, étendue de tout son long, elle pleura comme jamais. À tel point que son cheval, d’un naturel pourtant placide, s’en inquiéta et vint lui lécher le nez de sa grosse langue aux arômes d’humus.


Quais des merveilles

Eauprofonde méritait bien son appellation de Cité des Splendeurs. En d’autres circonstances, Thaïs se serait émerveillée sous ces arches immenses, bercée par l’effervescence des titanesques allées, mais ses préoccupations étaient à des années-lumière des merveilles qui l’entouraient. Elle allait d’étables en auberges, d’échoppes en ports francs pour tenter de glaner la moindre information, la moindre piste qui la mènerait à Darren.
La nuit était depuis longtemps tombée quand, alors que tout semblait perdu et que la fatigue lui donnait plus l’apparence d’une vieille que d’une fille de vingt ans, elle tomba sur un gaillard immense, ivre comme pas deux, qui beuglait sur les quais, à toute une assemblée de marins, qu’il aurait de quoi se pinter toute la nuit après avoir revendu un cheval acheté le jour même.
Thaïs, mue d’une ardeur nouvelle et sans prendre garde, apostropha le colosse.


- Eh ! À qui vous l’avez acheté, ce ch’val ?

Tous les regards se tournèrent vers elle, l’inspectant de pieds en cap, avec quelques temps d’arrêts aux emplacements stratégiques.

- Mais r’gardez c’qu’on a là. C’est qu’elle est pas moche, la souris!

Plus agacée qu’effrayée, elle rétorqua de suite.

- Écoutez, ça vous dit un second ch’val à vendre? Je vous le file à la moitié du prix de l’autre si vous me’dites à qui vous l’avez acheté!

À présent plus alléché par la proposition que par les formes de la jeune femme, il s’exécuta, lui refourguant une misérable bourse tout en empoignant la bride. L’animal, lui, avait bien repris ses habitudes et s’en foutait royalement.

- Ben, c’était presqu’aussi bizarre que c’te transaction là. Le type est v’nu, quand j’étais à Port-Crâne. Pis y m’l’a laissé pour pas un rond ou presque. Un genre de p’tit gars avec des cheveux marron, bouclés... Bah, une tafiolle, un peu. Pis l’a pris un bateau qui partait juste après.
- Quelle destination ?
- Alors ça...
- Super, merci! Ah, j’vous laisse la selle aussi, j’m’en fous. Bonne soirée !

Elle fit alors mine de décamper à toute jambe, puis s’arrêta net.

- Euh... C’est où, Port-Crâne ?
- Tout droit, pis dès qu’tu vois des trous dans la falaise sous la montagne, mais...
- Merci !
- ... tu veux pas un p’tit bisou avant d’aller dans l’antre du Kraken ?

Mais il était trop tard, car déjà elle disparaissait, happée par l’ombre des navires.


Port-Crâne

Une plus mauvaise idée pour un joli minois que de se balader dans les forêts du Cormenthor infestées de drows ? Je vous le donne en mille : s’aventurer à Port-Crâne.
On accède à ce refuge de pirates, ce lieu de non-droit rempli d’esclavagistes et d’immondices, par de longues et sinueuses cavernes s’étendant sur des kilomètres dans les entrailles de Montprofond.

Thaïs pestait depuis des heures à tenter de trouver son chemin dans ce glissant et glacial enfer de ténèbres et de crasse, espérant ne pas se faire égorger, dévorer voire emporter par des tentacules sortis de nulle part. Son ventre était vide, sa lanterne faiblarde et ses yeux n’en pouvaient plus à force de scruter les ombres. Et au moment où elle allait se laisser glisser contre une paroi gélatineuse tant la fatigue la torturait, une voix doucereuse, répugnante, et teintée d’étranges vibrations la fit sursauter.


- T’es perdue, cocooote?

Sa lanterne éclairait une... chose vaguement humanoïde, encore plus gluante que les pierres de la caverne, et qui la regardait avec des petits yeux noirs et malsains.

- J... N... Non... Suis v’nue pour...
- Hééé ! Dééétends toi ! C’est pas la peine de flippeeer. Moi c’est Kuuulpa, j’connais l’coin comme maaa poche... Enfin, si j’en aaavais, ce s’rait toouut cooomme. Si tu file un peeuu d’flouze, j’te sors d’iiici, coouusine.

Après une série de gestes les moins assurés du monde, elle tendit deux pièces d’or à l’étrange créature, qui glouglouta de contentement.

- Suiiis moi, poouupée ! Et reste paaas loin, sinon j’donne pas cher deee toi !

Après plusieurs détours obscurs, la lumière de la cité souterraine commençait à poindre au bout du couloir.
La ville, bien que d’une humble étendue, avait quelque chose de bien plus impressionnant qu’Eauprofonde. Etait-ce de voir les reflets de l’eau se perdre dans la voûte noire de l’immense caverne, d’assister aux arrivées des navires par des portails magiques tout justes assez grands pour eux, ou cette foule immonde, rarement composée d’humains ou de races nobles, s’adonnant à tous les vices, même les moins imaginables ?
Thaïs en avait la nausée. Sa fatigue était telle qu’elle semblait évoluer dans une sorte de cauchemar éveillé, un tableau digne des peintres apocalyptiques les plus torturés. Qu’est-ce que Darren était venu foutre ici ?


- Tu vois, bébééé. Si j’étais pas avec toi, tu serais déjà droguééée à faire le taaapin dans un bordeeel de saaadiques. Et si tu veux que ça continuuue, faut raquer un peeuu, ou te faire passer pour ma goonnzesssssssse.
- C’est bon, c’est bon ! Tiens, en voilà deux d’plus.

Elle commençait d’ailleurs à se demander si cette chose qui l’accompagnait et semblait la protéger n’était pas, au final, plus dégoutante encore que les horreurs alentours.

Vint alors la phase la plus délicate : trouver des informations dans cette indicible fosse. Elle y parvint finalement: les humains n’étant ni des pirates ni des prostituées s’avérant plutôt rare dans le coin, Darren n’était pas passé inaperçu. C’est une elfe noire - ce qui mit Thaïs incroyablement mal à l’aise - qui lui apprit qu’elle avait conversé avec son frère, juste avant qu’il ne prenne un navire en partance pour les Moonshae. Elle embarquait pour la même destination le lendemain. La drow portait le nom de Xyrème, seconde sur un navire de flibuste, et quand Thaïs, d’un air décidé, lui tendit une part de ses économies, elle accepta d’entrer en pourparlers avec son capitaine pour prendre une passagère.



Le grand large

Quelle sensation grisante que de revoir le soleil, l’oreille emplie du chant des goélands et des claquements de voiles. Depuis que le navire avait passé le portail, elle se sentait albatros, volant au raz de l’écume.

L’équipage qui l’entourait semblait ne pas faire attention à sa présence, ce qui la libérait d’un poids énorme. Peut-être était-ce parce qu’aucun d’eux n’était humain. Des gnomes, des nains gris, des elfes d’ébène, sensés êtres ses ennemis, mais qui ne prêtaient guère crédit qu’à leurs affaires de piraterie. Et ce capitaine incroyable, cornu comme un bouc, avec cette peau aussi rouge que l’âtre mourant, qui clamait ses ordres d’une voix de pierre ! Elle se serait presque sentie pirate, pour le coup. Après tout, ce qu’elle faisait sur terre n’était pas si différent.

Aussi étonnant que cela peut paraître, Xyrème semblait la prendre sous son aile, bien qu’elle ne cessât de lui rabâcher les oreilles avec des piques concernant son accents Valbrumois, et ses hypothétiques gênes tarées de bouseux consanguins.

Ils voguaient depuis bientôt une semaine quand Thaïs vint à s’inquiéter : elle était loin d’être experte géographe, mais le voyage jusqu’aux îles Moonshae lui paraissait tout de même un peu plus court, de ce qu’elle en avait entendu dire. Et pourtant le rafiot, vent en poupe, filait plein ouest. Quand, sur le pont, Xyrème vint la rejoindre, elle se tourna vers elle, avec un air soucieux que quelqu’un d’autre qu’une pirate drow aurait pu trouver touchant.


- C’est normal qu’on soit toujours pas arrivé ?

Derrière elle, les hommes riaient et semblaient bien plus en joie qu’à leur habitude, sortant de gros tonneaux de la cale pour les aligner sur le pont.

- Ecoute, gamine, faut que j’te dise un truc... dit Xyrème en s’accoudant à la rembarde.

Un nain costaud planta le premier robinet dans une gerbe vermeille, et gloussa grassement en léchant sa barbe éclaboussée.


- En fait, on va pas vraiment aux îles Moonshae.
- QUOI ?!
- Et si tu veux tout savoir, ton frère, je l’ai jamais vu. Par contre, le capitaine, lui, il a pas loupé ton p’tit cul. Tu pensais quand même pas que je te protégeais par altruisme, hein ?
- Mais... Vous m’avez...
- Ouais, complètement baisée. Mais t’inquiète, c’est pas fini ! Ha ! Bah, t’en fais pas, le cap’tain, c’est un grand romantique. La preuve: il s’est tenu d’attendre son anniversaire pour te faire des avances. Pis il est plutôt joli gars. T’aurais pu avoir moins de chance.

Blême comme un linge, Thaïs hésitait entre étrangler l’elfe, se jeter à l’eau ou se recroqueviller en position fœtale et ne plus jamais bouger. Au lieu de cela, elle resta à fixer l’horizon.

- Ah, si jamais, son anniversaire, c’est pour ce soir. Mets ça, ça lui fera plaisir , ajouta Xyrème, en lançant à ses pieds une robe si fine qu’on voyait presque les grosses planches du pont au travers. Il t’attend dans sa cabine pour la tombée de la nuit, et je te déconseille d’être trop en retard.


Galantes abysses

C’était la première fois, depuis qu’elle avait quitté Valbrume, que Thaïs mettait une robe. Et surtout la première fois qu’elle fut si diablement mise en valeur. Elle lui aurait peut-être plu en d’autres circonstances, mais jamais elle ne s’était sentie aussi gênée. Dehors, les cris et rires des hommes ivres résonnaient dans la nuit sans lune.
S’étant changée dans le petit couloir, il lui fallait maintenant ouvrir la porte de la cabine du capitaine. Ceci lui prit cinq bonnes minutes, à hésiter, tourner en rond, reprendre son souffle et essayer de refroidir ses joues écarlates avec le dos de ses mains. Finalement, elle prit une grande inspiration et entra d’un coup.


- Ah! Vous voilà, chère enfant! J’ai failli attendre.

Vêtu d’un costume sophistiqué et parfaitement ajusté, il lui faisait face, dressé de toute sa stature, la barbe taillée, les cheveux peignés et tirés entre ses cornes polies. Dans la pièce, finement décorée, une table était dressée, ornée d’une somptueuse argenterie et de chandeliers d’or. Il s’avança vers elle, altier, et, de ses doigts griffus, prit délicatement ceux de Thaïs pour y porter un baisemain, ce qui termina de donner au visage de la jeune femme un teint similaire à celui du fiélon.

- Je suis honoré de recevoir si charmante dame à ma table. Ce n’est pas souvent, quand l’on fréquente gueux et forbans, que l’on vient à rencontrer tant de grâce. C’en est au point que j’oublie les us et la bienséance! Permettez-moi de me présenter: Capitaine Lussandre Cornecendre. Et oserais-je connaître le doux nom de l’ange que j’accueille en mon humble navire ?
- T... Thaïs.
- C’est exquis ! Allons ne soyez pas si chamboulée, et prenez place.

La poussant par les épaules, il l’invita à rejoindre la table et s’assit en vis-à-vis. Puis il frappa dans sa paume, et un gnome hideux sortit de ce qui semblait être un placard à balais, portant deux plateaux d’argent qu’il vint déposer devant son maître et sa jeune invitée, avant de regagner son trou.
Le capitaine mangea avec élégance et appétit, mais Thaïs, le ventre noué, ne parvint qu’à mâcher sans conviction une grosse crevette.


- N’avez-vous pas faim, très chère ? Est-ce la mer qui tourmente votre appétit ? Ceci est chose fréquente, mais vous verrez : l’on s’y fait vite. Prenez un peu de ce vin, il est des plus couteux et délicats que l’on puisse trouver.
- Non... non merci, c’est super aimable, mais, j’ai pas très soif non plus.
- Oh, je vois... Il n’est peut-être plus temps de dîner.

Il se leva prestement, et s’approcha de la jeune femme, qui eut un petit mouvement de recul à l’instant où le demi-démon lui enserra la taille, d’une douceur camouflant avec peine sa terrible puissance, et la souleva contre lui.

- Je ne puis attendre plus longtemps, belle amie. Vous m’ensorcelez.

Il allait porter ses lèvres aux siennes lorsque elle lui glissa des griffes. Toutefois elle ne put s’échapper plus loin: elle était acculée dans le coin de la cabine, juste à côté d’un lit aux riches broderies.

- Ô jeune Thaïs ! Votre résistance si délectable ne fait qu’attiser ma flamme.

Il s’approcha lentement, tel un chat sachant le mulot à sa merci. Mais dès qu’il fut à portée, elle décocha un violent coup de pied qui heurta quelque peu la virilité de son hôte.

- Mais lâche-moi, gros con !

Il ne resta plié qu’une fraction de seconde, et sans rien comprendre, Thaïs se retrouva collée au mur, une patte griffue lui enserrant le cou si fort qu’elle croyait sa nuque sur le point de céder.

- Petite garce ! Ce que Lussandre veut, il l’obtient ! J’en ai maté des plus teigneuse que toi, crois-moi. Et puis, il est temps de déballer mon cadeau, qu’en penses-tu ? Grogna la bête en déchirant un premier pan de la petite robe.

*J’vous en prie! Faites que ça dure pas longtemps ! S’il vous plaît !*


De Charybde en Scylla

La fureur et le stupre enflammaient le capitaine Cornecendre, à moins que ce ne fût l’énorme carreaux de baliste incandescent qui venait de le transpercer de part en part, après s’être enfoncé dans la coque jusqu’à l’empennage.
Sa main relâcha la gorge qu’elle allait broyer, et Thaïs s’écrasa sur le sol en suffoquant alors que les tentures et draps de soie prenaient doucement feu.


- CAPITAINE ! Une attaque ! Les gars ont rien vu v’nir, y sont trop bourrés !... Capitaine ?

Xyrème regardait le tableau avec consternation, trop stupéfaite pour réagir quand Thaïs la bouscula à lui en faire perdre l’équilibre. À moitié nue, cette dernière s’empara du paquetage qu’elle avait laissé dans le couloir où elle avait enfilé sa robe quelques instants plus tôt. La drow tenta bien de lui agripper la cheville en hurlant de rage, mais elle dut lâcher prise quand Thaïs lui écrasa le poignet avant de sortir.

Sur le pont, tout n’était que feu, cris et fumée. L’abordage commençait.

C’était la flotte régulière d’Eauprofonde, l’un de ses meilleurs bâtiments, dépêché expressément pour arrêter le fameux Capitaine Cornecendre. Il leur avait suffi d’attendre que la nuit tombe, et que les festivités battent leur plein, pour s’approcher dans leur dos sans qu’aucun pirate aviné n’y prêtât attention.

Et voilà que Thaïs se retrouvait prise en pleine bataille, vêtue de sa robe déchirée et tâchant péniblement de garder en main toutes ses affaires.
Elle gagna la rambarde tribord, seul endroit plus ou moins dégagé, et remercia tous les dieux, même les plus moches, que l’équipage y eût déjà jeté un canot et qu’il ne fût occupé que d’un nain assoupi, et probablement ivre mort. Il ne se réveilla même pas quand elle y jeta son barda, et n’émit qu’un ronflement vaseux lorsque, à grand peine, elle le poussa par dessus bord.

L’amarre coupée, elle ramait frénétiquement, laissant derrière elle un nain vivant probablement le pire réveil de sa vie, et deux navires qui bientôt ne ressemblèrent plus qu’à un astre mourants dans le lointain.

Jusqu’au lendemain, elle tira son embarcation à la force du poignet, à s’en arracher les bras, puis, cuite par l’astre de midi, à bout de force et désespérée, elle s’arrêta et scruta l’horizon. Pas la moindre terre en vue. Et voilà qu’elle était perdue, dans sa petite coque de noix à la dérive, sans eau ni nourriture. La fatalité s’abattait comme un couperet. Elle avait longtemps trompé la mort, mais cette fois-ci, c’était la fin. Jamais elle n’apprendrait la magie. Jamais plus elle ne reverrait maman Adèle, les jumeaux et les blés d’or. Et surtout, jamais Darren ne la serrerait à nouveau dans ses bras. Elle allait mourir là, paumée, toute seule, en séchant au milieu de rien. Résignée, même plus assez hydratée pour pleurer, elle se coucha au fond de l’embarcation avec l’intention de s’y laisser crever.



Au bout du monde

Quand elle rouvrit les yeux, la barque tanguait doucement à l’ombre d’une masse énorme.

- Hé ! Gamine ?! T’es vivante ? On descend te chercher !

Thaïs pouvait discerner, à contre jour, les visages de deux hommes barbus et dans la force de l’âge, qui l’observaient depuis le pont de l’imposante embarcation. Toujours couchée dans le fond de son canot, à bout de force, elle tendit le bras dans leur direction et leva le pouce, avec le sourire las de ceux qui s'apprêtent à tout.

Mais elle n’avait rien à craindre: ce n’était là qu’un navire marchand en route pour Gemmaline, une terre nouvelle.

Après avoir bu autant d’eau que son estomac pouvait en contenir et s’être un peu reposée, elle sortit sur le pont. Accoudée au garde-fou du gaillard d’avant, pensive, se sentant cocufiée avec mille catins pour mériter une telle chance, elle regardait apparaître les contours du rivage et se dresser dans le couchant les toits d’une ville.


- C’est parti pour 7 ans de galère, et va bien falloir t'y faire, ma p'tite. Gemmaline... Gemmaline. J’aime Aline? Mouaif... J’espère au moins qu’y aura des magiciens, là-bas... et d’la bière!

Passages de niveau
niveau 2 a écrit:
Roublarde

Compétences: 11 points
Décryptage: +1
Détection: +2
Equilibre: +1
Estimation: +1
Escamotage: +1
Fouille: +1
Percep. Auditive: +2
Psychologie: +1
Représentation (percussions): +1

- +1 DV (6 au d6)
- +1 à l'attaque
- +1 en réflexes
- Capacité spéciale: Esquive totale


niveau 3 a écrit:
Roublarde

Compétences: 11 points
Acrobaties: +1 (synergie: +2 en Equilibre et en Saut)
Bluff: +1 (synergie: +2 en Diplomatie, Escamotage, Intimidation et Déguisement (selon conditions spéciales))
Crochetage: +1
Déplacement silencieux: +1
Désamorçage/sabotage: +1
Escamotage / Vol à la tire: +1
Fouille: +1
Psychologie: +1
Représentation (Chant): +1
Représentation (Déclamation): +2

Don:
Attaque en finesse

- +1 DV (6 au d6)
- +1 à l'attaque
- +1 en Vigueur et Volonté
- Capacités spéciales: Attaque sournoise (2d6), sens des pièges (+1)



niveau 4 a écrit:
Princesse des Poneys

Compétences: 7 points
+3 en équitation
+1 en dressage
+1 en intimidation
+1 en survie
+1 en perception auditive

+1 en Dextérité

- +1 DV (11 au d12)
- +1 à l'attaque
- +2 en Vigueur

- Maniement des armes de guerre
- Maniement des armures intermédiaires
- Maniement des boucliers (hors pavois)
- Extase de la bataille (1/jour)
- Maitrise de la monture
- Déplacement accéléré (+3 m)


niveau 5 a écrit:
Spadassin

Compétences: 7 points
Bluff : +3
Saut : +2 (synergie: +2 en Acrobaties)
Escalade : +1
Natation : +1

- +1 DV (d10)
- +1 à l'attaque
- +2 en vigueur
- Capacité spéciale: Science de la feinte (vient remplacer attaque en finesse, comme on en avait discuté, et si ça tient toujours.)

_________________

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Dernière édition par Thaïs le Lun 22 Avr 2013, 20:32, édité 64 fois.
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