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 Sujet du message: L'arrosé du matin
MessageMessage posté...: Mar 07 Nov 2017, 20:29 
Aventurier experimenté
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Cirsh avait été arraché aux îles Moonshae, traversé les flots arrimé au dos d'un corbeau arc-en ciel pour être jeté, groggy, dans un zepplin sur le point de décoller d'une cité Kobold. Son capitaine lui avait fait traverser une nuit de jais sans que son jeune passager puisse apprécier la justesse de ses ordres et la discipline sans failles de son équipage. Désorienté, affaibli par un jeûne éprouvant, il n'était qu'un pantin de chair s'arrachant à l'inconscience pour mieux retomber dans ses noirceurs insondables. On l'avait assis à une table et sa tête ballante frottait contre un hublot qui lui permettait de voir au-dehors.

Le paysage évoquait un ballet d'enfants malhabiles : l'aube barbouillait de pastels un brouillon atmosphérique épais qui rampait sur l'horizon indécis. Dehors, la chaleur du jour n'avait pas encore libéré les odeurs endormies.
Tout ce qui venait se frotter aux narines de Cirsh émanait de la cabine de l'aéronef grinçant. Il était possédé par cette structure de bois et de métal dans laquelle sa tante - dont il ignorait encore jusqu'à l'existence - l'avait déposé quelques heures auparavant. Prisonnier de l'altitude comme de cette vie qui s'obstinait à choisir à sa place.
Un soupçon de cire, l'haleine piquante des sauriens, quelques effluves de tissus et de cuirs neufs virevoltaient frénétiquement par-dessus l'odeur de graisse.
Les doigts crispés sur un accoudoir au velours râpeux, il sentait ses yeux courir sur la soie des nuages sans parvenir à se fixer. Une glissade qu'interrompît tout net l'impact d'un postillon sur son cristallin. Il ramena son regard depuis le hublot pour le fixer sur la gueule de son vis-à-vis dont il avait du mal à discerner les paroles au milieu de tout ce tintamarre.
Entre les ordres hurlés d'un bout à l'autre de la cabine, le vrombissement des moteurs et les craquements plaintifs de la structure, les mots du kobold avaient bien de la concurrence.

- ... a ... ..l ... pu... problème!
Problème? voilà qui expliquerait la brillance et l'ouverture exagérée du regard de son vis-à-vis. Peut-être aussi sa mobilité teintée d'une douce frénésie.
Cirsh se pencha par-dessus la tablette.

-.. moteur droit ... saccades...
Ah oui tiens! Une irrégularité était nettement audible.
-.. sortir sinon nous s... tous morts!
Sortir? Comment ça sortir? Qui allait sortir? Par le hublot on ne voyait qu'une côte déchirée et quelques lumières pâlottes bien trop distantes. Entre eux et l'espoir qu'incarnait la terre ferme, beaucoup trop d'atmosphère. On était bien haut pour penser à sortir!
Hmmm. À bien y réfléchir peut-être que l'animal dont le doigt pointé allait de la porte à l'hélice hoquetante n'agitait pas un harnais sous son nez pour rythmer son discours. Peut-être aussi que les regards insistants que lui jetaient l'équipage n'admiraient pas la blondeur de ses boucles. Ses cheveux, d'ailleurs étaient tressés dans son dos depuis des jours.
Notre jeune ami se réveilla d'un coup. Tout le monde était à la manoeuvre, il y avait un souci urgent et il était le seul à pouvoir agir. Tout ce raffût pouvait cesser. Il pourrait reprendre sa contemplation si seulement il se laissait harnacher par ces êtres bizarres pour aller faire il ne savait trop quoi... dehors.
Sortant d'une longue contemplation, n'étant pas apte encore à réfléchir vraiment, il décida d'aller dans le sens de ce qu'il vivait comme un rêve. Un matelot l'aida à ôter ses armes qu'il fourra dans son sac. Le chef d'équipage l'aida à se sangler par-dessus son cuir puis, fendant les tourbillons qui avaient investi l'espace si serein de leur abri on l'amena à la porte après l'avoir fort bien arrimé à une corde.
Il sentit un pied griffu lui botter les fesses. L'instant d'après il flottait dans les airs au bout d'un filin, en direction d'une gigantesque hélice de bois au mouvement contrarié.

Les aérostatiers bloquèrent la corde juste avant qu'il n'atteigne la limite du rayon d'action des pales. Il était bec à bec avec le problème: un pauvre albatros était venu se prendre dans le mécanisme. Il tira sur une des ailes disloquées sans que rien ne se passe. Il empoigna alors le bec de l'oiseau qui le fixait de son regard mort pour le secouer. La chair de son cou gracile céda dans un claquement sec et l'hélice repartit, crachant un panache de hachis et de plumes sur un nuage. Cirsh regarda l'océan sous lui puis le ciel puis la tête du volatile. Il était loin de toute réalité.
La couche de nuages se rapprochait et avec elle la côte et les lumières de ce qui lui apparaissait désormais comme un port. Tout cela était très beau. Très douloureux aussi, les sangles du harnais lui coupaient un peu la respiration. Par-dessus tout froid, très froid, givré même. Il tourna la tête vers la porte, les petits gars avaient du mal à le ramener sans doute. Mais bigre! Quelle fraîcheur! Il commençait à claquer des dents et lâcha le bec de l'oiseau pour se frotter les bras. Les odeurs changeaient, se chargeant d'iode, il entendit s'amplifier le bruit des vagues à mesure que le sol s'approchait trop rapidement.
Il discernait des toits et de gros bateaux à quai. À cette heure, à part une charette qui déboula soudain d'une rue, pas âme qui vive. Le dirigeable kobold était en train de s'écraser se dit-il. Rêve ou pas rêve, c'était une fin rudement poétique.

Alors qu'il se râpait les doigts en tirant sur la corde rêche pour alléger la tension sur ses côtes il sentit une vibration qu'escortait une sorte de petit hurlement : son sac, accroché à un mousqueton, glissait vers lui à toute berzingue. Il ôta ses phalanges juste à temps.
Trois actions simultanées s'ensuivirent: son sac le percuta de plein fouet, la corde lâcha, et il se pissa dessus.
Il vécut sa chute au ralenti. Ses soeurs, marchant au loin sur les nuages, vinrent lui dire au-revoir. Les visages de ses parents lui apparurent brièvement, vite remplacés par une danse loufoque du Loxo qui l'avait élevé. Il sentit l'odeur de la forêt puis les seuls amis qu'il avait jamais eu vinrent lui faire des adieux rieurs dans une explosion de foin.
Il entendait le rire du centaure des Moonshae, sentait le foin, voyait le regard d'une elfe rieuse, était piqué par du foin, tout n'était plus que foin.
Une immense paluche l'attrappa soudain au colet et lui fît décrire une ellipse parfaite. Le fourrage disparût pour être remplacé par le pavé du quai.

-Toi pas faire pipi dans mon foin!
Le semi-ogre qu'il avait vu tourner le coin depuis le ciel lui éructait à la figure, l'arrosant de restes de son petit-déjeuner. Il était tombé pile dans son chargement.

L'albinos leva la tête. Le dirigeable avait évité les toits. IL était loin à présent, petit point au-dessus de la mer, fondu dans un lever de soleil flou. Avait-il seulement existé? Le harnais et la corde auxquels le frêle aventurier étaient arrimés auraient voulu le prouver.
En tout cas la pierraille du port, l'envol rythmé du corbeau qui lui passait au-dessus, le claquement d'un volet qu'on ouvre et l'odeur de poisson, tout cela était bien réel. Tout comme l'immense charretier qui s'éloignait en tirant son précieux chargement de foin et les souvenirs poisseux dont il avait constellé le haut du corps de Cirsh qui s'ébroua, les yeux fixés sur la mer et tous les sens en éveil. Ces évènements s'étaient cristallisés en une sorte d'extase mystique. Il se sentait comme neuf, parfaitement bien. Il se prît son sac dans la figure et s'en trouva un peu sonné car le mastodonte l'avait jeté de loin.

Cirsh ramassa la paille qui s'était aggripée à ses vêtements et la fourra machinalement dans sa poche puis, comme pour lui rappeler sa soudaine envie de vivre, son ventre hurla famine.

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C'est dans le besoin qu'on reconnaît ses amis.
Fiche de Cirsh
Le Fil d'Art : partie 1 : le grand livre gris
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 Sujet du message: Re: L'arrosé du matin
MessageMessage posté...: Dim 19 Nov 2017, 14:51 
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Guidé par sa faim le semi-orc blanc de peau avait suivi l'artère centrale. Après quelques centaine de mètre il avait été impressionné par l'étendue de la grande place et son activité fourmillante. Il en oublia quelques seconde sa faim ... Quand soudain une sorte de femme à tête de Hyène arriva de nul part et lui tendit un petit morceau de viande bien faisandé. Sans réfléchir Cirsh attrapa la nourriture et se la mis dans la panse en un rien de temps, puis comme pour jouer la femme fit quelques mètres et en sorti un autre ... Évidemment Cirsh suivi à nouveau. Ce jeu dura sur toute la place centrale de Gemmaline, jusqu'à une sorte d'estrade où se déroulait un curieux jeu de poésie. Attiré par l'animation le semi-orc perdit de vue la femme à tête de hyène : un perdu lui même il écouta le jeu.

Cirsh qui avait le ventre un peu moins vide et l'esprit encore embrumée de cette douce apparition se laissa porté par les mots des divers concurrents, il se hasarda même à poser quelques vers, qui l'eut cru !


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