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Les goût et les couleurs, paraissait-il, ça ne se discutait pas... mais là, pour le coup, ces deux trucs sombres au milieu de ce déluge bigarré multicolore... Comme de grands épouvantails en longue cape noire déchiquetée, ils rappelaient quelques funestes Faucheuses sur un fond de grisaille infinie. L'une était dépeinte au beau milieu d'un désert de cendres grises dont les volutes chaudes semblaient déformer la vision, telle la chaleur au-dessus d'un poil. La seconde arpentait un désert de glace blanc et nu piqueté de pentes neigeuses qui rappelait au nain sa contrée natale...
S'attardant sur cette dernière qui évoquait en lui une certaine nostalgie, il se sentit emporté vers d'autres cieux, d'autre temps, vers l'époque où avec ses deux frères, il crapahutait encore innocemment sur le Grand Glacier. Il se revoyait se rouler dans la neige. Il se remémora sa fraîcheur, ce froid si agréable qui, pour la chair des Inugaakalikurits était un ravissement. Il la sentait presque, enserrant sa peau, froide et câline, puis...
Puis, la sensation devint bizarrement... froide. Froide ? Oui, froide et désagréable. Voire même si agressive, dans son côté désagréable, qu'on aurait pu la considérer douloureuse selon un certain angle de vue. Froid et douleur ? Deux choses habituellement antithétique qu'Inuik se retrouvait contraint d'associer ensemble dans la même sensation... Comment ? Pourquoi ?
Et tout à coup, un cri déchirant monta aux oreilles du nain polaire : un "nooooooon !", gueulé à gorge déployée mais d'une voix lointaine, étouffée, comme un bruit sous l'eau, qui arracha soudain Inuik à la contemplation de l’œuvre. Bizarrement, l'espace d'un instant, la forme sombre parut se rétracter sur elle-même, presque vivante, comme si la peinture la ravalait. Puis, juste le temps de cligner des paupières et la peinture avait repris son aspect pictural inerte...
Plus bas, autant par le ton que par la localisation dans le bâtiment, un petit "non" remontait de l'escalier : le gnome semblait dans un état de détresse...
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