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 Sujet du message: Uggeral Mjödborg
MessageMessage posté...: Lun 11 Nov 2013, 00:18 
Aventurier épique
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Inscription: Ven 08 Nov 2013, 22:46
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Maitre de jeu : Chapour l’Avisé


Nom : Uggeral Mjödborg, dit l’Instruit
Alignement : Neutre bon
Race : humain
Âge : 27 ans
Poids : 91 kg
Taille : 193 cm
Sexe : masculin
Classe : barbare 3
Divinité(s) : Valkur
Origines : Ruathym
Vitesse : 12 m, soit 8 cases, par round

Expérience : 3 075 / 6 000

Caractéristiques :
    For (16) (+3)
    Dex (15) (+2)
    Con (14) (+2)
    Int (12) (+1)
    Sag (10) (0)
    Cha (8) (-1)

Points de vie : 35 (41 en rage)
Barbare 1 : 14 = 12 (d12) + 2 (constitution)
Barbare 2 : 8 = 6 (d12) + 2 (constitution)
Barbare 3 : 13 = 11 (d12) + 2 (constitution)


Initiative : -4 = 2 (Dex) - 6 (handicap, long à réagir)

Classe d’armure (CA) :
    Base : 20 = 10 + 2 (Dex) + 2 (bouclier et don) + 6 (chemise de mailles +2)
    Contact : 12
    Pris au dépourvu : 20

Jet d’attaque au corps à corps : 3 (bba) + 3 (For) = +6 (+8 en rage)

  • Marteau de guerre : +6 (+4 en combat à deux armes) / 1d8 + 3 / ×3
    En rage : +8 (+6 en combat à deux armes) / 1d8 + 5 / ×3

  • Épée longue : +6 (+4 en combat à deux armes) / 1d8 + 3 / 19-20/×2
    En rage : +8 (+6 en combat à deux armes) / 1d8 + 5 / 19-20/×2

  • Morgenstern de maitre : +7 (+5 en combat à deux armes) / 1d8 + 3 / ×2
    En rage : +9 (+7 en combat à deux armes) / 1d8 + 5 / ×2

  • Rondache à pointe : +6 (+4 en combat à deux armes) / 1d4 + 1 (For/2, main gauche) / ×2
    En rage : +8 (+6 en combat à deux armes) / 1d4 + 2 (For/2, main gauche) / ×2

  • Hachette : +6 (+4 en combat à deux armes) / 1d6 + 1 (For/2, main gauche) / ×3
    En rage : +8 (+6 en combat à deux armes) / 1d6 + 2 (For/2, main gauche) / ×3

  • Marteau léger : +6 (+4 en combat à deux armes) / 1d4 + 3 / ×2
    En rage : +8 (+6 en combat à deux armes) /1d4 + 5 / ×2

  • Dague : +6 (+4 en combat à deux armes) / 1d4 + 3 / 19-20/×2
    En rage : +8 (+6 en combat à deux armes) / 1d4 + 5 / 19-20/×2


Jet d’attaque à distance : 3 (bba) + 2 (Dex) = +5

  • Javeline : +5 / 1d6 + 3 / ×2 / 9 m

  • Marteau léger : +5 / 1d4 + 3 / ×2 / 6 m

  • Dague : +5 / 1d4 + 3 / 19-20/×2 / 3 m


Jet de réflexes : 1 (base) + 2 (Dex) = +3
Jet de vigueur : 3 (base) + 2 (Con) = +5 (+7 en rage)
Jet de volonté : 1 (base) + 0 (Sag) = +1 (+3 en rage)


Langues connues :
  • Commun
  • Illuskien
  • Chondathien

Caractéristiques raciales :
  • Humanoïde [Humain]
  • Taille M : En tant que créature de taille moyenne, les humains ne possèdent ni bonus, ni malus.
  • Don bonus : Un don supplémentaire au niveau 1, car ce sont des touche-à-tout qui apprennent particulièrement vite.
  • Quatre points de compétence supplémentaires au niveau 1, et un point de compétence supplémentaire à chaque niveau par la suite, pour les mêmes raisons (les quatre points de compétence additionnels du niveau 1 sont ajoutés après multiplication, pas avant).
  • Vitesse de déplacement de base : Leur vitesse de déplacement au sol de base est de 9 mètres par round.
  • Langues : D'office : commun ; supplémentaires : suivant la région du personnage.
  • Ajustement de niveau : +0
  • Classe de prédilection : Spécial

Capacité de classe :

Dons :
  • (rondache) (niveau 1)
  • (humain 1)
  • (handicap)
  • (handicap)
  • (niveau 3)

Handicaps :

Compétences :
Total = DM + modificateur de caractéristique + autres (éventuellement) – malus d'armure
(4 + 1 + 1) × 4 = 24 point au niveau 1 ; 6 à chaque niveau suivant.

    Dépendant de la force :
      Escalade* : 5 = 3 + 3 – 1 (malus armure)
      Natation* : 4 = 5 + 3 – 4 (malus armure, bouclier)
      Saut* : 7 = 3 + 3 – 2 (malus armure, bouclier) + 3 (vitesse)

    Dépendant de la dextérité :
      Équitation* : 4 = 2 + 2
      Déplacement silencieux* : 0 = 0 + 2 - 2 (malus armure)
      Discrétion* : 0 = 0 + 2 - 2 (malus armure)
      Équilibre* : 0 = 0 + 2 - 2 (malus armure)
      Évasion* : 0 = 0 + 2 - 2 (malus armure)
      Maîtrise des cordes* : 2 = 0 + 2
      Acrobaties : — = 0 + 2 - 2 (malus armure)
      Crochetage : — = 0 + 2
      Escamotage / Vol à la tire : — = 0 + 2 - 2 (malus armure)

    Dépendant de la constitution :
      Concentration* : 2 = 0 + 2

    Dépendant de l’intelligence :
      Artisanat (tout) : 1 = 0 + 1
      Contrefaçon* : 1 = 0 + 1
      Estimation* : 1 = 0 + 1
      Fouille* : 1 = 0 + 1
      Art de la magie/Connaissance des sorts : —
      Connaissances (nature) : — (0 + 1 + 2 (synergie, survie))
      Connaissances (autre) : —
      Décryptage : —
      Désamorçage/sabotage : — = 0 + 1

    Dépendant de la sagesse :
      Perception auditive* : -1 = 3 + 0 – 4 (handicap)
      Profession (marin) : 4 = 4 + 0
      Survie* : 5 = 5 + 0
      Détection* : -4 = 0 + 0 – 4 (handicap)
      Premiers secours* : 0 = 0 + 0
      Psychologie* : 0 = 0 + 0

    Dépendant du charisme :
      Dressage : 1 = 2 - 1
      Intimidation / Persuasion* : 4 = 5 - 1
      Bluff* : -1 = 0 - 1
      Déguisement* : -1 = 0 - 1
      Diplomatie* : -1 = 0 - 1
      Renseignements* : -1 = 0 - 1
      Représentation (déclamation)* : 0 = 1 - 1
      Utilisation d'objets magiques : — = 0 - 1

    En gras les compétences de classe et avec une astérisque les compétences innées (utilisables même avec un degré de maîtrise égal à 0).


Équipement :
    Armes (12 kg) :
    • Épée longue (15 po) [2 kg]
    • Hachette (6 po) [1,5 kg]
    • Marteau léger (1 po) [1 kg]
    • Morgenstern de maitre (308 po) [3 kg]
    • Dague (2 po) [0,5 kg]
    • Javelines (4) (4×1 po) [4×1 kg]

    Armure et bouclier (17,5 kg) :
    • Rondache en bois à pointe (13 po) [5 kg]
    • Chemise de mailles +2 (4 250 po) [12,5 kg]

    Vêtements :
    • Tenue de voyage de laine et de lin (— po) [— kg]

    Effets (15 kg) :
    • Corne à boire (chope en terre cuite) (0,02 po) [0,5 kg]
    • Outre (1 po) [2 kg]
    • Sac à dos (2 po) [1 + 11,5 kg] contenant :
      • Aiguille à coudre + fil (0,5 po) [— kg]
      • Couvertures chaudes (2) (2×0,5 po) [2×1,5 kg]
      • Parchemins (2) (0,4 po) [— kg]
      • Grande peau de mouton (paillasse) (0,1 po) [2,5 kg]
      • Pied de biche (2 po) [2,5 kg]
      • Plume et encre (8,1 po) [— kg]
      • Rations de survie (3 jours) (3×0,5 po) [3×0,5 kg]
      • Silex et amorce (0,5 po) [— kg]
      • Torches (4) (4×0,01 po) [4×0,5 kg]
      • Potion de soins légers (50 po) [— kg]

    Or :
    • 1 726 pièces d’or, 8 pièces d’argent, 4 pièces de cuivre

Charge : 44,5 kg (intermédiaire), 32 kg (légère) sans le sac
  • charge légère : jusqu'à 38 kg ;
  • charge intermédiaire : de 38 à 76,5 kg ;
  • charge lourde : de 76,5 à 115 kg ;
  • charge tirée/poussée : jusqu’à 575 kg.


Monture :
  • Grand poney (75 po ; marqué au fer, dans le cou) :
    • Tête : Licou et longe (corde en soie) de 15 m (2,5 kg ; 10 po)
    • Porté : Selle d’équitation (12,5 kg ; 10 po) portant Uggeral (135,5 kg ; ? po) et fontes (4 + 17,5 kg ; 4 po) contenant :
      • Grappin (2 kg ; 1 po)
      • Menottes (1 kg ; 15 po)
      • Outre (2 kg ; 1 po)
      • Pelle (4 kg ; 2 po)
      • Pied-de-biche (2,5 kg ; 2 po)
      • 6 m² de toile (6 kg ; 6 pa)
    • Sac à dos accroché à la selle (1 + 10 kg ; 2 po) contenant :
      • Lanterne sourde (1,5 kg ; 12 po)
      • 3 flasques d’huile (3 × 0,5 kg ; 3 × 1 po)
      • 9 jours de rations de survie (9 × 0,5 kg ; 9 × 5 pa)
      • Bouteille de rhum (2 kg ; 5 po)
      • 3 allume-feu (— ; 3 × 1 po)
      • Bâton éclairant (0,5 kg ; 2 po)

Charge du poney : 183 kg (lourde)
  • charge légère : jusqu'à 75 kg ;
  • charge intermédiaire : de 75 à 150 kg ;
  • charge lourde : de 150 à 225 kg ;
  • charge tirée : jusqu'à 1 125 kg.


Histoire et description

Prologue

 Gemmaline, c’est franchement un coin sympa: on y fait sans chichis des rencontres de tout poil, on trinque avec des gens venus d’un peu partout, arrivés là par hasard, par devoir ou juste pour changer d’air, et surtout — surtout — on se raconte des histoires à la pelle. D’ailleurs, cette petite — une gamine un peu éméchée, à la toison vaguement rousse, à l’accent plutôt rustique et qui vient de s’imposer à votre tablée nocturne avec sa chope pleine — semble se trimbaler un sacré paquet de récits, et une furieuse envie de déballer le tout. Ma foi, c’est sur vous que ça tombe, mais y a-t-il vraiment mieux à faire que de l’écouter raconter ses salades, en picolant, l’œil rivé sur son petit museau qui s’agite au rythme de sa fable ? Faut croire que non, si vous en êtes arrivé là. Puis, elle est pas vilaine, et dehors il pleut, alors bon…


Uggeral, conté par une belette pompette

 Hier, j’ai rencontré un type incroyab’ ! Un grand gaillard, le genre brute nordique, hirsute, patibulaire, et pourtant… ben j’ai rarement rencontré un type aussi gentil. Non, franchement ! Par contre, j’irais pas m’y frotter quand il s’énerve, parce que non seulement il est plutôt costaud, mais il a quelques bonnes grosses balafres qui foutent les chocottes, et un joli attirail… Eh ! Oh ! Tu crois qu’j’te vois pas venir, là ? Vieux vicelard ! J’te parle pas de ça ! D’ailleurs, j’suis pas allée vérifier. Non, j’veux dire qu’au niveau armement, il a de quoi s’imposer : du marteau, de la hache, un bouclier tout cerclé de fer, avec une pointe qu’y peut enlever au cas où, une armure. Enfin, le genre de type paré pour l’baroud, quoi !
 Mais comme je disais : un gars adorable. Pas toujours très alerte, c’est vrai, mais pas con ! Tu sais c’que c’est son truc ? J’vais te l’dire : la poésie. Eh ouais ! Pendant presque toute la soirée, je l’ai supplié d’me réciter un truc, mais il est pas très bavard. Un peu timide, en fait. Un peu distant. Mélancolique ou… blasé. Je sais ce que c’est : ça m’arrive aussi, d’être un peu absente, sauf que chez lui ça a l’air d’être constant. Enfin, n’empêche qu’à force de boire, il a fini par bien vouloir me raconter son histoire… et me réciter un poème ! Je sais pas si j’arriverai à m’en souvenir… On verra. Par contre, tu diras pas que je t’ai raconté tout ça, hein ?! C’est juste qu’il faut que j’en fasse récit à quelqu’un, parce que j’adore raconter des trucs, et celui-là est trop bien ! Et promis, je vais faire un effort pour l’accent. C’est vrai que j’avale un peu mes mots, d’habitude… Enfin bref… Hum, hum… Voici, pour les délicats tympans d’un auditoire de choix, la saga du grand Uggeral Mjödborg, dit « Ug l’Instruit ».

 Notre homme, il est originaire du Ruathym, une île au nord des Sélénae. Une terre bien froide et hostile, un caillou pelé au milieu de la mer sur lequel y a pas grand chose à part de la neige et des sapins. C’est pour ça que les pillards Ruathym et leurs bateaux en forme de dragons sont connus et redoutés sur toute la côte des épées, puisqu’ils sont obligés d’aller chercher ailleurs de quoi beurrer leurs tartines.
 Enfin bref, c’est là qu’est né Uggeral… Ça va l’accent ? Tu dis si tu peines à comprendre, hein ! Des fois qu’ça me reprend sans que j’m’en rende compte. Donc, je disais, c’est là qu’il est né, dans un p’tit village de pêcheurs, coincé entre deux falaises rongées par le vent. Il a vécu une enfance à la dure, mais compte tenu des circonstances, y a rien d’étonnant. C’est pas que ses parents l’aient mal aimé ou quoi, juste qu’avec leur peu de sous et les hivers qui durent six mois par année, c’était pas évident tous les jours. Du coup, il a appris plein de trucs utiles à un âge ou j’étais encore en train de faire des bulles en roulant dans l’herbe. Il accompagnait son père à la pêche, surtout, et puis il s’entraînait au combat avec les autres gosses de son village sous la houlette des vieux. Parce qu’en Ruathym, un gars qui sait pas se battre il deviendra jamais rien, sinon de la bouffe pour poissons aux rives du continent. Mais lui y s’en sortait bien, et il les étalait souvent, les autres mômes, qu’y m’a dit. Il était déjà l’un des plus grands de son âge, et même s’il était vraiment pas très réactif, il piquait des crises dès qu’il se ramassait des coups et les rendait dix fois plus fort. C’est là que les vieux lui ont dit, sur un ton solennel et tout fier, qu’il était destiné à devenir un berserker, un « rageux de guerre ». C’est un truc vachement honorifique, chez eux, mais ça veut aussi dire que t’as plus très longtemps à vivre, puisque t’es envoyé en première ligne pour percer les défenses des « p’tits continentaux ».
 Parallèlement à tout ça, il passait pas mal de temps chez l’ainé du village, un vieux prêtre de Valkur tout bonnard, qui lui apprenait plein de choses. Il aimait bien le p’tit Uggeral, parce que même s’il était curieux, il était calme et patient. Fallait vraiment le secouer pour qu’il s’énerve, ce garçon. Et c’est ce vieux prêtre… il avait un nom genre Gullar… Gunnar… Enfin, je sais plus, mais c’est lui qui lui a appris à lire et à écrire, alors que presque tout le monde était illettré dans la région.

 Puis, Uggeral est arrivé en âge de participer à sa première expédition, c’est-à-dire vers ses 17 ans. Il a un peu hésité quand même : il voulait bien voir du pays, mais l’idée de se faire étriper, ça le bottait pas trop. Et à cet âge là, il était tout amoureux d’une autre gamine. Skadi, qu’il m’a dit qu’elle s’appelait. C’était peut-être pas la plus jolie du coin, mais elle était maligne, et puis elle l’aimait bien aussi, et ils venaient de trouver une petite baraque abandonnée qu’ils s’imaginaient déjà habiter plus tard, où ils passaient des heures à… enfin, j’vais pas te faire un dessin.
 Mais bon, pression sociale a fait qu’avant la fin du printemps, il s’est retrouvé sur un snekkar, un des plus gros bateaux de guerre du port, en partance pour la Côte des Épées. Avant de s’en aller, comme il avait, disons, une certaine
fibre littéraire et toujours son côté mielleux d’ado, il a composé un poème pour sa Skadi. Bon, celui-là, il a pas voulu me le réciter, et puis je comprends : c’est privé, quoi, et ça doit avoir mal vieilli, en plus.

 Et voilà que l’ami Uggeral était parti pour sa première aventure: une bonne série de pillages sur les côtes, aux abords de Luskan. Comme ils étaient nombreux à bord du snekkar, bien armés et vachement effrayants, ils ont presque pas eu à combattre pour se faire plaisir et rafler un joli tas de richesses aux pauvres petites bourgades de pêcheurs. Mais alors que ses compagnons étripaient gratuitement les vieillards et offraient une première fois mémorable aux pucelles pas très douées à cache-cache, lui, il ramassait des bouquins partout où il en trouvait, et des conneries à offrir à Skadi en rentrant. Il préférait penser à sa mignonne et bouquiner pendant les trajets que de s’investir dans les orgies barbares de ses camarades, festivités qu’il appréciait pas du tout. Il pouvait pas faire grand chose pour les en empêcher, mais il hésitait pas à les blâmer. Parce que quand même, voler l’or et les vivres, d’accord, mais fallait pas pousser ! Qu’est-ce qu’ils auraient dit, cette équipe de corniauds sauvages, si on était venu culbuter leurs frangines avant de leur éclater la tête avec une cruche ? En tout cas, notre gars, lui, il aimait pas ça, violer et tuer juste pour se divertir, et les autres ont vite commencé à se foutre de lui, à le traiter de tafiole. Mais Ug, il restait calme, impassible, toujours à ramasser des livres, écrire des poèmes, rêvasser et maudire les vieux de lui avoir affublé une si mauvaise compagnie.
Les brigands faisaient leur petit bonhomme de chemin depuis quelques jours quand ils ont accosté dans un nouveau port. Seulement, y avait personne, ce coup-ci. Ça sentait vraiment pas bon, et à raison: les locaux s’étaient passé le mot, et avaient tendu un piège aux Ruathyms dans ce foutu village. Ils s’étaient tous planqués en armes derrière la plus grosse baraque du coin et ont déboulé d’un coup, dès que les pillards se sont séparés pour chercher des trucs dans les maisons. Là, Uggeral et quelques gaillards se sont retrouvés face à une bande de pêcheurs assez mécontents d’avoir perdu un parent et partagé leur fiancée sans qu’on les prévienne. C’était embêtant, mais fallait bien qu’il joue son rôle, le grand Ug. Seulement, il avait plutôt envie de partir, de laisser les crétins qui l’accompagnaient régler leurs dettes, que de s’énerver pour foncer dans le tas… en tout cas jusqu’à ce qu’il reçoive une flèche dans la cuisse.
 Il est devenu fou. Il a foncé, s’est jeté tête la première dans la mêlée en faisant tournoyer son marteau, en balançant des coups de bouclier en veux-tu en voilà. Puis plus rien.
 Il s’est réveillé sur le bateau, au milieu d’un tas d’éclopés penauds qui s’en revenaient au pays, lui même incapables d’utiliser sa jambe et gratifié d’un mal de crâne à s’arracher les yeux.

 Rentré au bercail, porté par deux compères pas trop amochés, il a retrouvé avec joie ses vieux et la petite Skadi, qui lui ont fait jurer de plus jamais repartir sur le continent, même s’il avait pas vraiment besoin de ça pour s’en abstenir. Il avait d’ailleurs failli y perdre la jambe, alors que le coup qui l’avait assommé ne lui avait valu qu’une bosse qui s’en est allée au bout de deux semaines.
Dès lors, et pendant un bon moment, les jours se sont écoulés dans le calme: une bonne convalescence de lecture et de caresses auprès de sa désormais fiancée, suivi d’un mariage — faut être fou, mais bon… — dès qu’il a été capable de se tenir à nouveau debout.
 Puis, les jeunes mariés ont retapé la vieille baraque abandonnée, se sont achetés quelques moutons et se sont posés, heureux, dans leur p’tit cocon douillet, avec l’intention de fonder une famille et tout ce genre de trucs qui foutent grave les boules.
Seulement, y avait un hic : les hivers passaient, les moutons pondaient leur progéniture au printemps, mais le ventre de Skadi, lui, restait toujours aussi plat.

 Au village, en revanche, on pouvait pas dire que l’Instruit avait la cote. Malgré l’exploit accompli pendant l’expédition, les gars l’aimaient pas trop, le trouvait bizarre à se tenir comme ça à l’écart avec sa gonzesse, à passer plus de temps à rêvasser et à écrire au milieu de ses moutons qu’à bosser. Pourtant, son humble vie, lui, ça lui convenait, avec sa mignonne qui tricotait des pulls pendant qu’il lui lisait ses poèmes. Mais bon, y avait toujours ce malaise grandissant, ce gosse qui venait toujours pas.
En plus, un des anciens compagnons de bataille d’Ug, malgré qu’il était encore jeune, venait d’être nommé chef du village après l’assemblée du solstice. Il s’appelait Wilmerick. Un type arrogant au possible, et riche. Un petit parvenu casse-couilles qui n’avait jamais vraiment apprécié l’Instruit.
 C’est là que les choses ont commencé à se gâter. Vraiment.

 C’était un jour de printemps, alors qu’ils gardaient leur troupeau ensemble sur la falaise, que Skadi a annoncé la chose à Uggeral : au village, elle avait eut vent d’une nouvelle expédition qui se préparait, au cours de laquelle la présence d’un berserker était requise. Elle tenait à ce qu’il y aille, parce que malgré leur maigres besoins et les moutons toujours plus nombreux, l’argent manquait.
 Bien sûr, ce genre de choses relatives à la communauté, c’est Skadi qui en était mise au courant la première, parce que c’est elle qui descendait le plus souvent au port. D’ailleurs, elle y allait toujours plus fréquemment, ces temps-ci. De longs moments. Elle était distante.
 Enfin, là, il m’a dit qu’il a répondu à la demande de sa femme par un poème. Des vers sur son expérience des pillages. Ça allait comme ça :

    Tu vois gamin,
    Toi qui fus fier,
    De bon matin,
    Tirés les fers.

    Les vieux pêcheurs
    Pleurent la marée.
    Âpres malheurs,
    Terre souillée.

    Fuis ma jolie,
    Va t’en au loin,
    Vent de folie,
    Sonne tocsin.

    Viennent des mers,
    Les rouges chiens,
    loger le fer,
    Entre tes reins.

 C’est pas mal. Un peu laconique et dépressif — à la façon du Nord — mais j’aime bien. Enfin, c’est pas le meilleur poète de Faerûn, c’est clair, mais pour un gaillard dans son genre, tout fait de roc, tu t’attendrais quand même pas à ça. Sauf que, sur le coup, c’était pas vraiment au goût de Skadi : « Tu sais, tes poèmes, c’est d’la merde, et c’est pas ça qui va nous faire vivre ! » qu’elle lui a balancé avant de partir, cette connasse !
 Uggeral, lui, il est resté sur la falaise, avec ses moutons, songeur. Il y est resté jusqu’au soir, puis du soir au matin, à réfléchir, à se dire qu’il était hors de question de participer à une autre virée sanglante juste pour des raisons budgétaires, à se demander comment régler la situation, et, surtout, comment ne pas perdre sa Skadi, elle qu’il sentait s’éloigner de jour en jour.

 Quand il est arrivé chez lui, au matin, accompagné de ses bêtes, sa maison finissait doucement de se consumer. Quelques pages roussies de ses livres rapportés du continent voletaient encore ça et là, s’extirpant de la gueule fumante de ce qui avait été son toit.
 Rigide, glacé, il a machinalement fait entrer le bétail dans l’enclos, intact, on sait pas trop comment, puis s’est rendu au village.
Sur le chemin, personne osait croiser son regard ou lui adresser la parole, tellement il émanait la rage. Une rage polaire sur le point de fendre et d’hurler. À ce qu’il m’a dit, à voir la gueule qu’ils tiraient tous, ils savaient ce qui s’était passé.
 D’un coup, Skadi est sortie de la grande maison du chef, toute éplorée, pour accourir vers lui. Elle s’est jetée dans ses bras, en chialant comme une gamine, en baragouinant des
« Jsaispasc’quis’estpasséj’aieutellementpeur ! » mais lui, il est resté impassible. Son regard fixait celui du chef Wilmerick, qui le toisait depuis le perron. Il avait pas la moindre preuve contre qui que ce soit, mais il sentait une odeur bien dégueulasse, comme une impression que c’était un duel truqué entre lui et le monde.

 Quelques heures plus tard partait le vieux snekkar, le même que lors de son premier raid. À son bord, une ribambelles de jeunes guerriers à peine sortis des jupes de leurs mères, qui jouaient les matamores, et quelques vieux qui supervisaient le voyage. Parmi eux, Uggeral, dur et sombre, les lèvres closes. Sans cette expédition, il aurait jamais eu de quoi reconstruire une baraque, jamais eu de quoi garantir un niveau de vie correct à sa femme. Ce voyage, il y était condamné.

 Tout s’est passé presque comme la première fois : un port, puis deux sans qu’aucune résistance efficace vienne entailler les effectifs. Puis un troisième, un peu plus ardu, mais pas assez pour résister aux loups de Ruathym. Ils étaient en passe de vaincre les pauvres miliciens, et se ruaient déjà dans les maisons pour chaparder toutes les valeurs et décharger l’adrénaline superflue sur des proies faciles. Uggeral, pris dans l’engrenage, a défoncé une porte au hasard, s’est lancé dans une petite bâtisse et là, dans l’unique pièce où s’étendait son ombre de colosse, une petite fille lui faisait face, terrorisée, mais debout, droite comme un i, sans bouger. Elle devait pas encore avoir la dizaine, avec des cheveux tout noirs, habillée d’une bête robe de laine, ses petits pieds nus semblant s’agripper à la terre battue. Pendant de longues secondes, ils se sont regardés, comme ça, sans réagir, puis l’autre est venu. Denbör, un vieux compagnon d’Uggeral. Un sacré con, en somme… Bon tu t’y attends, la suite, c’est pas tendre. Tu dis d’avance si ça t’écœure, hein ?… Ah, ouais, t’es un vrai dur, tu t’en fous. Bon, alors c’est parti :

 « Eh mon cochon ! T’es bien tombé ! Pour sûr qu’c’est pas du défloré, tout ça ! qu’il a dit, le gros con.
 — Ta gueule ! » qu’il lui a rétorqué, Uggeral, alors qu’il reprenait un peu ses esprits. Et là, le type, il a vraiment fait un grosse connerie : il est entré, a fait mine d’aller vers la petite en se marrant comme le gros lourd qu’il était en lâchant des saloperies.
 « Quoi ? Tu vas pas m’dire qu’t’as peur qu’ça morde plus fort qu’la Skadi ? J’comprends mieux pourquoi t’arrivais pas à lui faire de gosse, foutue fiotte ! Mais t’en fais pas: Wilmerick, il est en train d’lui en faire plein, et moi j’vais t’montrer comment on parle aux dames. Allez, à genoux la morue ! »
 Il a pas eut le temps de comprendre ce qui lui arrivait qu’il était déjà par-terre, écrasé sous la grosse rondache du berserk qui lui soufflait à la face. La gamine, elle, elle s’était juste reculée d’un pas et regardait la scène avec de grands yeux tout ronds de surprise.
 « Espèce de petit enculé ! qu’il lui a craché à la gueule, au gros con. Qu’est-ce que t’as dit ?! Répète, pour voir !
 — Putain, mais lâche moi, l’Instruit ! C’est quand même pas ma faute si tes bouquins t’ont pas appris à baiser ta femme ! Tu l’as même tellement soûlée avec ta poésie que c’est elle qu’a foutu l’feu à vot’ baraque avant d’aller sucer Wilmerick. Parce que lui, il a du fric et il bande, gros c… »

 Un instant plus tard, le grand Uggeral se faufilait entre les maisons, la gamine coincée sous le bras, laissant derrière lui, dans la pauvre bicoque, le cadavre disloqué d’un type que personne regretterait. Il savait qu’il avait atteint le point de non retour, mais il s’en foutait: il en avait plus que marre. Marre des tueries gratuites. Marre d’être entouré de crétins. Marre des hivers qui n’en finissent plus, assis sur une foutue falaise, à se geler le cul pour une garce qui le lâche au premier écueil. Bon, il avait pas vraiment de preuves qu’elle le trompait… mais il le sentait. Il l’avait senti des mois avant que cet abruti de Denbör vienne ouvrir sa grande gueule. Le seul truc qu’il espérait alors, en se carapatant avec la gamine, c’était se racheter un semblant d’honneur, et puis sauver un fragment de beauté et d’innocence de la connerie des hommes.

 Après s’être tirés du village dévasté, le colosse et la môme ont trouvé refuge dans un bosquet à l’intérieur des terres. Y avait des rochers pour faire un abri, une p’tite source, des lièvres bien ventrus et personne pour venir les emmerder, parce qu’aucune des autres brutes avait porté attention à leur fuite. D’ailleurs, il est quasi certain qu’en constatant l’absence d’Uggeral, après la découverte du cadavre de Denbör, les autres s’étaient simplement tirés sans l’attendre. Après tout, s’il revenait, il était condamné. Même chez les cons, tuer un compagnon d’arme, ça se fait pas. Surtout sans motif valable… enfin, selon les cons en question.
 Et puisqu’on parle de ce fameux motif, il portait le nom de Siglinde, avait une tendance à faire des farces et à manger comme dix malgré son poids de mulot. Une fillette qui se comportait comme si l’horreur était jamais venue saccager son misérable quotidien d’enfant de pêcheurs. Pourtant, elle avait bien compris que ses parents n’étaient plus de ce monde. D’ailleurs, Uggeral, pas très à l’aise avec les gosses, avait pas vraiment mis de gants pour lui expliquer la situation. Mais on aurait dit qu’elle s’en tapait, voire, carrément, qu’elle adorait la perspective de courir les bois avec un protecteur de presque deux mètres sorti de nulle part. Il en a bien vite eu l’explication, notre ami Ug : le père de la petite, la plupart du temps en mer, n’avait jamais daigné lui porter attention, et sa mère, originaire d’une tribu Uthgardt, l’élevait à la mode frontière sauvage, plus communément appelée « T’as des dents, maintenant, alors démerde-toi ! »
 En clair, après le cocu sans sous et l’affreux pillard qui s’improvise héros de vertu, voilà que notre gros costaud jouait les pères de substitution.

 Du chemin ensemble, ils en ont fait pendant un bon moment, dans les bois et campagnes, en chapardant des poules, en cueillant des baies et en buvant au ruisseau, à se contenter de peu. Le grand apprenait un maximum de trucs à la petite, qui mettait tout en œuvre pour appliquer au mieux ces leçons de survie, avec un certain talent. D’ailleurs, elle était vachement plus douée que son professeur pour débusquer le petit gibier et trouver des baies.
 Après seulement quelques semaines, les deux vagabonds avaient tissé des liens d’acier trempé. Vraiment, cette petite, en un rien, il en était venu à la considérer comme sa gamine, et elle le lui rendait bien. Mais il se faisait pas d’illusions : même s’il lui apportait beaucoup, il pourrait jamais lui offrir une éducation complète, et encore moins une vraie vie de famille. Et puis il voulait pas lui transmettre l’amertume sourde qui grondait au fond de lui, qui le poussait à tracer vers d’autres horizons, à refaire quelque chose de sa vie, et à éclater quelques articulations d’enfoirés méritants, au passage. Pour ça, il pouvait décemment pas se trimballer une petite fille, surtout s’il devait se faire du mouron pour elle. Seulement, elle avait clairement pas l’intention de le lâcher.
 Alors, un jour qu’ils s’étaient établi un petit bivouac à côté d’un hameau, Ug a pris le temps d’observer les habitants de loin… sans rien en dire à Siglinde, bien sûr ! Il a assez vite repéré une famille de paysans. Des gens qui avaient l’air brave et sein, avec une ribambelle de marmots qui passaient leur temps à brailler joyeusement. Puis, la nuit venue, il a fait boire à Siglinde un peu de cette liqueur de coing qu’il avait chourrée dans la cave d’un fermier. Elle s’est endormi vite et profondément. Alors, le gars est allé en catimini la déposer dans l’étable qui bordait la demeure des gens biens, ceux qu’il avait choisis pour être la nouvelle famille de la petite.
 Il s’est pas attardé. Il faisait confiance à son jugement. Alors, malgré le petit pincement au cœur, il a continué son chemin dans le noir, en direction du sud.

 Par la suite, il s’est rapproché des grandes agglomérations. Avec la distance qu’il avait prise et le temps qui s’était écoulé, y avait aucune chance qu’on le prenne pour l’un des fameux pillards qui arpentaient les côtes. Il passait, au pire, pour un voyageur louche qu’il valait mieux pas trop emmerder, mais ça s’arrêtait là. Après tout, c’était pas dur de se fondre dans la masse: d’un point de vue culturel, les gens du nord partagent pleins de trucs avec ceux de son île natale, y compris la langue. Enfin bref, il a gentiment rejoint la civilisation.
 Il a vécu de mercenariat, mais rien de bien terrible : des contrats pourraves, et rarement de quoi brandir le marteau, puisque sa tronche suffisait en général à calmer les petites frappes. Puis le soir venu, il se payait une bière, pestait contre sa destinée et repensait, ému, à la petite Siglinde, certain qu’elle lui en voulait à mort mais qu’il avait sûrement fait le bon choix.
 Enfin, même sans excès, il avait de la peine à joindre les deux bouts avec ses petits boulots et dès qu’il a pu trouver un truc un poil plus rémunérateur, il a sauté sur l’affaire. C’était quand il était à Padhiver qu’il s’est engagé sur un navire marchand. Comme il est costaud, qu’il a le pied marin, et personne pour l’attendre en chialant sur une jetée, il a été pris d’office par le cap’taine Baroussa Malil, un moricaud du Calimshan, genre belle gueule des mers du sud, pour gonfler l’équipage du
Songe Ardent, son chebec en partance pour Gemmaline.
 Ils sont partis aux aurores et… Ah ben voilà ! Quand on parle du loup… Si tu veux connaître la suite, t’as plus qu’à lui d’mander. Ouais, c’est lui qu’arrive, là-bas. Tu vois, j’t’avais dit qu’il était balèze ce mec !… Oh… Et j'ai plus rien à boire…

 Hey ! Ug ! Viens prendre une bière avec nous !



_________________
Tribulations d'un poète contondant, par sa Majesté de l'ivresse et du petit larcin.

"Roses are red, violets are blue.
Right through your head my hammer flew.
"


Dernière édition par Uggeral le Mar 12 Nov 2013, 13:32, édité 11 fois.
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