Tabot

Capitale : U’Chan
Gouvernement : théocratie monastique
Importations : riz, autres céréales, acier, bois d’œuvre
Exportations : cuivre, fourrures, glace des glaciers
Alignement : LN, LB, NB

Tabot, dont le nom signifie « Toit du Monde », est un vaste pays de hautes montagnes et de plateaux désolés situé à l’ouest du Shou Lung. Les terres cultivables y sont rares, les communications difficiles et le climat assez rigoureux pour que même les vallées ne connaissent qu’une brève saison agricole. Entre glaciers, lacs d’altitude, prairies rocailleuses et sommets presque infranchissables, l’essentiel de la population vit de l’élevage, du commerce caravanier ou autour des grands monastères fortifiés qui constituent les véritables centres du pays.
Fondé par l’union de populations indigènes et de communautés monastiques chassées du Shou Lung, Tabot a développé au cours de plus de deux millénaires une identité propre. Les Tabotans ne se considèrent plus comme des Shou exilés : ils possèdent leur propre langue, leurs coutumes et leurs institutions. Les monastères dominent la vie intellectuelle et politique, tandis que les fêtes et pèlerinages rythment l’année jusque dans les communautés les plus isolées.

Vie et société

Les Tabotans constituent une population humaine distincte, bien qu’apparentée à la fois aux Shou et aux peuples nomades de la Plaine des Chevaux. Ils ont globalement la même complexion et la même constitution physique que les Shou, mais sont en moyenne plus petits et ont les cheveux plus épais. L’isolement du pays et l’intégration progressive des populations autochtones aux descendants des premiers réfugiés ont façonné une identité ethnique et culturelle qui leur est propre.
La rudesse du milieu conditionne fortement leur mode de vie. Une part importante de la population demeure nomade ou semi-nomade, conduisant des troupeaux de yaks, de chèvres et de moutons entre les pâturages. Le yak sauvage a depuis longtemps été domestiqué et fournit nourriture, laine, cuir et moyen de transport. Dans les vallées où l’altitude et l'eau le permettent, de petites communautés pratiquent également l’agriculture, mais la saison des cultures ne dure généralement que six à huit semaines. Cette faiblesse de la production céréalière explique l’importance des importations de riz et de grains.
La plupart des habitants vivent sous des tentes ou des yourtes. Les maisons permanentes les plus simples sont bâties avec des murs de terre damée soutenus par quelques poutres de bois et recouverts d’un toit plat de chaume, adapté aux faibles précipitations de nombreuses régions du plateau. Les demeures les plus riches comportent deux ou trois niveaux, avec murs de terre, charpente grossière et toiture de tuiles ; le rez-de-chaussée sert souvent d’abri au bétail, tandis que les habitants occupent les étages. Dans les bourgs, ces constructions alternent avec de longues maisons de briques de terre et de vastes campements de tentes. Les grands gompas, en revanche, peuvent former de véritables citadelles aux murailles épaisses, aux tours nombreuses et aux bâtiments monumentaux.
Les vêtements sont principalement confectionnés avec la laine des moutons et des yaks ou avec du cuir battu. Les étoffes rouges et vert sombre sont appréciées, tout comme les lourds bonnets de fourrure à rabats protégeant les oreilles. Les femmes portent généralement de longues robes de laine noires ou grises, auxquelles sont ajoutés des foulards vivement colorés et des coiffes élaborées lors des cérémonies. La petite noblesse subsistante préfère les vêtements de soie et les bijoux. Les enfants ainsi que les lamas ont traditionnellement le crâne rasé.
Malgré une existence difficile, les Tabotans apprécient les distractions bruyantes et parfois dangereuses. Les jeux d’argent sont répandus, tout comme la lutte, la capture des yaks au lasso, le dressage des chevaux et l’équitation sans selle. Une boisson alcoolisée très forte, le co’wii, est fabriquée à partir de tubercules.
L’éducation est beaucoup plus répandue que ne pourrait le laisser supposer le caractère rural et nomade du pays. Les monastères instruisent une grande partie de la population et servent à la fois d’écoles, de bibliothèques, de centres artistiques et de lieux d’administration. La culture religieuse imprègne donc toutes les couches sociales, y compris celles qui ne vivent pas directement dans les gompas. En D&D 3.5, cette particularité est représentée par une affinité culturelle pour les connaissances religieuses et par le moine comme classe de prédilection des humains tabotans.
Le pouvoir temporel est étroitement lié à ces institutions. À la tête du pays se trouve le Haut Lama, appelé Seigneur des Océans, dont les décisions ont force de loi. Il est conseillé par les Lon Chen, ses principaux ministres, et reçoit les pétitions du Conseil Kashag, composé d’un moine et de trois représentants laïcs. Le pays est divisé en districts administrés localement par des dzong-pon. Une administration centrale s’occupe notamment de la défense, de la police, de la fiscalité, du commerce et des relations étrangères. L’ancienne noblesse existe encore, mais a perdu l’essentiel de son pouvoir politique et ne conserve principalement que ses titres et de petits domaines.
Cette unité politique ne fait cependant pas disparaître les rivalités entre monastères. Les grands gompas disposent d’une influence considérable et certains entretiennent encore leurs propres contingents armés. Les communautés du sud, notamment autour de Nafeen et Zotung, ont régulièrement contesté la prééminence des monastères septentrionaux et du Haut Lama. Les différences entre le nord du pays, froid et austère, et ses marches méridionales plus chaudes et humides contribuent également à maintenir de fortes identités régionales.

Caractéristiques géographiques principales

Tabot est avant tout un pays d’altitude. Les montagnes et les hauts plateaux occupent la majeure partie du territoire, ne laissant que d’étroites vallées et quelques bassins suffisamment abrités pour l’agriculture. Les sols sont pauvres mais exploitables et les pâturages permettent l’entretien de nombreux troupeaux. En dehors de certaines régions méridionales, les arbres sont rares et le paysage est dominé par les herbes dures, les buissons, les rochers, les éboulis et les pierres couvertes de lichens. Les chemins figurant comme des routes sur les cartes ne sont, pour la plupart, que des pistes traversant ces étendues.
Le climat varie fortement avec l’altitude mais demeure rigoureux sur l’essentiel du territoire. Les vents glacés descendant des montagnes sont fréquents, tandis que les avalanches, glissements de terrain et tempêtes de poussière représentent des dangers habituels. L’hiver apporte d’importantes chutes de neige et permet aux glaciers de reprendre une grande partie du terrain perdu durant leur bref recul estival.

La Crête de Haraki

Cette longue barrière montagneuse sépare culturellement autant que géographiquement une partie du Tabot septentrional des terres du sud. Au-delà de la crête, l’altitude diminue et le climat devient plus chaud et plus humide. Les régions de Nafeen, Zotung et d’autres gompas méridionaux présentent ainsi un paysage très différent des plateaux pierreux du nord, avec davantage de végétation et d’insectes. Cette séparation naturelle a favorisé le développement d’un fort particularisme méridional.

Les Falaises de Marnu

De véritables sources jaillissent au pied de ces falaises, donnant naissance à la rivière Nam. Les hautes parois et leurs sources constituent l’un des paysages remarquables du sud-ouest du pays. Plusieurs ermites et oracles ont également choisi les montagnes dominant les falaises pour s’isoler du monde.

Le Lac Nad Ho Ting

Situé dans les hautes terres du nord-ouest, le lac Nad Ho Ting reste gelé pendant la majeure partie de l’année et ne dégèle que durant quelques mois. Ses environs sont parmi les régions les plus froides du pays. Le gompa de M’Tsin se trouve au nord-est de ses rives et des mines d’or sont exploitées dans les montagnes voisines.

Monts du Po Yul Dzayul

L’altitude élevée et les vents dominants permettent à d’immenses glaciers de subsister toute l’année dans cette chaîne montagneuse. U’Chan est adossée à ses montagnes noires, et les étendues glaciaires constituent l’une des grandes sources de richesse inhabituelles de Tabot : leur glace est découpée, transportée et vendue jusqu’au Shou Lung. La chaîne renferme également des vallées reculées, des gisements minéraux et de nombreux passages difficiles.

Monts Wu Pi Te Shar

Ces montagnes comptent parmi les barrières naturelles les plus impressionnantes du pays. Leurs sommets élevés et souvent infranchissables dominent une grande partie du paysage tabotan. Les régions les plus sauvages sont fréquentées par des singes des neiges, des tigres blancs et surtout des yétis, qui descendent parfois des hautes montagnes jusqu’aux établissements humains. Les vents et les esprits des montagnes occupent également une place importante dans les traditions locales.

Nam Tso

Nam Tso forme un important bassin lacustre alimenté notamment par la rivière Nam et par la Wohani, qui descend des terres de Phutan. La rivière Nam prend naissance au pied des falaises de Marnu avant de se précipiter vers le lac. Des hengeyokai-carpe vivent dans les profondeurs de Nam Tso ; certains entretiennent des relations commerciales avec les habitants de Bidnop So et échangent notamment du riz lacustre et des opales.

Sites importants

Buchan Do Gompa

Situé à l’extrémité sud-ouest de Tabot, Buchan Do est l’un des principaux établissements monastiques de la frontière avec Phutan. Le gompa est régulièrement engagé dans les conflits opposant les deux pays et surveille avec attention les mouvements militaires phutanais le long de la frontière.

Do’dzin Gompa

Do’dzin est l’un des grands lieux historiques de Tabot : H’Dang Li, futur premier Seigneur des Océans, y reçut son éducation. Six cents lamas vivent dans le monastère et environ 1 400 laïcs habitent la petite ville placée sous sa protection. Plusieurs fêtes importantes s’y tiennent chaque année, dont une représentation traditionnelle de la vie du premier Haut Lama.

Frekang Gompa

Frekang est protégé par les Portes de l’Océan, un ouvrage magique créé à la suite d’une terrible attaque de yétis qui coûta la vie à 280 des 400 lamas du monastère. Les portes seraient capables de reconnaître les fidèles, de conseiller les personnes pieuses et de repousser mortellement ceux qu’elles considèrent comme des intrus. Le cheval est l’emblème du gompa.

Hoshki Gompa

Hoshki s’élève près des falaises de Marnu, au pied desquelles jaillissent les sources donnant naissance à la rivière Nam avant sa descente vers le lac Nam Tso. Depuis le monastère, on aperçoit également les brumes de la Wohani, qui arrive des régions septentrionales de Phutan et se jette dans le même lac. Cette position proche de la frontière place Hoshki au premier rang des affrontements récurrents avec les Phutanais.

Joya

Ville jumelle de Motra, Joya est elle aussi une agglomération frontalière où le contrôle des autorités tabotanes demeure particulièrement faible. Hors-la-loi du Shou Lung et du T’u Lung y trouvent facilement passage et refuge, tandis que voleurs, brigands et meurtriers sont nombreux dans ses rues. Des agents et hommes d’armes liés à certains nobles du sud de Tabot fréquentent également la ville, ajoutant intrigues et rivalités politiques à son insécurité chronique.

Ko’Chung Gompa

Cette puissante forteresse monastique du nord protège traditionnellement Tabot contre les incursions venues des plaines et de l’est. Ses épaisses murailles ne possèdent qu’une entrée, aménagée à travers une énorme tour défensive. Une source d’eau douce jaillit à l’intérieur de l’enceinte. Ko’Chung entretient une force de quelque 800 guerriers entraînés et une cavalerie d’élite de 250 hommes. Le monastère conserve également E’soa Ho-chi, le Héraut, un ouvrage magique capable de consigner de lui-même les événements du monde.

M’Tsin Gompa

Situé au nord-est du lac Nad Ho Ting, M’Tsin est un petit monastère construit en terrasses autour de sources naturelles et de bassins peuplés de carpes multicolores. Quelque 340 lamas y résident. Les religieux de M’Tsin sont particulièrement réputés pour leur maîtrise des forces élémentaires et météorologiques. Les mines d’or situées au nord du lac ont également donné au monastère une réputation de grande richesse.

Mains d’U’Chan

Les deux grands monastères Pokarr et Lii sont traditionnellement appelés les deux Mains d’U’Chan. Chacun accueille plus d’un millier de lamas et de novices. Pokarr est une ancienne forteresse profondément creusée dans la montagne ; des kilomètres de galeries abandonnées s’étendent encore sous ses bâtiments. Ses bibliothèques sont particulièrement importantes et ses artisans produisent une poterie renommée à partir des argiles extraites près de Rokstang. Le gompa possède également d’importantes reliques et de puissants objets magiques. Lii est le principal rival de Pokarr et demeure célèbre pour ses nombreuses cloches.

Motra

Motra est l’une des deux villes jumelles de la frontière tabotane, avec Joya. L’autorité du gouvernement et des monastères y est faible, et criminels, bandits et fugitifs venus du Shou Lung ou du T’u Lung y circulent aisément. Les rues ont la réputation d’être dangereuses, et des rumeurs prêtent aux habitants des cultes consacrés aux grenouilles et aux serpents ainsi que la présence d’assassins nocturnes. Le commerce d’esclaves y existe également.

Temple du mont Shun

Sur les hauteurs proches d’U’Chan se trouve un sanctuaire lié à plusieurs événements fondamentaux des traditions tabotanes. Les récits lui attribuent des victoires sur des démons ainsi que la forge des lances de Tabja Rung. Le mont lui-même domine de sa silhouette accidentée les environs de la capitale.

U’Chan

Également connue sous son ancien nom de Koko Nur, U’Chan est la capitale et la plus grande ville de Tabot. Le palais du Haut Lama et le grand U’Chan Gompa dominent l’agglomération, qui s’étend au pied des montagnes du Po Yul Dzayul. Le dernier recensement connu dénombre environ 22 000 résidents permanents auxquels s’ajoutent quelque 4 000 pèlerins, visiteurs, marchands et autres personnes de passage. Malgré cette population, aucun bâtiment urbain ordinaire ne dépasse trois étages.
Le complexe monastique est beaucoup plus spectaculaire. Il abrite à lui seul environ 1 200 hommes, 230 femmes et 700 enfants, ainsi que plusieurs centaines de chevaux et de chèvres. Ses quarante-cinq tours sont couronnées de coupoles recouvertes de feuilles d’or et douze tours plus hautes encore servent à la méditation. Quatre grands temples se trouvent dans la ville. U’Chan est aussi le principal nœud politique du pays : les grands conseils s’y réunissent et les caravanes empruntent quotidiennement la route conduisant vers Ji.

Histoire de la région

Bien avant la naissance de Tabot, les vallées et les basses terres de la région étaient occupés par plusieurs peuples et petits royaumes gouvernés par des lignées nobles. Une ancienne légende tabotane fait descendre dix-neuf de ces familles de tigres blancs transformés en hommes par la Lune. Derrière ces récits subsiste le souvenir d’une population indigène organisée bien avant l’arrivée des communautés monastiques venues du Shou Lung.
Entre les années 585 et 640 du calendrier shou, soit approximativement de -665 à -610 CV, quinze groupes de moines, de gardes de temples et de membres de milices religieuses fuyant les persécutions du Shou Lung se réfugièrent dans ces montagnes. Les premières décennies furent connues comme les Années de Givre : les nouveaux venus durent lutter contre la famine, les tempêtes, les monstres et l’isolement pour établir leurs premiers monastères.
En -604 CV, une nouvelle offensive du Shou Lung provoqua un rapprochement décisif entre les réfugiés et les habitants des basses terres. Les milices monastiques dirigées par le sohei Ramara s’allièrent aux forces du baron Ohn de Han Chao et aux chefs locaux. Ensemble, ils repoussèrent l’armée shou à la bataille de Tsagang. Le traité de la Terre de Paix conclu après la victoire reconnut les établissements des moines et intégra leurs guerriers à la défense des communautés indigènes. De cette alliance naquit véritablement Tabot.
Les rapports avec le Shou Lung restèrent difficiles pendant des siècles. Plusieurs invasions furent repoussées, mais celle de l’année 894 du calendrier shou, en -356 CV, fut sur le point d’anéantir l’indépendance tabotane. Toute la partie nord du pays, depuis Ko’Chung jusqu’au col de Lokar, tomba aux mains des envahisseurs. Les artisans de Ji fabriquèrent alors cinq guerriers de cristal auxquels de puissants lanceurs de sorts donnèrent vie. Leur intervention permit à l’armée tabotane de vaincre les Shou au col de Lokar et de récupérer les territoires perdus. Les cinq guerriers disparurent ensuite dans les montagnes. Cette victoire est commémorée sous le nom de Jour du Cristal.
Pendant les siècles suivants, les anciennes familles nobles et les grandes communautés monastiques se partagèrent l’autorité. Cette situation prit fin avec la naissance de H’Dang Li en 1061 CV. Recueilli alors qu’il était encore nourrisson près de la crête de Haraki et élevé par les lamas de Do’dzin, l’enfant acquit rapidement une réputation de sainteté et de pouvoirs extraordinaires. À partir de 1067-1068 CV, les monastères se rallièrent à lui et reprirent le contrôle du pays. La noblesse fut vaincue et dépouillée de l’essentiel de ses prérogatives.
H’Dang Li prit le titre de Seigneur des Océans et réorganisa profondément Tabot. Il créa le Conseil Kashag, divisa le pays en districts et établit une administration chargée de la défense, de la justice, de la police, de la fiscalité, du commerce et des relations étrangères. Son autorité personnelle devint l’arbitre suprême entre les monastères et les anciennes familles nobles. Il fit également créer plusieurs ouvrages magiques devenus des symboles du pouvoir, notamment les Portes de l’Océan de Frekang et le Bâton des Océans. Après quatre-vingt-deux années de règne, il désigna son successeur puis quitta le pouvoir pour disparaître dans les montagnes. Depuis lors, chaque Seigneur des Océans choisit lui-même celui qui doit lui succéder.
L’unité du pays n’a jamais été absolue. Les grands monastères conservent leurs traditions propres et les communautés situées au sud de la crête de Haraki se sont à plusieurs reprises opposées au pouvoir des Hauts Lamas. Au cours des dernières générations, les tensions entre les gompas septentrionaux et méridionaux ont parfois paralysé le conseil monastique, tandis que certains descendants de l’ancienne noblesse ont tenté de restaurer leurs privilèges. Malgré ces divisions, les institutions créées par H’Dang Li ont survécu et la population reste fortement attachée à l’unité de Tabot.
En 1372 CV, Tabot demeure une civilisation largement isolée, organisée autour de ses monastères et profondément distincte du Shou Lung dont provenaient ses fondateurs. Les sources de D&D 3.5 continuent de le décrire comme une terre montagneuse dominée par les communautés monastiques, dotée de sa propre langue et de traditions particulières après plus de deux millénaires d’existence indépendante.