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 Sujet du message: [Récit] Une vie de paysan.
MessageMessage posté...: Ven 10 Juil 2020, 13:21 
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Le vent froid de l'hiver est piquant en ce petit matin du mois de Martel. Philianir plisse les yeux pour leur éviter de pleurer tandis que Mériale s'enroule plus étroitement dans sa couverture de laine épaisse. Les naseaux des deux chevaux qui tirent l'attelage fument à l'unisson du souffle du jeune couple. Le chemin gelé malmène les roues de bois et Philianir se penche pour vérifier qu'elles tiennent le coup. Il en profite pour regarder si l'autre chariot, celui de ses amis, Zaël et Lizzy, suit toujours derrière. A bord du second attelage, Zaël lui fait un grand signe de la main et sourit, ravi malgré le temps frisquet. Rassuré, Phil se réinstalle et continue à guider les deux puissants chevaux de trait.

Mériale, elle, regarde le paysage qui défile. Le temps est au beau fixe, malgré la froideur de l'hiver, et elle en profite pour admirer la côte qu'ils sont en train de longer. voilà déjà quelques heures qu'ils ont quitté Marsembre et déjà, son esprit est tourné vers la nouvelle vie qu'ils se sont tous choisis et qui, ce jour, devient concrète. Mentalement, elle refait pour la énième fois la liste de tout ce qu'ils emportent pour être certaine de ne rien avoir oublié. Elle sourit en y pensant.

°° Qu'importe, s'il manque quoi que ce soit, nous ne serons jamais qu'à une journée de chariot de la ville. Ce n'est pas si loin... °°

Pourtant une ride vient barrer son front.

°° Pas si loin pour peu que le temps reste au beau. S'il venait à neiger, le chemin deviendrait bien plus difficile à pratiquer. °°

Elle grimace et se morigène intérieurement.

°° Ne commence pas à penser à des choses fâcheuses, ma grande, tu risquerais fort d'attirer l'attention de Beshaba. °°

Elle chasse vite ses pensées négatives pour ne garder que le bon côté des choses. Fini sa vie de citadine qu'elle n'appréciait pas vraiment, fini la crainte de ne rien avoir dans son assiette parce qu'elle ne trouve pas de travail, fini le réveil brutal à cause des cris de beuverie des fêtards nocturnes. Aujourd'hui, elle et son mari Philianir partent s'installer sur leur nouvelle terre pour y devenir paysans. La vie sera rude, elle le sait, mais au moins ils ne mourront jamais de faim.

°° La forêt toute proche nous apportera les plantes, les fruits et la viande qu'il nous faut. La mer tout aussi proche nous offrira des coquillages, des poissons et des crustacés. Sans compter la petite rivière qui longe notre terrain où on pourra également pêcher. °°

Réconfortée, elle sourit à nouveau avant de se pencher à son tour pour voir son amie, Lizzy, assise à côté de Zaël. Elle lui fait signe de la main et cette dernière lui répond, les yeux pétillants de bonheur. Elle est ravie de fuir la ville pour se retrouver dans la nature sauvage, libre comme l'air. Les deux chariots cheminent avec précaution et ne s'arrêtent même pas pour le déjeuner. Ils grignotent quelques tranches de bœuf séché, du pain et quelques biscuits au miel arrosé d'eau bien fraîche grâce à la température ambiante. Le trajet leur semble long à tous jusqu'à ce qu'enfin, vers la fin de la dix-septième heure du jour, alors que le soleil se couche à l'horizon, ils aperçoivent le piquet et le drapeau qui identifie leur terrain.

Les femmes poussent des cris de joie et remercient chaleureusement Chaundakul de leur avoir offert un voyage sans désagréments. Les hommes, eux, remercient Tymora et Heaum. Les chevaux s'arrêtent et aussitôt les quatre jeunes gens se mettent à l'ouvrage. Il est trop tard pour pouvoir faire quoi que ce soit ce soir à part monter un campement de fortune. Pendant que Philianir et Mériale montent les tentes, Zaël et Lizzy font les abords de la forêt pour ramasser des branches mortes. Les chariots sont orientés pour faire barrage au vent qui vient du large et les tentes, elles, sont montées de façon à tourner le dos à la forêt. Entre les deux, les deux couples font un grand feu pour la nuit avant de s'occuper des chevaux. Bientôt, le fumet appétissant d'une soupe aux légumes agrémentée de morceaux de bœuf séché fait saliver d'envie les jeunes affamés. Le repas terminé, les quatre amis finissent la soirée par une tasse de thé fumante à parler de leur avenir, des étoiles plein les yeux. La journée a été longue et la fatigue se fait sentir pour tous. La nuit est glaciale mais ils s'endorment tous comme des souches, terrassés par cette journée éprouvante tout autant que vivifiante...


(à suivre :))

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 Sujet du message: Re: [Récit] Une vie de paysan.
MessageMessage posté...: Sam 11 Juil 2020, 11:09 
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Au petit matin, le ciel est aussi dégagé que la veille et annonce une journée ensoleillée mais froide. Phil et Zaël sont les premiers debout et vont directement au premier chariot. Ils commencent à décharger du véhicule les planches de bois et le matériel nécessaire pour construire ce qui va être leur maison commune. Le bruit réveillent Mériale et Lizzy qui s'empressent de raviver le feu avant de préparer un copieux petit déjeuner.

Durant leurs longues soirées passées en ville, les quatre amis ont largement débattu de ce qu'ils feraient en arrivant sur leur nouvelle terre. Ils sont tombés d'accord pour que la première chose à réaliser soit la construction d'une maison commune en bois qui leur servirait durant tout le temps qu'il leur faudrait pour aménager les bâtiments de la ferme. Les plans de la maison commune ont été préparés avec soin et l'argent pour acheter le matériel a été mis de côté par chacun des couples jusqu'à avoir la somme requise. Il aura fallu 4 longues années pour réunir les fonds de leur grand projet mais aucun ne regrette les efforts et les sacrifices endurés.

Une odeur de lard grillé se fait sentir et vient titiller les narines des deux travailleurs qui s'arrêtent pour venir manger un morceau. Le lard est accompagné d'un gruau de blé et de tranches de fromage. Ils finissent par une grande tasse de thé bien chaude qui réchauffe le corps et donne de la force pour la journée à venir. Une fois le petit déjeuner avalé, Phil et Zaël se mettent à l'ouvrage et commencent par faire un trou pour y fixer les fondations de la maison. Le travail est bien plus harassant que prévu et ils suent sang et eau pour réussir à retirer la terre gelée du sol. A la douzième heure du jour, ils s'arrêtent, épuisés, et accueillent avec joie la pause déjeuner. Les femmes ont préparé un ragoût de bœuf et panais qui les aident à se requinquer un peu. Une part de gâteau au miel et une tasse de thé terminent le repas en beauté. Les deux hommes allument une pipe et font quelques ronds de fumée avant de repartir à leur ouvrage. Le reste de la journée se passe à creuser les fondations de la maison.

Pendant ce temps, Mériale et Lizzy passent les heures du jour à ramasser le plus de bois possible et à cuisiner avant de s'occuper des chevaux. Le second chariot contient les coffres des affaires de chacun ainsi que les vivres et les ustensiles de la vie quotidienne. Le froid, bien que désagréable a l'avantage de conserver les aliments périssables plus longtemps, ce qui arrangent bien nos deux cuisinières. Lorsque le soleil se couche, les fondations de la maison commune sont pratiquement terminées et les deux femmes ont préparé une grosse marmite de soupe de légumes et de lard et du ragoût de porc et de fève qui leur permettront de tenir quelques jours sans cuisiner. Le soir, après le dîner, Mériale souffle sur sa tasse de thé brûlant avant de prendre la parole.


- Nous avons préparé de quoi manger pour plusieurs jours, ainsi nous allons pouvoir vous aider pour la maison.

Les hommes apprécient la proposition et l'acceptent avec reconnaissance. Être plus nombreux à la construction ne peut que la faire se terminer plus vite. La fatigue a vite fait de rattraper les jeunes gens qui s'endorment peu de temps après pour une nuit de repos bien méritée.
Il faut encore deux journées complètes pour finaliser les fondations de la maison et commencer à monter la charpente. Le temps reste au beau fixe mais le froid se fait de plus en plus intense. Enfin, au bout de deux jours supplémentaires, la charpente est terminée et il faut maintenant la recouvrir de lourdes planches de bois. Le travail est rude mais l'entrain est toujours présent pour les quatre amis. A la quinzième heure du jour, le lendemain, alors que les hommes sont perchés sur la charpente et posent une des planches qui servira de toit, Phil aperçoit quatre silhouettes qui approchent. Il plisse les yeux et attend de mieux voir pour avertir les autres. Les silhouettes se précisent au fur et à mesure et Phil peut reconnaître quatre hommes vêtus chaudement. Ils portent des sacs à dos et sont armés d'épées courtes. Quelque chose dans l'attitude de ces hommes ne lui plaît pas et il avertit aussitôt les autres.


- Attention, un groupe de quatre hommes arrivent et quelque chose me dit qu'ils ne sont pas amicaux.

Zaël saute directement jusqu'au sol et fonce vers sa tente. Phil descend à son tour et récupère dans sa propre tente une épée courte et une dague. Lorsque Zaël ressort, il tient à deux mains une grande hache qu'il fait mine d'utiliser comme une simple hache à découper le bois. Il fait un signe de tête à Phil avant de lui chuchoter.

- Je me tient prêt, à ton signal, j'agirais.

Mériale cherche fébrilement dans sa tente et fini par retrouver ses deux dagues tandis que Lizzy ressort de la sienne avec un arc court et un carquois de flèches. Durant les quatre dernières années, les jeunes gens se sont entraînés avec un ami maître d'armes. Les deux amies avaient espéré n'avoir jamais à se servir de ce savoir mais le destin en a décider autrement. Les quatre voyageurs se rendent vite compte que les paysans devant eux se sont armés et réagissent en conséquence. Alors qu'ils approchaient avec un air plus ou moins débonnaire, ils se mettent soudain à charger, arme au clair. Lizzy grimpe sur le rebord d'un des chariots, arme sa flèche et bande son arc. Elle vise le premier des assaillants et décoche son trait. Malgré son manque d'assurance, la flèche touche au but et vient perforer le haut du bras gauche du malandrin. Ce dernier pousse un glapissement de douleur et lâche aussitôt son arme.
Zaël et Phil attendent les autres de pied ferme. Le choc est rude. L'un des brigands percute Phil de plein fouet et le déséquilibre. Il chute lourdement sur le sol gelé tandis que son assaillant lève le bras pour frapper. Phil crie aussitôt.

- Zaël !

L'attaquant hoquette de surprise lorsque la dague de Mériale vient se planter directement dans sa gorge. Il lâche son arme pour retirer celle qui lui déchire les chairs et un flot de sang s'écoule par la blessure libérée. Il émet un gargouillement humide tandis que Phil se redresse et enfonce son épée dans le ventre du brigand, mettant fin à sa vie. L'homme s'affale mollement sur le sol. Le dernier roublard encore entier fait un bond en hauteur et vient frapper Zaël de sa lame. Il réussit à lui entailler l'épaule droite tout en projetant son genou sur le torse du paysan. Il le percute violemment et...ouvre de grands yeux. A sa stupéfaction, Zaël n'a pas bougé d'un pouce alors qu'il aurait dû voler en arrière. Le paysan grimace sous la douleur mais sourit l'instant d'après. Il fixe le malandrin et marmonne.
- Tu crois pouvoir faire basculer un génasi de terre aussi facilement ? Grossière erreur !

La grande hache de Zaël fait un arc de cercle et s'enfonce dans le flanc du voyou jusqu'à toucher la colonne vertébrale. L'homme hurle de douleur et s'effondre lorsque le génasi retire sa lame. Il continue à hurler jusqu'à ce qu'une flèche de Lizzy vienne lui traverser le crâne de part en part. Alors seulement, il tombe pour de bon, mort. Les quatre amis relèvent simultanément la tête pour voir le dernier larron encore en vie en train de courir dans la direction par laquelle il est arrivé. Phil ricane en le voyant fuir de façon si éperdue. Il regarde les autres et demande.

- On prend un cheval pour le rattraper ?

Zaël secoue la tête.

- Non, mon ami, laisse-le fuir. Il fera un excellent messager pour dire aux autres brigands du coin qu'ils ne doivent pas venir nous chercher des noises.

Ils dépouillent les morts de leurs armes et de leurs effets avant d'aller dans la forêt pour enterrer les corps. En revenant au campement, ils font l'inventaire des sacs à dos des trois morts. Ils découvrent des rations de survie, des onguents pour guérir les blessures, des vêtements de rechange et quelques pièces d'argent et de cuivre. Les onguents sont les bienvenus et aident à cicatriser rapidement la blessure de Zaël. Cet incident a montré aux jeunes gens combien ils pouvaient être vulnérables face à des brigands ou à d'autres ennemis potentiels. Le soir venu, après le souper, devant une tasse de thé bien chaude, ils en discutent ensemble. Phil secoue la tête avant de parler en premier.

- Je crois qu'il nous faudrait une palissade pour nous protéger des attaques de ce genre.

Mériale réfléchit un instant avant de répondre.

- Je ne suis pas si sûre que ça soit une bonne idée.

Phil hausse les sourcils.

- Ah bon ? Tu préfères que nous restions sans défense ?

Mériale lui lance un regard noir avant de répliquer.

- Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire. Une palissade montre aux voyageurs qui passent dans le coin qu'il y a quelque chose de précieux à protéger. Cela peut attiser les convoitises.

Phil lève les yeux au ciel.

- Alors que proposes-tu, ma douce ?

Mériale prend sur elle pour calmer ses ardeurs si habilement titillées par son époux avant de parler à nouveau.

- Peut-être juste une barrière ?

Phil glousse.

- Tu as raison, cela va bien refroidir l'envie des malandrins de venir nous détrousser.

Mériale fusille son mari du regard tandis que Zaël, de sa voix profonde et calme, déclare.

- Elle a raison, Phil. Il ne faut pas se barricader ainsi. La barrière délimitera nos terres sans nous cacher pour autant. Une palissade est une invitation a voler pour les roublards.

Phil ouvre les mains d'un air impuissant.

- Tu veux qu'on reste sans aucune défense ?

Zaël sourit.

- Non, je pense qu'il nous faudra installer les armes que l'on a récupéré sur les brigands à des points stratégiques pour qu'elles soient à portée de nos mains en cas de besoin urgent.

Lizzy prend la parole à son tour.

- Je suis d'accord avec mon époux. Nous avons prouvé que l'enseignement au combat que nous avons suivi a porté ses fruits. Notre meilleur défense c'est de continuer à nous entraîner pour ne pas perdre la main et d'attendre les assaillants de pied ferme.


Mériale approuve d'un hochement de tête avant de rajouter.

- Notre meilleure défense c'est la vigilance ! Restons sans cesse sur nos gardes, prêts à répliquer en cas d'attaque.

Phil regarde son épouse et sourit, une lueur admirative danse au fond de ses yeux.

Bien dit, mon aimée !

Fort de cette décision commune, les jeunes gens vont se coucher mais le sommeil ne vient pas tout de suite. Chacun, de son côté, pense à l'incident de la journée et s'inquiète de l'avenir...

(à suivre :) )

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 Sujet du message: Re: [Récit] Une vie de paysan.
MessageMessage posté...: Dim 12 Juil 2020, 23:24 
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Le lendemain matin, tous se lèvent avec empressement pour prendre un copieux petit déjeuner. Une fois ce dernier avalé, ils se mettent au travail pour finir au plus vite la maison. Dans la nuit, ils ont entendu les hurlements des loups au loin et aucun n'a envie de rester dans une tente en les sachant si proche. Malgré leurs efforts, deux jours sont encore nécessaires pour terminer de clouer les planches, installer les quatre fenêtres, la porte et surtout le poêle-fourneau. Quand le soleil se couche, le soir du second jour, les deux jeunes couples terminent de démonter les tentes et de rentrer leurs affaires.

Leur maison n'a qu'une pièce mais elle est grande. Ils l'ont voulu ainsi afin de pouvoir y faire entrer les chevaux. Pas question de les laisser dehors sans surveillance avec les animaux sauvages qui rôdent dans le coin. Le fourneau est collé au mur du fond, juste au milieu de deux des fenêtres, les deux restantes étant à l'avant. Elles ont coûté cher mais permettent d'avoir une bonne clarté dans la maison et de voir ce qui se passe devant et derrière le logis, ce qui n'est pas négligeable. Pour la première fois, Mériale et Lizzy font la cuisine sur le fourneau et en sont toutes ravies. En quelques minutes, la pièce se réchauffe autant par la chaleur venant du poêle que par celle irradiant des corps. Les chevaux semblent appréciés, eux-aussi, de se trouver bien au chaud et poussent de petits hennissements de contentement.

Le repas terminé, ils se couchent chacun d'un côté du poêle pour bénéficier de sa douce chaleur et s'endorment, des rêves de longères en pierre et de récoltes abondantes plein la tête. Phil et Zaël sont réveillés par la bonne odeur de la soupe au lard. Tout en déjeunant, ils discutent de ce qu'ils vont faire maintenant que la maison commune est terminée. Phil se lance le premier.


- Je pense qu'on devrait commencer par la forêt. Couper des troncs pour la construction de la première longère.

Mériale demande alors.

- Vous n'allez pas creuser les fondations d'abord ?

Phil secoue la tête.

- Non, ma douce. On va d'abord couper de quoi faire des rondins et les stocker et ensuite seulement on s'attaquera aux fondations.

Mériale hoche la tête tandis que Lizzy prend la parole à son tour.

- Nos vivres commencent à s'épuiser. Il va falloir retourner à Marsembre en chercher.

Phil grimace à cette idée mais Zaël propose une autre solution.

- Peut-être qu'avant de retourner en ville, nous pourrions déjà tenter de pêcher dans la rivière ou d'aller voir ce que l'on peut trouver sur les plages du coin ?

Les jeunes femmes se regardent avant d'acquiescer. Mériale sourit.

- Soit, pendant que vous irez couper du bois, nous irons, Lizzy et moi à la pêche. Prions Tymora pour qu'elle nous sourit.

La décision prise, les deux hommes prennent leur haches et s'en vont vers la forêt tandis que les jeunes femmes se munissent de cannes à pêche et de paniers. Lizzy propose à son amie de s'occuper elle-même de la plage car, avoue t-elle, la pêche à la ligne n'est pas du tout son point fort. Mériale accepte volontiers et elles se séparent en se souhaitant mutuellement bonne pêche.

Lizzy approche du bord de la falaise et se penche pour voir par où descendre jusqu'à la plage. Les rochers sont nombreux et elle ne devrait pas avoir trop de mal pour y arriver. Belle erreur car la jeune citadine n'a pas pensé au froid mordant et au givre sur la roche. Au bout de quelques pas, elle s'en rend compte de façon brutale. Son pied ripe sur le rocher gelé et elle chute en criant de frayeur. Elle dégringole, heurtant plusieurs roches aux arrêtes acérées qui la blessent cruellement. Elle réussit enfin à se rattraper in extrémis avant de basculer dans le vide. Toute tremblante, des égratignures un peu partout sur le corps, elle reste à fixer la mer, sous le choc. Lentement, son regard se baisse vers la plage où gît sa canne à pêche et son panier, miraculeusement intacts malgré le plongeon de plusieurs mètres en contrebas.

- Merci Tymora de m'avoir sourit...Je crois que sans toi, déesse, je serais en mille morceaux, près de mes ustensiles de pêche.

Quand son cœur retrouve un ryhtme normal, elle reprend sa descente en grimaçant, douloureuse et courbaturée. Une fois sur la plage, elle ne perd pas de temps et se met à chercher parmi les rochers. Ravie, elle y découvre une jolie colonie de berniques et s'attelle à la tâche pour les décoller. Elle récupère également quelques belles étrilles et termine sa pêche en ratissant la plage et en ajoutant à son panier des coques de belle taille. Finalement, malgré sa petite mésaventure, Lizzy est contente de sa pêche. Tout en remontant avec une infinie précaution, elle songe à Mériale.

°° J'espère qu'elle aura eu autant de chance que moi. °°

Mériale, au même moment, fait un peu la moue. Elle regarde son panier où deux grosses truites seulement occupent le fond. Malgré toute sa patience, la pêche ne donne rien de plus. Elle hausse les épaules.

- Bon, pas la peine d'insister. Je n'attraperais rien de plus aujourd'hui.

Elle remballe son matériel et rentre, dépitée. En chemin, elle croise Lizzy qui lui montre ses prises. elle sourit et félicite son amie.

- Ouf, au moins grâce à toi, nous ne mourrons pas de faim.

Elle rient de bon cœur toutes les deux et s'empressent de rentrer pour préparer le dîner. Quelques minutes plus tard, elles entendent les hommes qui arrivent à leur tour. Ils ont prit les chevaux avec eux et s'en sont servis pour tirer les troncs qu'ils ont abattu. Ils n'ont eu de cesse de faire des allers et retours et sont plus qu'heureux d'avoir terminé leur journée de labeur. Lorsqu'ils entrent, une odeur iodée les accueille. La table est mise et une grosse marmite est sur le fourneau. Pendant que Phil et Zaël font un brin de toilette, les femmes portent la marmite sur la table et pose à côté des assiettes de grosses miches de pain.

Le mijoté de la mer fait un tabac et tous se régalent de cette nourriture qui sort de l'ordinaire. Mériale et Lizzy racontent à leurs époux respectifs combien la pêche est une activité longue et difficile. Les deux hommes se regardent l'un l'autre avant d'éclater de rire. Ils montrent leurs mains, presque sanglantes à force d'avoir frapper les troncs. Les deux jeunes femmes poussent de hauts cris et Mériale réplique, contrariée.

- Mais enfin pourquoi ne nous l'avez-vous pas dit avant ?!?

Elle fonce chercher de quoi soulager et panser les plaies et utilise ce qu'il reste d'onguent de soin prit sur les brigands pour aider à la cicatrisation. Pendant que Mériale joue les infirmières, Lizzy débarrasse la table, lave tout et apporte de quoi prendre une bonne tasse de thé. Tandis qu'ils sirotent le breuvage revigorant, Lizzy regarde la pile de bois de chauffage et grimace.

- Il va falloir retourner chercher du bois de chauffe, il part à toute vitesse.

Mériale acquiesce tandis que Zaël demande.

- Voulez-vous qu'on vous aide demain ? On peut suspendre l'abattage des troncs le temps de faire une bonne réserve pour le poêle. Qu'en dites-vous ?

Lizzy secoue la tête.

- Non, non, cela va vous retarder. On va se débrouiller.

Mériale lève la main pour interrompre son amie.

- Attends, Liz, peut-être vaudrait-il mieux que nos hommes nous aident demain. Ramassez du bois sera moins dur que de couper des troncs et cela permettra à leurs plaies de cicatriser complètement.

Liz réfléchit une seconde avant d'approuver.

- Tu as raison, faisons comme ça, c'est mieux.

Phil approuve à son tour.

- Oui, à nous quatre, si on passe la journée à ramassez du bois, on va pouvoir faire une bonne réserve et être tranquille un moment.

Fort de cette décision, ils partent tous se coucher. Assommé de fatigue, ils sombrent bien vite pour un nuit de repos bien méritée...


(à suivre. :))

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MessageMessage posté...: Mar 14 Juil 2020, 23:09 
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La journée est épuisante. Ramasser du bois et le ramener à la maison prend aux jeunes couples une demi-journée. Le reste du temps, ils coupent les branches en morceaux capables d'entrer dans le poêle et les mettent en tas soit sur le côté de la demeure, soit directement près du poêle, prêt à servir. Lorsque la nuit tombe, la pile de bois est conséquente et permettra de tenir plusieurs jours sans souci. Content d'eux, ils dînent rapidement avant de partir se coucher.

Le lendemain, Phil et Zaël se remettent à la coupe des troncs d'arbres tandis que les femmes font la lessive et nettoient la maison. L'après-midi, elles partent toutes les deux sur la plage. Elles réussissent à ramener une grosse portion de moules et quelques couteaux qu'elles préparent aussitôt pour le repas du soir. Quelques asperges viennent agrémentées les coquillages et le repas se termine sur des tranches de biscuits secs trempés dans du thé. La soirée est silencieuse...La fatigue commence à sérieusement se faire sentir et les douleurs dues aux courbatures et petites plaies accentuent le sentiment d'épuisement. Mériale pousse un soupir et Phil la regarde, incertain. Il hésite une seconde avant de se lancer.


- Je ne sais pas pour vous mais moi, je me sens vidé ! Pas seulement à cause de la fatigue de la journée, je veux dire...

Il ne continue pas, ne voulant pas dire tout haut sa pensée qu'il sait négative. Zaël sourit et hoche la tête.

- Je comprend ce que tu veux dire, Phil, mais ne te décourage pas. Je viens d'une famille de paysans et je sais combien la vie est difficile lorsque l'on est fermier.

Phil cligne des yeux, interloqué.

- Toi, tu viens de la ferme ? Mais...tu n'en avais jamais parlé avant. Je te croyais né à Marsembre.

Le génasi glousse avant de secouer la tête.

- Non, ma mère est venue s'installer près de sa sœur et de son beau-frère lorsque mon père est mort, emporté par une maladie. Je devais avoir dans les 8 ans par là.

Mériale remet quelques morceaux de bois dans le poêle avant de demander.

- Tu savais combien cela allait être dur, alors ?

Zaël approuve.

- Oui, Méri, et je vous l'ai dit.

Il lève la main pour faire taire la jeune femme qui allait répliquer.

- Je sais ce que tu vas dire. J'aurais pu l'annoncer de façon plus franche mais à quoi bon ? Sincèrement, cela vous aurait-il empêché de poursuivre notre projet commun ?

Mériale réfléchit un peu puis fini par secouer la tête.

- Non, tu as raison. Mais j'aurais aimé que tu nous le dises tout de même pour que...pour qu'on se prépare un peu mieux.

Lizzy ajoute.

- Oui, qu'on puisse se blinder moralement pour tenir le coup. Tu vois, mon chéri, là, j'ai l'impression qu'on n'avance pas. On survit mais c'est tout.

Zaël soupire et reprend.

- Et cela va durer un bon moment.

Phil lève le pouce.

- Tu as l'art et la manière de remonter le moral des troupes, mon ami.

Le génasi sourit, amusé, avant de hausser les épaules.

- Je sais, mais puisque vous voulez la vérité la voilà : Cela va être très dur car vous vous imaginiez que cela se ferait en deux temps trois mouvements et qu'en quelques jours on aurait nos fermes construites et nos récoltes prêtes à nous offrir tout ce dont nous rêvions. Hélas, c'est juste un joli rêve et la réalité est toute autre. Les journées vont se ressembler et être comme celle-ci, exténuantes et peu productives.

Les jeunes gens baissent la tête, accablés. Zaêl poursuit.

- Mais ne désespérez pas. Petit à petit, les choses vont se faire mais elles se feront juste un peu plus lentement que ce dont vous aviez rêvé. Qu'importe, nous allons faire face, vous verrez ! Nous allons construire nos longères, puis ensuite, les granges et les étables. Les champs et les potagers/vergers ainsi que l'achat de bêtes suivront. Et si, comme aujourd'hui, vous sentez une baisse de moral et trop de fatigue, alors nous prendrons quelques jours pour nous reposer. Ayez foi en vous, mes amis, comme moi j'ai confiance en votre détermination.

Il montre le sol.

- C'est notre terre ! Notre chez nous et nous n'en aurons pas d'autres. Alors, on va bichonner ce lieu avec tout ce qu'on a dans les tripes.

Il sourit, une lueur confiante dans le regard et tous sourient en le voyant ainsi. Ils acquiescent tous et reprennent courage. Le génasi a réussi à raviver la petite flamme de l'âme de ses amis mais pour combien de temps ? Il continue à sourire et à leur montrer un visage plein de confiance qu'il est loin de ressentir. Il sait qu'il y aura d'autres moments de doute et d'abattement et il s'y était préparé mais jamais il n'aurait cru qu'ils arriveraient si vite. Lorsque tous partent se coucher, ils sont regonflés à bloc, prêts à affronter les journées de dur labeur qui les attendent. Dans le silence de la nuit, Zaêl prie pour que ses amis ne craquent pas, ni moralement, ni physiquement.

(A suivre :))

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MessageMessage posté...: Mer 15 Juil 2020, 13:41 
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Le lendemain matin, un manteau blanc recouvre le sol jusqu'à perte de vue. La nuit a apporté la neige et un froid encore plus mordant. Les quatre amis grimacent car cela veux dire encore plus d'efforts à fournir et encore plus de fatigue. Malgré cela, les hommes partent couper des arbres tandis que les femmes préfèrent se rendre aux abords de la forêt afin de poser des collets et cueillir quelques racines pour agrémenter les repas. Alors qu'ils sont à leur ouvrage depuis une bonne heure et demi, Phil et Zaêl voient arriver vers eux un vieil homme emmitouflé dans un manteau de fourrures ne datant pas de la veille. Il porte une capuche, en fourrure également, qu'il abaisse pour laisser voir son apparence.

Son visage est mangé par une barbe grisonnante hirsute et des sourcils fournis assortis. Son regard vert est froid et montre de la colère, ce qui n'augure rien de très positif dans l'échange qui est à venir. En effet, la voix bourrue du vieillard n'a rien d'agréable lorsqu'il se met à parler. Elle est agressive tout comme son attitude. Il pointe son doigt sur eux avant de déclarer avec colère.


- Où vous croyez-vous donc pour détruire ainsi la flore de cette forêt, jeunes blanc-bec ?

Il montre les alentours d'un grand geste du bras.

- Ce lieu ne vous appartient pas et vous n'avez aucun droit d'agir comme vous le faite ! Cessez immédiatement et n'y revenez plus !!

Phil, déjà fatigué, se hérisse aussitôt.

- Non mais oh, vous vous prenez pour qui, grand-père, pour nous parler comme ça ? Elle est à tout le monde cette forêt et on fait ce qu'on veut !

Zaêl tente d'apaiser son ami.

- Attends Phil, ne t'énerve pas. Ce vi...

Phil ne le laisse pas poursuivre et réplique.

- Attendre quoi ? On va pas se laisser marcher sur les pieds par un vieil ermite décati, non ? Allez ouste, papy, laissez-nous travaille tranquille ou il vous en cuira.

Zaêl écarquille les yeux devant l'irrespect du jeune homme et regarde le vieil homme d'un air inquiet. Il tente encore d'apaiser les choses.

- Pardonnez mon ami, la fatigue le rend irascible. Nous pourrions reprendre les choses du début, si vous le voulez bien, en tâchant de rester courtois les uns envers les autres, vous ne croyez pas ?

L'attitude respectueuse du génasi irrite Phil qui hausse le ton.

- Mais ça va pas ? Tu veux t'écraser devant ce vieux débris ? Certainement pas, je...

Il n'a pas le temps de finir sa phrase que le vieil homme en question lève le bras, paume en avant. La végétation tout autour d'eux semble frémir avant de foncer sur eux. Les racines des buissons percent le sol, pourtant gelé, et viennent s'entortiller autour de leurs chevilles. Elles tirent vers le bas, obligeant les deux hommes à s'agenouiller. Elles viennent emprisonner leurs bras et leurs poignets tandis que le vieil homme approche, un sourire goguenard aux lèvres.

- Que disiez-vous à propos d'un "vieux débris" ?

Il ricane avant de poursuivre, menaçant.

- Je vous ai surveillé depuis votre arrivée. vous n'avez aucun respect de ce qui vous entoure. Pas un regard pour la nature que vous détruisez, pas même une offrande à Sylvanus. Rien ! Vous arrivez ici et vous vous appropriez les lieux comme si vous étiez les maîtres du monde. Vous avez tord et vous allez vous en rendre compte rapidement !

Il montre la forêt.

- Je suis le gardien de la forêt et je vous interdis dorénavant d'y pénétrer. Je me montre clément pour cette fois mais c'est la dernière fois.

Phil, fou de rage de se voir humilier ainsi invective le vieillard. Un autre mouvement de la main du druide et les racines viennent s'enrouler autour de la tête du jeune homme et l'empêcher de parler. Il s'éloigne et laisse là les deux prisonniers, bien incapable de se dépêtrer de leurs liens. Quelques minutes se passent avant que les racines ne reprennent leur place et libèrent les deux amis. Zaêl se relève et fusille Phil du regard.

- J'espère que tu es content de toi ? Ta réaction va avoir des conséquences catastrophiques pour nous tous.

Phil se renfrogne.

- On ne va pas se laisser marcher sur les pieds par un vieux druide décati et sans défense, quand même. La forêt est à tous et pas seulement à lui.

Zaêl secoue la tête.

- Ce vieux décati, comme tu dis, vient de nous immobiliser tous les deux en une seconde et sans arme qui plus est. Alors, tu repasseras pour ce qui est du petit vieux sans défense. Tu veux vraiment te confronter à lui ? On est pas de taille, Phil !

Le jeune homme explose.

- Mais non d'un gobelin, il est hors de question qu'on s'écrase face à ce vieux schnock ! On est pas venu jusqu'ici pour se voir spolier de nos droits les plus élémentaires à cause de ce que veux messire le roi du monde ! Non, non et non, pas question !! On va se battre pour notre bien, tu l'as dis toi-même hier soir.

Zaêl serre les poings.

- Ce n'est pas notre bien, Phil !

Le jeune homme fronce les sourcils.

- Quoi ?

Le génasi réplique.

- Ce n'est pas notre terre...La forêt n'a jamais été notre terre. Notre terre est là !

Il désigne le vaste terrain où se trouve leur maison commune.

- Elle est là et pas ici ! C'est un druide, Phil, un gardien de la nature. Nous l'avons offensé et nous nous sommes mal conduits vis à vis de la flore environnante. Il faut que l'on répare notre erreur et vite si on veut pouvoir continuer à vivre tranquillement.

Phil écarquille les yeux.

- Tu...Tu es sérieux, là ?

Le regard dur du génasi prouve qu'il l'est, en effet.

- Très sérieux. Tu dois apprendre qu'ici nous ne sommes plus en ville et que tu ne peux agresser verbalement quelqu'un et en rester là, sans avoir de représailles. Ce druide va nous faire la misère si on ne va pas le voir pour s'excuser.

Phil crache sur le sol, furieux.

- Il n'en est pas question ! Je ne m'écraserais pas devant lui. On va continuer à couper les troncs et on...

Zaêl prend ses affaires et tourne le dos à son ami avant de partir. Phil l'interpelle.

- Mais...qu'est ce que tu fais, bon sang ?

Sans se retourner ni cesser de marcher, le génasi lui répond.

- Si tu veux te confronter à lui, ne te gène pas. Tant que tu agiras ainsi, je ne t'accompagnerais pas et je ne te soutiendrais pas. Quand tu en auras assez de t'en prendre plein la tête et si le druide a la bonté de te laisser vivant, viens me voir !

Phil bouillonne de rage tandis que son ami repart vers la maison. Il secoue la tête.

- Qu'il aille au diable avec ses bons sentiments. Ce ne sont pas eux qui nous nourriront ou nous ferons un toit sur la tête. Je vais m'occuper de ce vieux débris et vite fait, en plus.

Fort de cette pensée bravache, il regarde le passage qu'a emprunté le druide et s'y engage, la hache à la main, prêt à en découdre...

(à suivre :))

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MessageMessage posté...: Sam 18 Juil 2020, 00:52 
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Inconscientes de ce qui vient de se passer avec leurs époux respectifs, Mériale et Lizzy fouillent le moindre recoin des abords de la forêt pour dénicher des racines et des plantes résistantes au froid. Il y en a peu, hélas, et leur panier ne se remplit pas bien vite. Au détour d'un petit chemin qui longe l'orée des bois, elles découvrent toutefois quelques feuilles de bardane qui dépassent du manteau neigeux. Mériale époussette avec précaution la neige pour dégager les plantes et sourit.

- Tymora soit louée, voilà de quoi nous régaler.

Lizzy se penche et regarde avec attention.

- Qu'est ce que c'est ?

Mériale secoue la tête et répond, une touche amusée dans la voix.

- Je savais bien que tu aurais dû passer plus de temps à la bibliothèque du temple d'Oghma, ma belle.

Lizzy fait la moue.

- Pfff, je m'ennuyais à écouter le vieux Rabaldan.

Mériale glousse.

- Et pourtant, il a été un excellent professeur pour nous apprendre tout ce qu'il nous fallait savoir sur les plantes comestibles ou non.

Elle désigne les plantes libérées de leur carcan de neige.

- C'est de la bardane. Sa racine est très bonne une fois grattée et nettoyée. Cuite, elle a le gout de l'artichaut.

Mériale observe bien les plantes et choisit celles qui lui paraissent les plus âgées.

- Tu vois, je prend les plus anciennes pour laisser aux plus jeunes le temps de pousser et de croître. Comme ça, nous pourrons en reprendre régulièrement, du moins tant que nous n'aurons pas nos propres légumes cultivés.

Une fois leur cueillette faite, Mériale remet la neige autour des plantes. Intriguée, Lizzy lui demande.

- Pourquoi remets-tu la neige ?

- Pour éviter qu'elles gèlent au cas où la température baisserait encore. La neige peut les protéger un peu donc autant les aider si on le peut, tu ne crois pas ?

Lizzy hausse les épaules.

- Si tu le dis...

Un peu plus loin, elles trouvent aussi quelques bourses à pasteur, des plantes qui ressemblent à du pissenlit et en prennent quelque-unes. Enfin, elles cueillent quelques fruits trouvés sur un prunelier. Lizzy goûte une prunelle et la recrache aussitôt.

- Pouah, c'est amer. Beurk !!

Mériale pouffe de rire avant de montrer les prunelles dans le panier.

- Elles en sont pas destinées à être manger crues, Liz. Elles vont nous servir pour faire des confitures ou même quelques bouteilles d'alcool.

Liz hausse un sourcil.

- De l'alcool ?

Mériale acquiesce.

- Mais oui, de la liqueur de prune !

Liz sourit.

- Ohhh voilà une excellente idée. On continue ?

Mériale secoue la tête.

- Non, on a fini pour aujourd'hui. tu sais, il faut faire attention à ne pas trop prendre pour que la nature ai le temps de se régénérer. Ainsi, elle peut continuer à vivre et nous offrir de quoi vivre également.

Liz approuve.

- Tu es sage, mon amie.

Une voix se fait alors entendre, venant de la forêt.

- en effet !

Les deux jeunes femmes sursautent vivement et regardent un vieil homme vêtu d'un manteau de fourrure bien abîmé sortir des bosquets. Il leur sourit brièvement avant de se présenter.

- Je suis Sylasse, le druide, gardien de la forêt.

Mériale s'incline avec déférence face au vieillard.

- Je suis Mériale et voici mon ami Lizzy. J'espère que nous ne vous avons pas dérangé ?

Le druide secoue la tête.

- Pas le moins du monde. continuez à vous montrez respectueuse de la nature, mes enfants, et elle vous le rendra toujours, vous verrez. Que Sylvanus vous bénisse.

Il se tourne et repart dans la forêt aussi silencieusement qu'il est arrivé. Lizzy le regarde disparaitre à travers les branchages et les bosquets.

- Étrange vieillard.

Mériale lui tapote l'épaule.

- Comme tous les druides, je suppose. Allez viens, rentrons. Je commence à être transit de froid !

Pendant que les deux jeunes femmes prennent le chemin de leur maison, dans la forêt Phil suit le sentier de plus en plus étroit qu'a emprunté le vieil homme. Au bout d'une bonne heure de marche, les arbres s'éclaircissent et laisse apparaitre une petite clairière dont le fond monte pour se transformer en butte verdoyante agrémentée de rochers. Une cascade miniature glougloute et vient se jeter dans un ruisseau qui serpente et va se perdre entre les arbres de la forêt. Près de la cascade, la butte s'ouvre sur une entrée de grotte où une porte de bois a été aménagée grossièrement. En haut de la butte, une petite cheminée de pierre laisse s'envoler un filet de fumée. Phil sourit.

- voilà l'antre du vieux.

Un simple pas dans la clairière et il entend aussitôt un grognement sur sa droite et sur sa gauche, suivi par d'autres. Il se crispe en voyant sortir des loups aux poils hérissés de derrière les arbres et les buissons. Quatre, cinq, six loups de belle taille s'approchent de lui, menaçants. Phil raffermit sa prise sur le manche de sa hache tout en frissonnant. Les claquements de mâchoires lui font regretter de s'être aventurer seul jusqu'ici. Il lève sa hache en voyant l'un des loup bondir sur lui. A sa grande surprise, l'animal dévie pour atterrir à quelques mètres de là tandis que de puissantes pattes le percutent du côté opposé à celui qu'il regarde.
Il comprend, trop tard, la stratégie du leurre dont il vient d'être la victime et écarquille les yeux de stupeur.

°° Mais comment ils ont pu élaborés ce plan d'attaque ? Ce ne sont que des animaux ? °°

Il s'écrase au sol, le poids du loup sur lui, et lâche sa hache dans sa chute.

- Damnation !!

La gueule du loup s'approche de sa gorge et, à son grand désespoir, il reste tétanisé.

°° Mais bouge, bon sang, bouge !! °°

Il a beau se motiver, rien n'y fait, la peur le paralyse. La bave du loup dégouline sur sa peau et il sent l'haleine chaude et douceâtre de la bête qui souffle sur son visage. Il a envie de pleurer face à son impuissance et il pense à sa femme.

°° Méri..pardon mon amour, ma stupidité va faire de toi une veuve. Zaêl, tu avais raison, je ne suis qu'un imbécile qui va mourir bouffé par des loups... °°

Une larme coule sur sa joue et la gueule du loup s'en approche. Phil ferme les yeux, ne voulant pas voir ce qui va suivre. Il sursaute vivement en sentant la langue de la bête lécher sa larme. Il se crispe, attendant la mort...mais rien ne vient. Au bout de quelques secondes, il sent la pression sur lui s'interrompre et il ouvre les yeux. Le loup a sauté sur le côté et recule tandis que ses congénères s'écartent pour laisser passer le vieux druide.

- Stupide crétin, tu mériterais que je laisse mes amis loups te bouffer jusqu'à ce qu'il ne reste même pas des os de toi !

Phil tremble de tous ses membres face à cet homme qu'il a si mal jugé. Il le croyait facile à vaincre vu son grand âge, quelle erreur ! Le druide pointe un doigt vers lui.

- y en a t-il d'autres avec toi et ton ami ? Et ne t'avises pas de me mentir.

Phil hoche la tête et répond d'une voix geignarde qui le remplit de honte.

- Ou...oui, il y a nos femmes, Lizzy et Mériale.

Alors que le doigt du vieil homme commence à briller d'une lumière verte, il referme sa main et arrête ce qu'il s’apprêtait à faire. Il fronce les sourcils, semble réfléchir puis pousse un soupir avant de s'approcher. Il se penche vers le jeune homme toujours au sol et déclare.

- Rentres chez toi, crétin, et remercie ta jeune épouse qui vient de te sauver la vie ! Respecte la nature comme elle la respecte ou ta prochaine incartade sera la dernière. Maintenant ouste, déguerpit !

Phil se fait violence et use de toute sa volonté pour atténuer sa frayeur. Il réussit à bouger, à se mettre debout et fait volte-face avant de prendre ses jambes à son cou. Il court ainsi jusqu'à l'orée de la forêt, retrouvant le sentier qui mène à sa maison. Il se rend compte alors qu'il a oublié sa hache et se tape le front.

- Nom d'un gobelin, ma hache.

Un grondement derrière lui et il pousse un petit cri d'effroi avant de se retourner. Le loup qui lui a sauté dessus est là. Il le regarde de ses yeux jaunes et lâche la hache qu'il avait dans sa gueule. L'objet, une fois lâché, la bête s'en retourne en galopant vers les profondeurs de la forêt. Phil ramasse sa hache et repart vers chez lui. Il fait quelques pas avant de tomber à genoux et se met à pleurer comme un enfant. Il lui faut quelques minutes pour se reprendre. Lorsqu'il se remet debout, il a honte de lui, se déteste de s'être montrer si faible, si piteux.

°° Une loque, voilà ce que je suis. °°

Il est en colère contre lui-même mais encore plus contre le vieux druide qu'il hait de tout son cœur. Il serre le manche de sa hache à s'en faire pâlir les articulations et marche d'un pas décidé.

°° Il me le paiera...Je ne sais pas encore comment mais il me le paiera ! °°


(à suivre :))

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 Sujet du message: Re: [Récit] Une vie de paysan.
MessageMessage posté...: Lun 20 Juil 2020, 13:31 
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Lorsqu'il entre dans la maison, Zaêl est là, assis autour de la table avec Mériale et Lizzy. Mériale pousse un petit cri, se lève et vient se blottir dans les bras de son époux.

- Tymora soit louée, tu es sain et sauf ! Zaêl nous a expliqué votre rencontre avec le druide...J'étais si inquiète !

Phil repousse sa femme doucement et la regarde, les sourcils froncés.

- Oui et j'ai appris que vous aussi, vous l'aviez rencontré...

Mériale cligne des yeux en apercevant le reproche dans le regard de son époux. Elle ne comprend pas et lui demande.

- Pourquoi ai-je l'impression que tu me le reproches ?

Phil explique alors ce qui s'est passé, montrant de plus en plus sa rancœur vis à vis du vieux druide. Son récit terminé, Mériale met les poings sur ses hanches.

- Et tu me regardes comme si j'étais responsable ? Tu devrais plutôt me remercier, Phil, sans notre rencontre avec le druide, tu ne serais plus là pour nous conter ta mésaventure.

Le jeune homme lance un regard noir à sa femme.

- Ne te donne pas plus d'importance que tu n'en as en réalité, femme. Le vieux débris a saisit l'excuse de votre rencontre pour arrêter là sa détestable leçon de vie. Mais je ne suis pas dupe, il ne cherchait qu'à m'humilier et à nous dicter sa loi. Cela ne se passera pas comme ça.

Mériale se hérisse et réplique, cinglante.

- Non mais tu t'entends parler ? Tu crois parler à ta bonniche ? Je suis ta femme, Phil, pas une employée qui dois s'écraser devant son patron et lui servir à faire le ménage et à manger.

Elle bouge le doigt vers lui, piquée au vif.

- Cet incident, tu ne le dois qu'à toi et à toi seul ! Si tu avais été plus respectueux vis à vis de ce vieil homme, nous n'en serions pas là. A cause de ta bétise...

Phil ouvre la bouche pour répliquer mais Mériale lui coupe aussitôt la parole.

- Oui, ta bétise et celle de personne d'autre, nous allons avoir du retard dans notre projet. Il va falloir aller voir le druide et parlementer avec lui pour qu'il accepte de nous laisser prendre du bois.

Phil serre les poings mais alors qu'il tente un nouvelle fois de parler, c'est Zaêl qui l'en empêche.

- Méri a raison, Phil, et tu dois être celui qui va aller voir le druide. C'est toi qui nous a mis dans cette situation et c'est à toi de nous en sortir.

Le jeune homme fulmine mais face aux regards des trois autres qui lui montrent qu'il n'aura pas gain de cause, il cède de très mauvaise grâce. Il répond d'une voix glaciale.

- Soit, j'irais demain matin le voir.

Sans en dire plus, il sort et va fumer une pipe pour calmer sa fureur. Il rumine sa colère vis à vis de sa femme et de ses amis mais c'est surtout contre le druide que vont tous ses griefs.

°° Ce vieil imbécile ne fera que nous enquiquiner et je suis certain que le moindre prétexte sera pour lui l'occasion de nous empêcher de mener notre projet à bien. °°

Plus le temps passe et plus un noir dessein se met en place dans l'esprit du jeune homme. Tard dans la nuit, alors que les autres se sont couchés et dorment, il grignote un morceau avant de les rejoindre. Le sommeil lui amène de sombres rêves de vengeance et de féroces réprimandes face à ceux qui l'ont humiliés...

Le lendemain matin, Phil, reste silencieux. Buté, il ne répond ni à sa femme ni à ses amis et engloutit son petit déjeuner avant de se lever et de sortir. Zaêl le regarde partir vers la forêt avec un soupir.

- Il est en colère mais c'est ce qu'il faut qu'il fasse si nous voulons repartir sur de bonnes bases.

Mériale regarde son époux et secoue la tête, inquiète.

- Je ne l'avais jamais vu aussi remonté contre nous, Zaêl. J'espère juste qu'il ne va pas empirer les choses.

Lizzy vient poser sa main sur l'épaule de son amie.

- Mais non, Méri, ne t'inquiète pas. Il est en colère c'est vrai mais il a bien compris que notre survie ici passait par notre bonne entente avec le druide. Il va tout arranger, tu vas voir...

Phil retourne à la clairière du druide et s'arrête, un instant, devant la petite étendue herbeuse qui le sépare de l'entrée de la grotte-habitation du vieil homme. Il regarde bien partout pour être certain de ne pas voir apparaitre les loups ou d'autres animaux qui pourraient lui faire du mal. Ne voyant rien de suspect, il s'engage dans la clairière et approche silencieusement de la porte du logis druidique. Il tend l'oreille et entend un ronflement sonore à l'intérieur. Avec un petit sourire, il ouvre délicatement la porte, prenant bien garde de ne pas la faire grincer. Il entre et prend une seconde pour laisser à ses yeux le temps de s'habituer à la pénombre environnante.

°° Pas de bestioles à l'horizon, c'est parfait ! °°

Lentement, il sort de sous sa chemise une dague et s'approche du vieil homme ronflant. Ce dernier dort sur le dos et c'est ce qui signe son arrêt de mort. Phil n'hésite pas, il ne voit devant ses yeux que l'objet de sa haine et laisse libre court à sa hargne et son envie de vengeance. Il plonge sa dague dans le cou de sa victime une première fois. Le pauvre vieillard se réveille en sursaut mais ne peux plus crier, sa gorge ayant été ravagée par la lame. Phil n'attend pas et frappe à nouveau, au cœur, plusieurs fois. Il s'acharne sur le vieux corps déjà sans vie. Il frappe, frappe, et frappe encore, déversant sa colère, sa haine tout en savourant de venger l'humiliation dont il a été la victime.

Enfin, au bout de plusieurs minutes, il s'arrête, reprend son souffle et commence à entendre à nouveau. Il se rend compte que durant son attaque, ses oreilles se sont mises à bourdonner et qu'il n'entendait plus rien d'autre qu'une sorte de sifflement. Une odeur de sang baigne les lieux et vient agresser son odorat. Il fronce le nez et baisse les yeux. Ce qu'il voit le terrifie littéralement. Il se tétanise devant le corps martyrisé du vieil homme. Il regarde ses mains, couvertes de sang, et lâche sa dague. Il se redresse et s'enfuit, éperdu, dans la forêt.

°° Qu'est ce que j'ai fais ? Dieux, qu'ai je fais ? Meurtrier, je suis un meurtrier ! °°

Son pied accroche une racine et il trébuche avant de s'étaler de tout son long sur le sol gelé. Il reste ainsi, hébété, durant de longues minutes avant de réaliser qu'il est couvert de sang. La peur vient alors remplacée l'hébétude. Que va t-il se passer si les autres le voient arriver ainsi ? Il se force à réfléchir et surtout à se concentrer. Il fini par entendre, au loin, la petite rivière qui passe près de la maison et se dirige vers elle. Malgré le froid mordant, il se déshabille entièrement et plonge dans l'eau glacée. Il prend ensuite ses vêtements et les frotte pour enlever les traces de sang. Lorsqu'il ressort, il est frigorifié. Il remet ses vêtements trempés en grelotant et retourne rapidement vers les autres.

Lorsqu'il entre, trempé de la tête aux pieds, Mériale pousse un cri d'effroi et fonce vers lui. Sans attendre, elle l'aide à se dévêtir et à se mettre devant le poêle. Lizzy apporte des couvertures chaudes qu'elle pose sur ses épaules tandis que Zaêl lui prépare un thé bien chaud.
Durant ce laps de temps, tous lui posent la même question. Que lui est-il arrivé ? Il ferme son esprit à leur paroles et tente de mettre en place une explication plausible. Enfin, après avoir bu une tasse entière de thé brûlant et pendant que Zaêl lui en ressert une, il se met à parler.


- Je...Je suis arrivé chez le druide et je lui ai présenté mes excuses. Je lui ai dit combien j'avais été stupide et...et prétentieux. Je lui ai demandé de me laisser une seconde chance de lui prouver que j'avais compris la leçon et que je respecterais la forêt dorénavant.

Il prend quelques gorgées de thé et reprend.

- Je lui ai dit que si nous n'étions pas sûr d'une décision concernant la nature, nous viendrions le voir pour lui en parler et pour suivre ses conseils avisés. Il a accepté mes excuses et nous a autorisé à utiliser les ressources de la forêt de façon plus responsable.

Il baisse la tête.

- Cela a été dur pour moi de...de reconnaitre mes erreurs mais il le fallait pour notre bien à tous !

Mériale et Lizzy félicitent Phil pour le courage qu'il a montré à aller reconnaitre ses fautes et d'en demander le pardon mais pas Zaêl. Le génasi sourit néanmoins mais son regard reste insondable. Phil se demande aussitôt si son ami le croit ou non. Il s'approche et tapote amicalement l'épaule du jeune homme.

- Remets-toi, mon ami, tu as bien fait et dorénavant nous n'auront plus à craindre l'ire du druide.

Rassuré, Phil sourit à son tour. Il se laisse dorloter par les deux jeunes femmes et ne voit pas Zaêl qui regarde dehors. Le regard du génasi montre ce qu'il cachait une seconde plus tôt : le soupçon...

(à suivre :))

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 Sujet du message: Re: [Récit] Une vie de paysan.
MessageMessage posté...: Mar 21 Juil 2020, 10:43 
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La routine reprend pour les quatre amis. Phil et Zaêl sont de retour dans la forêt et coupent du bois. Le génasi prend soin de bien choisir les arbres qu'ils vont abattre, ce qui fini par agacer son comparse.

- On perd du temps, là, à passer d'arbres en arbres.

Le génasi continue à inspecter le tronc d'un vénérable pin tout en lui répondant.

- Il faut bien que nous choisissions avec soin les arbres que l'on va prendre.

Phil se renfrogne.

- Pfff, ça sert à rien !

Zaêl fait durer son inspection du tronc.

- Si on choisit mal, on risque de se prendre les reproches du druide.

Phil lève les yeux au ciel devant la lenteur de son ami.

- Ça, ça risque plus d'arriver.

Le génasi se retourne et pose sur son ami un regard perçant.

- Ah oui ? Et comment peux-tu être aussi catégorique ?

Phil se rend compte de sa gaffe et reste une petite seconde tétanisé avant de se reprendre.

- Eh bien, nos différents étant réglés, il n'y a plus de raison qu'il vienne nous mettre des bâtons dans les roues...C'est ce que je voulais dire.

Il sourit à son ami mais se crispe en voyant le regard de ce dernier rester rivé sur lui. Le génasi continue de le fixer sans rien dire et Phil s'en agace.

- Quoi ? qu'est ce que tu as à me regarder comme ça ?

Zaêl se rapproche et s'arrête à quelques centimètres de son ami.

- Phil...Qu'as-tu fais ?

Le jeune homme feint l'incompréhension.

- Je ne te suis pas. De quoi tu parles ?

Le génasi ne lâche pas Phil des yeux.

- Tu sais parfaitement de quoi je parle. Tu as peut-être réussi à abuser nos femmes mais pas moi. Je te le demande une nouvelle fois, qu'as-tu fais au druide ?

Phil sent des gouttes de sueur perlées le long de sa colonne vertébrale. Il se redresse et fait face à son ami.

- Mais enfin tu débloques ! Je n'ai rien fais au druide à part lui présenter mes excuses et lui dire que nous ferons attention à la nature.

Zaêl montre les arbres autour d'eux.

- Alors pourquoi tu t'agaces du temps que l'on prend pour examiner les troncs ? Tu veux vraiment que le druide se fâche parce qu'on aura fait n'importe quoi ? Tu as l'air de t'en moquer comme si cela n'avait aucune importance.

Phil lève la main pour apaiser son ami.

- C'est vrai, tu as raison. Je dois t'avouer que même si j'ai été m’aplatir devant le druide, je n'en ressent pas moins toujours beaucoup de ressentiment vis à vis de lui et j'ai encore du mal à vouloir lui obéir.

Il baisse la tête, l'air contrit. Zaêl reste encore quelques secondes à le fixer avant de hocher la tête et de reprendre son activité.

- D'accord, je peux comprendre ta frustration mais il faut se tenir à notre promesse de faire les choses comme il faut. Allez, on s'y remet.

Phil soupire discrètement. Il faut impérativement qu'il se surveille pour éviter d'éveiller les soupçons de son ami ou même des femmes.

°° Pour le moment, ils me croient, mais au moindre faux pas de ma part, ils se poseront des questions et voudront certainement vérifier que le druide va bien. °°

En repensant au druide, il se rend compte soudain qu'il a laissé sa dague dans la cahute du vieil homme et se tétanise à nouveau.

°° Ma dague, nom d'un gobelin ! °°

Tandis qu'ils font leur journée de labeur, Phil rumine sur sa bêtise d'avoir laissé son arme sur place. Le soir venu, les troncs d'arbres ont été ramenés à la maison et stockés pour plus tard. Les femmes expliquent qu'elles ont fait une offrande à Valkur et que ce dernier les a bénis car elles ont réussis à pêcher quatre bars de belle taille qu'ils dégustent en ce moment même. Phil donne le change, se fait gaie et sociable tandis que ses pensées volent vers la cabane du druide. Enfin, après une bonne tasse de thé, ils partent tous se coucher. Phil attend un bon moment pour être certain que les autres dorment à poings fermés et se relève silencieusement. Il se rhabille, prend une pelle avec lui et sa hache et part vers la forêt.

Retrouver le sentier et le suivre de nuit est compliqué mais il persévère et réussit à se rendre à la clairière. Les lieux sont déserts et Phil approche de la maison-grotte la hache à la main. Les choses ont changé depuis la mort du vieil homme. La neige a recouvert l'herbe verdoyante des lieux et l'air y est redevenu aussi froid qu'ailleurs.

°° Sa mort a interrompu la magie qui maintenait ce lieu sous des conditions climatiques plus clémentes, semble t-il. °°

Il se crispe en voyant les nombreuses traces de pattes dans la neige. Elles viennent de la forêt, se rendent jusqu'à la cabane et repartent ensuite. Sa hache en main, il avance, sur ses gardes, au cas où un animal serait encore présent mais rien ne bouge. A l'intérieur de la cabane, l'odeur de sang est toujours aussi forte et le corps n'a pas bougé. Phil se détend et se rend compte qu’inconsciemment il avait peur que le druide ne soit revenu d'entre les morts.
Il sourit de sa sottise et regarde le sol terreux.

- Parfait !

Il se déshabille entièrement, lutte contre la sensation de froid qui l'envahit aussitôt et se met au travail. Il saisit le lit où gît le corps et le déplace au milieu de la grotte avant de retourner à l'emplacement où il se trouvait. Il se met à creuser un trou qu'il fait suffisamment profond afin d'y jeter le corps du vieil homme, sa couverture épaisse et son matelas, mélange de fourrage et de mousse. Une fois cela fait, il rebouche le trou, piétine la terre pour la tasser au maximum et replace le lit au-dessus pour cacher son forfait. Il fouille le logis spartiate et fini par y dénicher ce qu'il cherche : de la toile grossière, du fourrage et une couverture. Avec soin, il confectionne un matelas de fortune, le pose sur le lit et s'y allonge quelques minutes pour lui donner une forme moins "neuve". Une fois relevé, il installe la couverture de fourrure qu'il froisse un peu pour montrer que le lit a été refait à la va-vite.

°° Très bien, on dirait que le vieux débris était ici à dormir il y a encore une minute. C'est parfait ! °°

Il balaye rapidement les brindilles, échappées du fourrage ayant servi à confectionner le matelas, et sort les jeter dans le ruisseau. Il claque de dents mais se lave néanmoins à l'eau glaciale pour retirer toutes traces de son forfait. Enfin, il se rhabille, vérifie que tout est en ordre, récupère sa dague et s'en retourne rapidement. Le jour n'est pas loin de se lever lorsqu'il rentre pour se glisser discrètement dans le lit conjugal. A peine une heure et demi plus tard, Mériale le réveille ainsi que la bonne odeur de lard grillé. Terrassé de fatigue, il se lève et vient déjeuner avec les autres. La journée va être dure pour lui mais il est content car il a effacer ce qu'il a fait.

°° Plus personne ne pourra remonter jusqu'à moi maintenant. °°

Fort de cette pensée qui le rassure, il accompagne son ami dans la forêt pour une nouvelle journée de bucheronnage sans voir les yeux jaunes qui les surveillent à travers les buissons. Les yeux jaunes d'un loup qui sait, lui, ce qui s'est passé, et n'a pas l'intention de laissé le meurtre du protecteur de la forêt impuni. Le soleil se couche lorsque la bête gagne la clairière du druide. Celle-ci est pleine d'animaux qui d'ordinaire ne se tiendraient pas ainsi, si proches les uns des autres. Mais l'appel d'Akela était si pressant que tous ont fait une trêve pour se retrouver ici. Le loup monte sur un rocher pour être vu et entendu de tous et se met à raconter dans le langage des bêtes.

- J'étais venu voir notre frère Sylasse comme je le fais tous les jours lorsque j'ai trouvé son corps sans vie dans sa tanière. Le sang était encore frais et l'arme l'ayant tué gisait sur le sol, abandonnée par le meurtrier. J'ai reniflé l'arme et suivi la piste de cette odeur jusqu'à la maison des deux pattes. L'assassin de notre frère Sylasse est le même deux pattes venu le voir dans la clairière, l'autre jour !

Un concert de grognements, couinements et caquètements furieux se font entendre alors. Akela patiente le temps que le tumulte se calme un peu avant de reprendre.

- Le deux-pattes doit payer pour ce qu'il a fait, nous sommes tous d'accord, mais vous savez, tout comme moi, que ces êtres sont prompts à se venger même lorsqu'ils sont coupables.

Un ours brun réplique, la voix pleine de colère.

- Alors que doit-on faire, petit frère ?

Akela retrousse les babines.

- Je vais aller jusqu'au cercle de nos frères deux-pattes et leur apprendre ce qu'il s'est passé. Eux décideront du châtiment à infliger au meurtrier.

L'ours semble satisfait, tout comme les autres animaux présents dans la clairière. toutefois, un corbeau, perché près d'Akela réplique.

- Soit, je me plie à ta sagesse, frère loup, mais si je croise le chemin de cet humain, je ne me gênerais pas pour larguer une de mes fientes sur sa tête ! En attendant le châtiment de nos frères druides, rien ne nous empêche de lui faire quelques petites misères.

Akela regarde le corbeau puis les autres animaux qui semblent tous approuvé et fini par hocher la tête.

- Soit, mais prenez garde à ne pas aller trop loin. N'oubliez pas que les deux-pattes ont une fâcheuse tendance à faire payer à tous les actes d'un seul. Que Sylvanus ne laisse pas impuni le meurtre de son fidèle serviteur.

Le loup lève la tête et ferme les yeux alors qu'un vent léger et doux comme le printemps vient balayer la clairière et les poils et plumes des bêtes présentes. Un sanglier s'exclame.

- Sylvanus t'a entendu, frère loup !

Tous se séparent alors et la trêve est rompue. Akela retourne à l'orée de la forêt et fixe de ses yeux jaunes la maison des deux-pattes.

°° Bientôt, tu seras vengé, frère Sylasse. Sylasse...mon frère, mon ami, mon père. °°

Le loup se remémore sa rencontre avec le vieux druide alors qu'il était un tout jeune louveteau. Sa mère venait d'être tuée par des chasseurs et il serait mort si le druide ne l'avait pas adopté. Son cœur saigne et il lève la tête vers la lune pour hurler son chagrin. Dans la maison, Phil et les autres sont en train de siroter une tasse de thé, après un bon repas. Tous se taisent lorsqu'ils entendent le hurlement du loup. Zaêl fronce les sourcils.


- Hmm, les loups se rapprochent. Il va falloir être vigilants.

Phil approuve.

- Oui, l'hiver est rude et ils ne doivent pas avoir grand chose à manger. Ils risquent fort de venir renifler plus souvent par chez nous.

Méri indique du doigt une fourche.

- On a de quoi les accueillir, mon chéri, ne t'inquiète pas.

Lizzy ajoute avec un sourire.

- En plus de la viande, on aura de bonnes fourrures bien chaudes si on vient à en attraper.

Tous sourient, inconscients de ce qui se prépare pour eux. Le loup aux yeux jaunes le sait, lui, et il retrousse ses babines dans un simulacre de sourire féroce avant de repartir dans les profondeurs de la forêt...

(à suivre :))

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 Sujet du message: Re: [Récit] Une vie de paysan.
MessageMessage posté...: Dim 26 Juil 2020, 01:14 
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Le lendemain matin, Zaêl et Phil retournent en forêt pour abattre d'autres arbres. La journée est particulièrement difficile pour les deux jeunes hommes qui ont à subir de nombreux désagréments. Les oiseaux se mettent subitement à être agressifs et n'hésitent pas à piquer vers eux pour leur picorer le cuir chevelu. Des écureuils et des mulots ne cessent de venir leur mordre les mollets et ils subissent deux fois des attaques de renards. Au soir, ils n'ont réussi qu'à faire un quart de ce qu'ils auraient dû faire en temps normal.

Sur le chemin du retour, Zaêl peste, furieux de cette perte de temps.
Il ronchonne tandis que Phil tente d'apaiser les choses. Le jeune homme n'a pas du tout envie de voir son ami partir vers le refuge du druide.


- Bah, ils deviennent agressifs parce qu'ils doivent crever de faim. L'hiver est vraiment dur...

Zaêl ne relève pas, se tait et reste silencieux jusqu'à leur retour à la maison. Phil suit son exemple, gêné et anxieux. Durant le dîner, Zaêl explique ce qui s'est passé durant la journée tandis que les femmes, elles, ont eu une journée tout à fait normale. Zaêl glisse un regard en coin vers Phil qui sourit à sa femme et la complimente pour le délicieux repas qu'elle et Lizzy ont préparé. Le génasi plisse les yeux, songeur, se demandant si leurs mésaventures ne seraient pas dû au courroux du druide.
Devant leur dernière tasse de thé de la journée, Phil ouvre la discussion sur un aller-retour en ville.


- Notre réserve de troncs d'arbres commence à être conséquente et je crois qu'il est temps de retourner en ville pour ramener des pierres.

Il regarde les femmes avant de poursuivre.

- Tâchez de faire une liste de ce qu'il faut en vivres et autres ustensiles qui vous manqueraient. Je partirais demain matin avec le chariot.

Zaêl hausse les sourcils.

- Si vite ?

Phil sourit à son ami.

- Le temps semble se maintenir alors mieux vaut y aller maintenant plutôt que d'attendre et de se retrouver bloquer par la neige, tu ne crois pas ?

Le génasi hoche la tête.

- Si, bien sûr tu as raison mais...

Phil ne le laisse pas finir.

- Ne t'inquiète pas, je serais absent trois jours maximum et à mon retour, nous reprendrons l'abattage. En attendant, tu pourras aider nos épouses pour refaire une bonne cargaison de bois de chauffe.

Zaêl acquiesce.

- Pas de soucis !

Tandis que les femmes préparent la liste, les deux hommes nettoient les tasses et rangent la vaisselle. Enfin, tous partent se coucher mais alors que les autres s'endorment comme des souches, Zaêl, lui, reste éveillé. Il n'arrive pas à s'enlever de la tête que quelque chose ne tourne pas rond avec Phil, depuis qu'il est revenu de sa confrontation avec le druide.

°° Et aujourd'hui, l'attitude des animaux autour de nous n'augurent rien de bon. Il se passe quelque chose et je compte bien aller voir de quoi il retourne durant l'absence de Phil. °°

Lorsque ce dernier part le lendemain matin, Zaêl commence par faire ce que son ami avait prévu qu'il fasse. ll aide les femmes à ramasser du bois de chauffe. L'après-midi, tandis qu'elles partent pour aller pêcher sur la plage, Zaêl annonce qu'il va continuer à ramasser du bois. Il regarde les deux jeunes femmes qui s'éloignent avant de tourner les talons et de suivre le sentier du vieux druide, armé de sa hache et d'une dague.

°° Je préfère être prudent vu l'agressivité qu'ont montré les animaux de la forêt dernièrement. °°

Durant son trajet, il ne voit aucune bête et lorsqu'il arrive à la clairière, celle-ci est vide également. Le silence qui règne le met très vite mal à l'aise. La neige est épaisse et a presque totalement recouverte l'entrée de la grotte du druide. Avec précaution, sur ses gardes, il avance, s'arrête devant la porte et frappe.
Aucune réponse...Il fronce les sourcils et recommence. Toujours rien. Il s'éclaircit la voix et parle d'une voix assez forte.


- La bonne rencontre, messire druide, je suis Zaêl, vous vous souvenez de moi ? Je suis navré de vous dérangez mais je désirerais m'entretenir avec vous, si vous me le permettez.

Aucune réponse, seul le vent qui souffle dans les branches des arbres alentours laisse entendre une plainte lugubre. Le génasi prend une inspiration et ouvre la porte. La cabane est vide de présence humaine et semble plutôt bien rangée. Zaêl entre et referme la porte derrière lui. Du pas de la porte, il observe minutieusement les lieux avant de s'avancer de quelques pas. Une odeur bizarre flotte dans l'air mais il est difficile pour le jeune homme de l'identifier car le froid anesthésie son odorat.

Tout semble indiquer que le druide était encore là quelques heures plus tôt sauf que...Zaêl se tourne et ressort de la maison-grotte. Il regarde attentivement le sol recouvert de neige et fronce les sourcils. A part ses propres pas, la neige est immaculée. Il secoue la tête.

°° Il n'a pas neigé depuis hier matin...Si le druide était sorti, il y aurait ses traces dans la neige. Qu'est ce que ça veut dire ? °°

Encore une fois, le génasi a un mauvais pressentiment.

°° Comment savoir où est le druide ? A qui puis-je demander des informations le concernant ? °°

En désespoir de cause, il se met à parler à haute voix.


- Je suis venu voir le druide. Je ne sais pas où il est et je m'inquiète pour lui, quelqu'un peut-il m'aider ?

Le silence lui répond et Zaêl grogne de dépit.

°° Bon, je ne peux pas faire grand chose de plus, malheureusement. Autant rentrer. °°

Tandis qu'il reprend le chemin de la maison, Akela l'observe, caché sous un buisson. L'odeur de ce deux-pattes est différente de celle de l'assassin. Elle semble plus proche de la nature bien que le jeune loup ne s'explique pas comment cela peut-être possible.

°° Il n'y a pas que ça. Il ne sent pas la duplicité que j'ai ressenti chez l'autre deux-pattes. Il semble plus...fiable. °°

Toutefois, le loup ne se montre pas et suit le génasi discrètement jusqu'à ce que ce dernier soit de retour chez lui. en chemin, Zaêl confectionne une sorte de traineau de fortune sur lequel il range le bois mort qu'il ramasse au fur et à mesure de son avancée. Lorsqu'il arrive, le traineau est plein.

°° Il fera illusion sur le temps que j'ai mis en forêt...du moins, je l'espère. °°

En effet, le traineau fait son office et les deux amies ne lui posent qu'une seule question : A t-il été attaqué de nouveau par les animaux ? Zaêl regarde les deux jeunes femmes avec surprise.


- Non. C'est vrai que c'est étonnant...

Mériale hausse les épaules.

- Bah, ils ont peut-être trouvé de quoi se sustenter et calmer leurs nerfs aujourd'hui. L'important c'est que tu sois sain et sauf.

Ils dînent d'une soupe de poissons et coquillages agrémentée de pain et de gâteau au miel. Les femmes sont couchées depuis longtemps lorsque Zaêl sort fumer une pipe à l'extérieur. Le ciel est dégagé et la voute étoilée est magnifique. Le génasi se laisse subjugué quelques instants avant de ruminer sur la journée écoulée.

°° Je n'arrive pas à m'enlever de la tête que Phil a menti à propos du druide. Mais à quel sujet exactement,ça, je l'ignore. Aurait-il pu lui faire du mal ? °°

Il secoue la tête.

°° Non, il n'aurait pas eu le dessus vu les pouvoirs que possède le druide. Pourtant ce silence dans la clairière, cette odeur bizarre dans sa cabane vide et l'absence de traces au sol prouvant qu'il n'est pas passé par là depuis plusieurs jours...J'ai la très désagréable sensation qu'il y a eu un drame dans cette clairière. Mais à qui demander de l'aide ? A qui m'adressez ? °°

Il pousse un soupir, baisse le regard vers la plaine enneigée et cesse de respirer une seconde en voyant les yeux jaunes d'un loup en train de l'observer. Il reste tétanisé, sachant qu'il n'a aucune arme sur lui. Le loup ne bouge pas. Il reste là, assis, à le fixer. Zaêl se risque à jeter des petits coups d’œil de part et d'autre pour vérifier qu'il n'y a pas une meute aux alentours avant de revenir sur le loup assis.

°° Il est seul. °°

Lentement, la crainte d'une attaque possible s'estompe et le génasi se détend un peu. Il fixe à son tour le regard jaune de l'animal et reste ainsi durant un temps indéfini. soudain, comme si une sorte de connexion venait de se faire, un flash terrifiant vient frapper l'esprit de Zaêl. Il voit la clairière du druide, de nuit, de la lumière filtrant à travers le bois de la porte de la cabane-grotte. Il s'approche et entrevoit entre deux planches de bois son ami Phil. en train de creuser un trou.

Le génasi a un hoquet d'horreur en voyant Phil sortir du trou, empoigner un corps sans vie et le jeter sans ménagement dedans. Il voit son ami prendre le matelas et la couverture du lit et les jeter également dans la fosse avant de commencer à la reboucher. Une odeur lui pique les narines et il reconnait, sans s'expliquer comment, l'effluve du vieux druide. Le flash s'interrompt aussi brutalement qu'il est arrivé et Zaêl est de nouveau sur le pas de la maison commune. Il écarquille les yeux de stupeur et regarde le loup qui n'a pas bougé d'une oreille. Il balbutie, hésitant.

- C'est...c'est toi qui...

Il n'arrive pas à finir sa phrase tant la vision le rend malade. Le loup hoche la tête comme pour lui faire comprendre qu'en effet, la vision vient de lui. Des larmes se mettent à couler sur les joues du génasi tandis qu'il demande.

- C'est lui qui l'a...qui l'a tué ?

De nouveau, le loup hoche la tête et Zaêl fond en larmes, effondré. Il tombe à genoux, laisse tomber sa pipe dans la neige et cache son visage dans ses mains pour pleurer tout son saoul. Il ne voit pas le loup qui s'approche de lui. Akela sent la douleur véritable, le déchirement du deux-pattes et sait que celui-ci n'est définitivement pas comme l'assassin. Son chagrin est réel et la bête vient doucement lécher la main du génasi pour lui montrer qu'il n'a rien à craindre de lui.

°° Je sens que tu n'est pas complice du meurtre de mon père adoptif. Tu es malheureux parce que tu faisais confiance à ton ami et qu'il a trahit cette confiance de la pire des façons. °°

Zaêl redresse la tête en sentant la langue râpeuse du loup sur sa peau. Le regard de la bête montre...de la compassion ? Le génasi cligne des yeux, interloqué. Il essuie les larmes sur son visage et penche la tête de côté.


- Tu..tu peux me comprendre quand je te parle ?

Le loup acquiesce et Zaêl n'en revient pas. Il se reprend très vite toutefois et demande.

- Tu connais quelqu'un, peut-être un autre druide, à qui je pourrais m'adresser ? Le meurtre de ce vieil homme ne doit pas rester impuni. Celui qui a fait cela est...

Il secoue la tête avant de poursuivre, le regard devenu implacable.

-...Était mon ami mais il doit répondre des actes odieux qu'il a perpétré.

Le loup approuve de nouveau et Zaêl comprend que l'animal pourra le guider. Il ajoute alors.

- Je dois préparer des affaires pour pouvoir te suivre et prévenir mon épouse et celle de...

Il s'interrompt et pose sa main sur sa tempe.

- Par les dieux, comment vais-je pouvoir annoncer cela à Mériale ? Comment lui dire que son mari est un meurtrier ?

Le regard du loup reste river sur celui du génasi et ce dernier fini par hocher la tête avant de soupirer.

- Je crois savoir comment faire mais je vais avoir besoin de ta collaboration, ami loup. Veux-tu bien m'aider ?

Une fois encore, Akela approuve en hochant la tête tandis que Zaêl lui explique ce qu'il compte faire...

(à suivre :wink: )

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 Sujet du message: Re: [Récit] Une vie de paysan.
MessageMessage posté...: Lun 27 Juil 2020, 14:37 
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Le lendemain matin, Mériale et Lizzy ont la surprise de voir Zaêl déjà attablé. Une bonne odeur de viande grillé se fait sentir tandis qu'elles s'installent à leur tour. Sur la table, un plat de belles tranches de lard accompagne du pain et du fromage. Le pot à thé fumant les invitent à se servir et elles ne se font pas prier pour le faire. Mériale commence à dévorer tout en réussissant à dire entre deux bouchées.

- Mais comment se fait-il que tu sois déjà debout ? Et ce petit déjeuner que tu nous a préparé. Je ne m'en plains pas, remarque bien, mais je suis juste surprise de cette gentille attention.

Lizzy, elle, s'est arrêté avant même d'avoir bu sa première gorgée de thé. Elle connait bien son époux et constate deux choses qui l'inquiète vraiment. La première, ce sont les cernes qu'il a sous les yeux et qui prouvent qu'il n'a pas fermé l’œil de la nuit.

°° Qu'est ce qui a bien pu l'empêcher de dormir ? °°

La seconde, c'est la tension qu'elle voit sur ses traits, et qui lui dévoile sans aucun doute qu'il s'apprête à leur dire quelque chose de grave.

°° Ô dieux, que se passe t-il ? Qu'est ce qui peut rendre Zaêl si nerveux et si...désemparé ? °°

Lizzy se raidit en voyant la détresse dans le regard de son mari. Mériale, qui vient de se rendre compte du silence anormal qui règne autour de la table, lève les yeux et regarde d'abord son amie puis le mari de cette dernière. Elle fronce les yeux en voyant l'air malheureux de Zaêl et repose sa tasse de thé.

- Qu'est ce qui se passe Zaêl ? Pourquoi fais-tu cette tête ?

Elle comprend soudain que la gentille attention de son ami pour le petit déjeuner est une façon détournée de les préparer pour ce qui va suivre. Elle se redresse sur sa chaise et invite son ami à parler d'un mouvement de la main.

- Nous t'écoutons.

Lizzy approuve d'un hochement de tête.

- Oui mon chéri, qu'y a t-il ?

Zaêl prend une inspiration et se lance.

- Je crois que le mieux est encore que je vous montre. Finissez votre petit déjeuner et préparez-vous à faire une marche forestière.

Mériale tique aussitôt.

- Forestière ? Cela a un rapport avec le druide ? C'est ça ?

Zaêl ne répond pas, se lève et réitère ses dires.

- finissez votre petit déjeuner et retrouvez-moi dehors.

Elles regardent le génasi enfiler son manteau d'hiver et sortir. Les deux jeunes femmes se fixent alors avec la même interrogation dans les yeux. Lizzy parle la première.

- Je ne sais pas ce qu'il veut nous montrer mais cela ne doit pas être amusant vu la tête qu'il a. Tu as vu les cernes sous ses yeux ? Il n'a pas dormi de la nuit. Quoique ce soit, cela l'a travaillé au point de lui faire passer une nuit blanche.

Mériale grimace, pressentant quelque chose de vraiment sérieux. Elles finissent rapidement d'avaler leur petit déjeuner et s’emmitouflent avant de rejoindre Zaêl dehors. Le génasi les mènent sur le sentier forestier et reste totalement silencieux à leurs questions. Lorsqu'ils arrivent à la clairière, les deux amies sont autant inquiètes qu'agacées par le mutisme du génasi. Lizzy demande, en indiquant la cabane-grotte.

- C'est la maison du druide ?

Zaêl hoche la tête et traverse la clairière. Durant le trajet, les deux femmes se sentent épiées mais ne voient aucun animal aux alentours. Elles suivent le génasi lorsque ce dernier entre dans la demeure druidique mais sont mal à l'aise à l'idée qu'ils soient tous entrés sans même frapper ou s'annoncer. Mériale le lui fait remarquer.

- C'est très impoli d'entrer comme nous l'avons fait, Zaêl.

Le génasi se tourne alors vers les deux jeunes femmes et déclarent brutalement.

- Nous annoncer n'aurait servi à rien...Le druide est mort !

Lizzy a un petit hoquet de surprise et met les mains devant sa bouche. Mériale trésaille, regarde autour d'elle avant de revenir lentement vers le visage de son ami.

- Tu sais comment il est mort ?

C'est une question mais son intonation de voix est à la limite de la déclaration. Zaêl pousse un soupir et hoche la tête. Ces simples gestes glacent le sang de Mériale qui a l'intuition de ce qui va suivre et ne veux pas y croire...ne veux pas l'entendre. Le génasi ne se laisse pas attendrir par le regard éperdu de son amie et déclare d'une voix calme mais vibrante de colère.

- Oui, je sais comment il est mort. Il a été tué par Phil !

Cette fois, Lizzy pousse un cri d'effroi et secoue la tête, incapable de croire à une chose aussi horrible.

- Ce n'est pas possible, tu te trompes sûrement, Zaêl. On parle de Phil enfin, nous savons tous qu'il est incapable de faire une chose pareille !

Mériale sent une chape de plomb lui écraser les épaules, le cœur et l'esprit. Elle a envie de hurler à la face de son ami toute la colère et la douleur qui déferlent en elle. Elle n'y arrive pas et se met à trembler comme une feuille. De grosses larmes brouillent sa vue et elle se retient du mieux qu'elle le peut pour ne pas tomber à genoux. Elle secoue la tête, prenant conscience qu'au fond d'elle-même, elle savait qu'une chose terrible s'était passé.

°° Je..Je ne voulais pas y croire. Mon Phil, un assassin ? Comment ? Pourquoi ? Ô dieux, pourquoi ? °°

Sans laisser aux deux femmes le temps de se remettre de cette déclaration fracassante, Zaêl poursuit en expliquant tout ce qui s'est passé la nuit dernière et en insistant sur sa rencontre avec le loup et la vision qu'il a partagé avec lui.
Un silence de mort suit son dernier mot et se prolonge. Enfin, Lizzy rompt ce moment de malaise en secouant à nouveau la tête.

- C'est totalement aberrant ce que tu viens de dire, tu t'en rend compte, j'espère ? Un loup serait venu te "montrer" le crime de Phil ? C'est du n'importe qu...

Elle s'interrompt en entendant la porte d'entrée grincer sur ses gonds. Tous se tournent pour voir un loup de belle taille aux yeux jaunes entrer. Les deux jeunes femmes poussent un gémissement d'effroi tandis que Zaêl les rassurent.

- Voici justement mon ami loup. C'est lui qui m'a montré ce qui s'est passé.

Il s'agenouille avant de fixer la bête.

- Peux-tu leur montrer comme à moi ?

Le loup regarde les deux femmes durant un moment puis reporte son attention sur le génasi. Il secoue la tête et Zaêl comprend que Mériale et Lizzy sont hermétique au don du loup. Il acquiesce et se relève.

- Il semble que ma condition de génasi de terre m'apporte un avantage sur vous. Il a tenté de vous faire voir mais je pense que vous n'êtes pas réceptives à son don.

Lizzy ne peut s'empêcher de ricaner.

- Tu dérailles complètement, mon pauvre chéri.

Le regard blessé de son mari lui fait détourner les yeux. Elle rougit et tressaille lorsque la voix grave du génasi réplique.

- Tu me déçois vraiment, Lizzy.

Il n'ajoute rien et n'en a pas besoin. Lizzy se rend compte de sa bévue et rougit. Elle balbutie.

- Je...excuse-moi. Mes paroles ont dépassé ma pensée.

Zaêl secoue doucement la tête et rajoute d'une voix peinée.

- Mais les mots ont été prononcés et ne seront pas oubliés...

Lizzy se mord la lèvre, honteuse tandis que Mériale se redresse et fixe le regard jaune du loup. Les larmes continuent de couler sur ses joues et elle parle d'une voix saccadée, ne s'adressant qu'à la bête.

- Je suis tellement désolée. Je ne sais pas quoi dire pour...pour...

Terrassée par la douleur, elle se laisse tomber sur les genoux et enfouit son visage dans ses mains. Elle pleure, laissant libre court à son chagrin. Elle se rend compte que sa vie heureuse avec son mari est terminée. Que plus jamais elle ne pourra le regarder sans voir en lui un meurtrier. Doucement, comme il l'avait fait avec Zaêl, le loup vient lécher la main de Mériale. Comme elle ne relève pas la tête, il pose le côté de sa tête sur ses mains et s'y frotte légèrement, comme pour la consoler. Elle fini par ouvrir ses mains pour poser son front sur celui du loup. Ils restent ainsi durant quelques secondes avant qu'elle ne murmure.

- Merci.

Alors seulement Akela se recule pour aller s'assoir devant la porte. Zaêl explique alors qu'il a demandé au loup de le mener jusqu'au cercle druidique le plus proche afin qu'ils servent de juges dans cette terrible affaire. Lizzy questionne alors.

- Mais, seras-tu de retour avant que Phil ne soit rentré ?

Le génasi hausse les épaules.

- Je ne peux pas vous l'assurer. Je ferais au plus vite mais j'ignore où se trouve le cercle exactement. Il est peut-être à plusieurs jours de marche.

Lizzy semble catastrophée.

- Comment on va faire ? Si Phil revient et qu'il ne te voit pas ? Il risque de se douter de quelque chose et de vouloir s'enfuir.

Mériale prend la parole. Sa voix est froide mais déterminée.

- Nous jouerons la comédie comme lui l'a si bien fait avec nous ! Nous allons mettre au point une histoire ensemble que nous raconterons à Phil pour expliquer l'absence de Zaêl.

Le génasi approuve tandis que Lizzy reste interloquée.

- Tu parais si...si froide. C'est de ton mari que l'on parle.

Elle fusille son amie du regard et serre les poings.

- Parce que tu crois que je ne le sais pas, Liz ? Je suis effondrée et furieuse aussi et blessée et...et tellement plus encore. Il vous a menti à vous mais pire que tout il m'a menti à moi, sa femme, sa meilleure amie, sa confidente de toujours. Il a tué un homme et pourquoi ? Par orgueil ? Parce qu'il s'est senti humilié et qu'il n'a pas été capable de se remettre en question ? Mais Liz, tuerais-tu pour une telle chose ? Arriverais-tu à trucider un vieil homme parce que tu refuses qu'il ai raison et que tu ai tord ?!?

Mériale secoue la tête.

- J'aurais pu déplacer des montagnes pour Phil mais...jamais je ne le couvrirais pour avoir tué un homme de bien !!

Lizzy un fois encore rougit de sa bévue et s'excuse devant le regard d'intense chagrin de son amie.

- Pardonnes-moi, Méri, je suis en dessous de tout...

Mériale ne répond rien, s'avance et pose simplement sa main sur l'épaule de son amie. Elle regarde Zaêl et lui montre la porte.

- Ne tardons pas !

Ils rentrent tous, accompagné par Akela qui les suit à petite distance. Zaêl entasse dans son sac du linge de rechange et tout ce dont il pourrait avoir besoin durant son périple pendant que les deux femmes lui confectionnent des rations de nourriture. A la dixième heure du jour, il quitte la maison commune et salue une dernière fois sa femme et son amie avant de s'enfoncer dans la forêt. Les deux femmes le regardent partir avec anxiété. Sera t-il de retour avant Phil ? Si ce n'est pas le cas, réussiront-elles à faire illusion jusqu'à son retour ?

(à suivre :) )

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 Sujet du message: Re: [Récit] Une vie de paysan.
MessageMessage posté...: Sam 17 Oct 2020, 14:49 
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Zaêl suit Akela pendant des heures, ne s'arrêtant que pour manger un morceau. Il ne cesse de tourner et retourner dans sa tête ce qu'il va dire aux druides mais c'est surtout l'horreur de savoir son ami devenu meurtrier, pour une simple question d'orgueil blessé, qui le taraude. Il ne peut comprendre ce geste insensé et se sent de plus en plus en colère contre lui.

Il reprend sa marche et ne s'arrête qu'au moment où le soleil est bas à l'horizon. Il ramasse des branches mortes et s'empresse de faire un bon feu. Il sort de quoi manger et regarde le loup, à quelques mètres de là. Il partage en deux son morceau de viande et son fromage et va le poser sur le sol, à deux mètres de lui avant de revenir s'assoir. Il montre la nourriture à Akela.


- Pour toi, mon ami, tu dois avoir faim après cette journée de marche.

Le loup s'approche, renifle avant de dévorer sa part de dîner, visiblement affamé. Zaël termine son repas par une tasse de thé fumant, bienvenue dans le froid glacial que charrie la brise. Il pense à son épouse et à Mériale, seules dans leur cabane, et grimace. Il déteste les savoir sans défense et doit se faire violence pour ne pas faire marche arrière. Une fois son thé avalé et la tasse nettoyée et rangée, il se couche, confiant, sachant le loup près de lui. Il ne sait pas pourquoi mais il fait confiance à l'animal et sait que ce dernier veillera sur son sommeil et le défendra en cas de besoin. Il s'endort, ses pensées allant vers les deux femmes seules à la cabane.

Durant toute cette journée, les deux jeunes femmes travaillent à ramasser du bois et à le ranger sur le côté de la cabane. Au coucher du soleil, elles rentrent et s'enferment dans leur petit logis avant d'allumer le feu du poêle pour se réchauffer. elles préparent en silence leur repas et se mettent à table. elles mangent, toujours muettes, avant de débarrasser leur table, laver et ranger la vaisselle. Une fois cela fait, Lizzy s'installe près du poêle tandis que Mériale ouvre un coffre et en sort une bouteille d'eau de vie et deux tasses en bois. elle remplit les récipients à la demi avant de venir rejoindre son amie. Elle lui tend l'une des tasse et garde l'autre pour elle. Elle soupire en regardant le feu.


- J'espère que Zaêl va vite revenir. Je t'avoue que je redoute vraiment de voir Phil arriver avant lui.

Lizzy frissonne à cette idée et acquiesce.

- Oui, je suis comme toi, j'ai peur.

Elles dégustent par petites gorgées leur eau de vie avant de reposer leur tasse. Mériale propose alors.

- Joints-toi à moi, Lizzy, et prions ensemble pour Zaël.

Les deux femmes se tiennent les mains et baissent la tête avant d'entamer une prière à Shaundakul, Heaum et Tymora. Leur prière achevée, elles partent se coucher mais leur nuit est courte car toutes deux ont bien du mal à trouver le sommeil.

Le lendemain matin, Zaël repart pour une demi-journée de marche. Enfin, vers la treizième heure du jour, Akela pousse un petit jappement et file droit devant lui. Le génasi le suit et arrive à une clairière où se trouve une butte rocheuse en forme de u. La butte est creusée de petites habitations troglodytes et des druides sont assis à l'entrée de celles-ci. Certains soignent un animal blessé tandis que d'autres discutent entre eux. A l'arrivée d'Akela, tous s'arrêtent et le regardent, interloqués, avant de découvrir Zaël, derrière lui. L'un des druides, un vieux bonhomme devant friser les 75 ans au moins, s'approche.


- La bonne rencontre, jeune homme, que viens-tu faire au cercle druidique ?

Zaêl regarde les druides et hésite un instant avant de passer sa main dans ses cheveux et de soupirer, accablé.

- La bonne rencontre, messire druide, ma venue n'a rien de joyeuse, hélas.

Il marque un temps d'arrêt avant de poursuivre.

- Je viens vous annoncez la mort d'un de vos frères, Sylasse, et vous contez comment cette mort est arrivée.

voyant l'accablement de Zaël, le vieux druide se doute que le décès de son confrère n'a rien de naturel. Il invite le génasi à le suivre et le conduit vers une des ouverture troglodyte. A l'intérieur, la grotte est vaste et des ouverture dans le plafond permet de laisser passer la lumière. Le lieu possède des rochers qui servent de sièges et le vieux druide en désigne un à Zaêl.

- Installes-toi.

Alors qu'il s'assoit, les autres druides entrent à leur tour dans la grotte et viennent prendre place. Les protecteurs de la nature sont une vingtaine et le génasi se sent un peu intimidé. Le vieux druide s'en rend compte et le rassure.

- ne t'inquiète pas, parle sans peur, jeune homme, ici tu ne risques rien.

Zaël hoche la tête et prend son courage à deux mains avant de commencer à raconter tout ce qui s'est passé. Alors qu'il parle, Akela, curieux, vient s'allonger à l'entrée de la grotte pour observer les deux-pattes. Aucun des druides présents n'interrompt le génasi jusqu'à ce que son récit s'achève. Un silence total se fait alors dans la grotte et Zaël bouge un peu sur son rocher, mal à l'aise. Il patiente, attendant le verdict des druides. A son grand étonnement, ces derniers se mettent à lui poser de nombreuses questions sur Philianir, ses habitudes de vie, ses qualités, ses défauts, bref tout ce qu'il peut leur en dire.
Il répond de son mieux, tâchant de rester le plus neutre possible dans ses réponses pour ne pas avantager ou pénaliser celui qu'il croyait connaitre. Au bout d'un long moment, le vieux druide montre la sortie de la grotte.


- Mon jeune ami, veux-tu bien attendre dehors, nous allons délibérer.

Le génasi acquiesce, se lève et sort. A l'extérieur, la nuit est tombée et les étoiles sont nombreuses dans le ciel dégagé. Son ventre criant famine, il décide de s'installer devant le grand feu et de manger un morceau. Comme pour le repas précédent, il donne une partie de sa ration au loup qui s'en délecte avec entrain. Enfin, après ce qui lui prait avoie été des heures, les druides sortent et le plus âgé s'approche. Il montre ses confrères avant de déclarer.

- Nous avons décidé que le meurtrier de notre confrère devra être jugé par un tribunal de Tyr.

Il désigne 4 druides d'une trentaine d'années.

- Voici les frères Asturie : Rézan, Torym, Simhorn et Farwyn. Ils t'accompagneront et veilleront à ce que le meurtrier de notre confrère soit bien livrer aux autorités de la cité la plus proche, c'est à dire, Marsembre. Nous t'assurons de sa sécurité tant qu'il ne met pas en danger immédiat la vie d'une autre personne.

Zaël hoche la tête et remercie les druides pour leur grande mansuétude. Ils l'invitent à passer la nuit avec eux et lui fournissent une paillasse et des couvertures chaudes pour la nuit. Ils l'installent dans la grotte où ils s'étaient rassemblés et le laissent seul. Grâce aux couvertures, la chaleur ne lui manque pas trop et il ne tarde pas à s'endormir. Akela, lui, attend que le génasi se soit endormi pour venir se coucher dans la grotte, à l'abri, non loin de ce dernier. Demain, ils repartiront et attraperons le deux-pattes meurtrier pour le livrer à leur justice. Il les accompagnera et veillera à ce que tout se passe comme les druides l'ont dit. Si cet assassin fait mine de vouloir faire du mal aux autres ou tente même de s'échapper, il le tuera de ses propres crocs. Il s'endort à son tour et rêve qu'il déchiquette le dénommé Philianir devant le fantôme de Sylasse souriant et satisfait...

(à suivre :) )

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 Sujet du message: Re: [Récit] Une vie de paysan.
MessageMessage posté...: Sam 17 Oct 2020, 22:34 
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Le lendemain matin, Rézan, Torym, Simhorn, Farwyn et Zaël après avoir préparé des paquetages pour le voyage quittent le cercle druidique. Le début du chemin est silencieux. Zaël se sent gêné face à ces hommes, amis du vieux druide Sylasse. Il n'ose pas entamer la conversation. Heureusement, Torym s'en aperçoit et prend les devants.

- Zaël, je sais combien cela doit-être difficile pour toi. Tu t'es montré d'un grand courage et surtout d'une grande honnêteté en venant au cercle pour nous dire ce que ton ami avait fait. Tu dois te sentir bien mal...

Le génasi hoche tristement la tête.

- Tu n'as pas idée à quel point, Torym. Je connais Phil depuis longtemps et jamais je ne l'aurais cru capable de faire...de...de...

Les mots ont du mal à sortir mais Zaël se force.

- ...De faire une telle chose. Tuer une personne...ôter une vie pour une simple question d'orgueil froissé.

Il secoue la tête.

- Non, je ne peux pas...je n'arrive pas à comprendre une telle ignominie.

Torym pose sa main sur l'épaule du génasi.

- Ne te tourmentes pas ainsi. Tu n'es pour rien dans cette tragédie.

Zaël tourne son visage vers le druide.

- Vraiment ? Tu crois ? Je n'arrête pas de me dire que si j'avais fait plus attention, j'aurais peut-être pu voir ce que Phil s'apprêtait à faire.

Rézan secoue la tête et prend la parole.


- Tu te trompes, jeune homme, tu n'aurais rien vu de toute manière. L'homme qui rumine une mise à mort fait tout son possible pour le cacher aux autres. Torym a raison, cesse de te torturer l'esprit et comprends bien que tu ne pouvais rien y faire. C'est ainsi...

Il soupire.

- Aussi terribles que vont te paraitre mes prochaines paroles, dis-toi que cela aurait pu être une personne de ton groupe. Ton ami a le mal en lui car on ne devient pas subitement mauvais comme il l'a été. Ce tempérament violent a toujours été là, il le réfrénait, sans doute, et trouvait sûrement un bon moyen pour le laisser déferler quand cela devenait trop dur à supporter.

Zaël ouvre des yeux horrifiés à l'idée que Phil aurait pu s'en prendre à son épouse ou à Mériale voire même à lui. Il secoue la tête avant de la baisser.

- J'ai l'impression d'avoir été trahis.

Simhorn réplique aussitôt.

- Mais tu l'as été, mon jeune ami, tu l'as été, n'en doutes pas une seconde ! Il a utilisé votre amitié pour cacher à tous ce qu'il était vraiment.

Farwyn lâche alors d'une voix dure.

- Il va payer pour son crime et vous vivrez mieux sans un être aussi vil à vos côtés. Ce genre de personne a souvent une influence néfaste sur les autres et il aurait pu vous changer, à la longue, à force de mensonges et de mesquinerie.

Zaël hoche la tête, accablé, mais conscient que les druides ont raison. Tandis que le silence se fait à nouveau, il ressasse ses souvenirs et y trouve de menus détails qui viennent corroborer l'hypothèse de la fausseté de Phil. Le cœur du génasi se brise et la douleur qu'il ressent se mêle à une colère sourde. il pense à Mériale, cette femme si bonne, si généreuse et sa rage monte d'un cran. Il sait combien elle doit souffrir et combien il va être difficile pour elle de vivre sans son époux. Il se jure de toujours être là pour l'aider.

°° Elle n'hésiterait pas une seule seconde pour Lizzy et moi, ce n'est que justice que de lui rendre la pareille. °°

Akela suit le petit groupe, trottant non loin, boulottant les portions de rations que les hommes lui offrent. Si sa colère ne retombe pas vis à vis du deux-pattes meurtrier, il apprécie grandement de ne pas avoir à se fatiguer pour trouver sa pitance avec ces autres deux-pattes. Lorsqu'ils font halte pour la nuit, Akela leur fait comprendre qu'il va monter la garde pour eux. confiants, les hommes s'endorment et la nuit se passe sans encombres.

Au matin, ils repartent et vers la douzième heure, la cabane commune est en vue. Zaël pousse un soupir de soulagement et montre la bâtisse aux druides.

- Nous sommes arrivés chez moi et mes amis.

Il ravale le reste de ce qu'il allait dire lorsqu'il voit le visage fermé des druides. Il hausse les sourcils et demande, intrigué.

- Que se passe t-il ? Qu'avez-vous ?

Les druides se regardent entre eux, soudain peu pressé de se mettre à parler. Finalement, c'est Torym qui prend sur lui pour montrer la cabane.

- Regardes, Zaël, tu vois ces corbeaux qui volent autour de la cabane ?

Zaël se tourne de nouveau vers la cabane et se rend compte de la présence des volatiles.

- Ah oui, tiens, c'est étonnant, nous n'avons encore rien planter pourtant.

Torym reprend la parole, lugubre.

- C'est parce qu'ils ne sont pas là pour ça, mon jeune ami. Les corbeaux sont des charognards...

Zaël reste à regarder les corbeaux pendant un certain temps, ne percutant pas tout de suite. Puis soudain, la lumière se fait dans son esprit et il blêmit.

- Oh dieux, non...

Sans attendre, il fonce vers la cabane, éperdu, le cœur battant la chamade. Il sent la peur et l'angoisse l'étreindre jusqu'à ce qu'il arrive à la porte et l'ouvre. Alors, la peur et l'angoisse disparaissent pour laisser place à une souffrance inimaginable. Il se met à hurler tout en entrant dans la cabane. Là, sur le sol, gît le corps sans vie de Lizzy. Elle a le cœur transpercé par une dague...la dague de Phil ! Il tombe à genoux et saisit délicatement le corps de son aimée dans ses bras. Il se met à la bercer doucement, pleurant toutes les larmes de son corps. Les druides regardent l'intérieur de la cabane et n'y voient pas de traces de lutte. Au bout de quelques minutes, Torym prend une grande inspiration avant de parler.

- Zaël, ton amie Mériale n'est pas là...

Farwyn ouvre les coffres tandis que Simhorn va toucher le poêle. Le premier s'exclame.

- Les vêtements sont là, ils n'ont rien emmené avec eux.

Le second renchérit.

- Et le poêle est encore chaud, ce qui prouve qu'ils ne sont pas partis depuis longtemps.

Torym reprend doucement.

- Zaël, nous pouvons encore les rattraper.

Le génasi ne réagit pas et continue à bercer le corps de son épouse bien-aimée. Torym hausse alors la voix, la module afin qu'elle soit plus dure.

- ZAEL !! Tu ne peux plus rien pour ton épouse mais nous pouvons encore sauver ton amie alors lèves-toi !!

Le ton, autant que les paroles prononcées, sont comme un électrochoc pour Zaël. Il regarde les yeux sans vie de sa bien-aimée avant de passer ses doigts délicatement sur ses paupières pour les lui fermer. Il murmure.

- Je vais revenir, mon amour.

Il repose le corps avec une infinie douceur et se lève. Lorsqu'il se tourne vers les druides, ces derniers ont un mouvement de recul. Le regard de Zaël est terrifiant ! Ses yeux ressemblent à des rubis qui brûlent. Les flammèches qui ne cessent de bouger dans ses orbites sont impressionnantes et il faut quelques secondes à Torym pour réussir à calmer le tremblement de son corps. Il inspire une bonne fois et reprend la parole.

- Akela va nous aider.

Torym appelle le loup qui entre dans la pièce et ressent aussitôt l'immense chagrin du génasi. Il pousse un gémissement tout en écoutant ce que le druide attend de lui. Zaël va chercher un vêtement de Mériale et le tend à l'animal qui le renifle avant de s'en détourner. Il lève la tête vers le génasi et lui donne un petit coup de truffe sur la jambe. Les lèvres de Zaël tremblent tandis qu'il pose sa main sur la tête de la bête pour la caresser. Il murmure.

- Merci mon ami pour ta compassion.

Il s'agenouille face à Akela et le fixe droit dans les yeux.

- Va, trouves-là, je t'en prie, que je puisse au moins la sauver, elle.

Le loup semble hocher la tête et fait volte face avant de retourner dehors. tous le suivent tandis qu'il renifle les abords de la cabane. soudain, il relève la tête et pousse un grognement, babines retroussées. Il part en direction de l'ouest, ne collant sa truffe sur le sol que de temps à autre pour vérifier sa piste. Les druides et Zaël sont sur ses traces et tous ont à cœur de retrouver le plus vite possible le double meurtrier. Dans l'âme du génasi, plus aucune once de compassion ne vient tenter d'excuser Philianir pour ce qu'il a fait. Seul la haine et la vengeance y ont leurs places. Zaël fait une prière silencieuse à Hoar pour qu'il l'aide à assouvir sa vengeance.

°° Phil, tu n'auras pas la chance d'arriver jusqu'au tribunal de Tyr, je te tuerais avant ! °°

Fort de cette terrible pensée, le génasi suit le loup et, avec les druides, se lancent dans une chasse à l'homme mortelle...

(à suivre :) )

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 Sujet du message: Re: [Récit] Une vie de paysan.
MessageMessage posté...: Sam 24 Oct 2020, 02:30 
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Akela n'a aucun mal à suivre la trace du deux-pattes femelle et l'odeur du meurtrier de son père d'adoption est bien présente également. Il retient son envie de foncer afin que les autres puissent le suivre.
Zaël et les druides courent derrière le loup, tous conscients que le meurtrier ne doit pas être bien loin. Tandis qu'ils courent, le génasi pense à voix haute.


- Il n'a pas pu aller bien loin avec Mériale avec lui. Soit elle est inconsciente et il doit la porter, soit elle est en bonne santé et elle ne doit pas se laisser faire.

Leur course-poursuite est en effet assez brève et au bout d'une dizaine de minutes, ils voient au loin Phil qui oblige Mériale à avancer. Comme Zaël s'en doutait, l'épouse de Phil ne se laisse pas faire et ne cesse de tenter de lui échapper. Lui, la traine sans ménagement pour l'obliger à avancer. De là où ils se trouvent, Phil et Mériale ne peuvent pas encore les voir et Zaël en profite. Il se tourne vers les druides et leur indique l'orée de la forêt.

- Servons-nous du couvert de la forêt pour les approcher discrètement.

Les druides approuvent et tous obliquent vers les arbres et les buissons. La course y est plus délicate et ils ralentissent l'allure bon gré mal gré. Zaël peste et Torym s'arrête soudain. Les autres font de même et le génasi stoppe, surpris.

- Quoi ?

Torym ne lui répond pas mais s'approche d'un arbre et pose la main dessus avant de marmonner des paroles incompréhensibles. L'instant suivant, une dryade sort de l'arbre et vient converser quelques instants avec le druide. Zaël, du coin de l'oeil, voit Phil et Mériale s'éloigner et grimace face à ce qu'il juge être du temps perdu. Enfin, Torym se tourne vers les autres et leur tend la main.

- Tenez-vous tous par la main et suivez-moi.

Zaël fronce les sourcils tandis que le druide se penche vers Akela.

- Nous allons avancer par les arbres, frère loup, avance et rejoins-nous.

Le loup hoche la tête et Zaël, pour la énième fois s'émerveille de voir cet animal capable de comprendre ce qu'ils disent. Il se promet de demander une explication aux druides plus tard. Se tenant tous par la main, ils regardent Torym saisir la main de la dryade qui disparait de nouveau dans son arbre. Au fur et à mesure que les autres suivent, ils disparaissent à leur tour et lorsque vient le tour de Zaël, il a une seconde d'hésitation. Rézan qui le sent raffermit sa prise sur sa main et l'entraine à sa suite. En pénétrant l'arbre, Zaël voit soudain l'écorce puis un environnement teinté de marron et veiné de vert d'une beauté extraordinaire. Les veinules vertes pulsent d'une lumière douce qui semblent ne pas cesser de voyager d'un bout à l'autre de ces longs filaments entrelacés. Enfin, l'écorce revient et Zaël sort de l'arbre, un peu désorienté.
Torym le tourne vers le chemin, à l'orée de la forêt, et lui montre Phil et Mériale qui se trouve maintenant derrière eux, à environ une trentaine de mètres. Il chuchote.


- Voilà, nous allons pouvoir l'arrêter. Zaël, je te conseille de te mettre devant lui tandis que nous le prendrons à revers.

Torym remercie chaleureusement la dryade qui regagne la sécurité de l'arbre avant de se diriger avec ses confrères vers Phil, mais à couvert de la forêt.
Zaël attend et lorsque son ex-ami et sa prisonnière arrivent à sa hauteur, il sort tranquillement de sa cachette, une hache à la main. Mériale est la première à le voir et se met à crier.


- Zael !!!

Phil se tourne d'un bloc vers lui et blêmit, stupéfait. Il balbutie, les yeux écarquillés.

- Comment...Comment peux-tu te trouver là ? Je te croyais parti chez les druides.

Zaël reste immobile, calme en apparence mais sa voix est grondante et sourde comme un lointain tremblement de terre, lorsqu'il répond.

- Je l'étais mais malheureusement pour toi, j'en suis revenu plus tôt que tu ne le pensais.

Ses yeux deviennent des flammes rouges virant au sombre sous l'effet de la colère et de la haine.

- Tu as tué Lizzy, immonde salopard ! Tu vas payer pour ça !

Il se remet en marche, d'un pas calme mais déterminé et lève sa hache dans l'intention de frapper. La panique envahit le regard de Phil qui, soudain, saisit Mériale pour l'amener devant lui avant de lui entourer le cou avec son bras. De son bras libre, il prend une dague à sa ceinture et la place sur la gorge de son épouse.

- Arrêtes-toi où je la tue !

Zaël s'immobilise aussitôt et gronde, furieux.

- Tu tuerais la femme que tu aimes ?

Phil hoche la tête et plisse les yeux.

- Si tu m'y obliges, oui !

Zaël hausse les sourcils.

- Et lorsque tu l'auras tué, Phil, qui te protégera de ma vengeance ?

Phil reste coi. Zaël poursuit tandis que discrètement les druides arrivent dans son dos.

- Tu crois vraiment que Mériale suffira à te prémunir de ma hache, espèce de sale meurtrier ? Mais tu te trompes, personne ne le pourra...

Cependant il ne bouge pas et Phil se rend compte de cette immobilité et comprend que son ami bluffe. Il a un sourire goguenard.

- Tu mens ! Tu essaye de gagner du temps mai pour...


Il n'a pas le temps de terminer sa phrase qu'Akela arrive en hurlant sur son côté droit. Phil regarde le loup lui foncer dessus et pousse un cri épouvanté. Pour pouvoir se défendre, il relâche sa femme, la pousse en avant violemment afin de se donner un espace suffisant pour pouvoir combattre la bête. Mériale atterrit sur le sol et se blesse les mains et les genoux dans sa chute. Zaël fonce, la relève rapidement et la fait passer derrière lui pour la protéger. Akela bondit sur Phil, tout crocs dehors, et lui saisit le poignet. Il ferme sa puissante mâchoire et entend les os craque sous la pression. Phil hurle de douleur et lâche sa dague tandis que Torym, arrivé le premier, lui assènes un coup de branche sur la tête. Le coup est suffisamment fort pour l'assommer et le meurtrier tombe à terre, inconscient. Torym lève la main vers Akela pour lui demander de lâcher prise. Le loup met quelques secondes à obéir, grondant de frustration, mais fini par desserrer ses mâchoires. Il recule et s'assoit, restant à gronder son mécontentement.

Les druides profitent de ce que Phil est évanoui pour le ligoter tandis que Torym soigne le poignet blessé du meurtrier. Zaël se tourne alors vers Mériale.


- Tu vas bien ?

Elle hoche la tête avant de fondre en larmes et de se précipiter dans les bras de son ami. Elle pleure longuement, entrecoupant ses sanglots de paroles tremblantes.

- Oh Zaël, je suis tellement désolée pour Lizzy. J'ai tenté de la défendre mais il m'a frappé et je suis tombé. Quand je me suis redressée, il l'avait égorgé. Pardon...

Zaël serre son amie dans ses bras pour la réconforter et se réconforter lui-même.

- Tu n'as rien à te reprocher, Méri, tu as fais tout ce que tu pouvais pour aider Lizzy, je n'ai aucun doute à ce sujet. Je sais combien tu l'aimais.

Zaël se permet alors de laisser son chagrin éclater et ses pleurs se mêlent à ceux de son amie. Ils restent ainsi, enlacés, versant des larmes sur la mort de Lizzy et pour leur vie paisible qui a volé en éclats. Les druides s'éloignent avec leur prisonnier pour leur laisser un peu d'intimité. Enfin, au bout de quelques minutes, les deux amis se calment et enfouissent leur chagrin au plus profond de leur cœur avant de rejoindre les druides. Une brève discussion aboutit au retour du groupe à la cabane où il faut enterrer le corps de Lizzy. Pendant que trois des druides s'occupent de nettoyer le sang à l'intérieur de la bâtisse, Torym, Zaël et Mériale creusent un trou et y déposent le corps de la jeune femme. Une fois la tombe refermée, ils regagnent la cabane où les druides gardent un œil sur Phil, toujours saucissonné.

Mériale prépare des rations fraîches et quelques affaires, tout comme Zaël, avant de rejoindre les druides dehors. Tous se mettent alors en route pour la cité. Phil est bâillonné et ses mains sont entravées mais ils lui laissent les jambes libres pour qu'il puisse marcher. Au départ, il y met de la mauvaise volonté, marchant avec lenteur, mais lorsque Zaël menace de lui briser les genoux s'il ne se presse pas, il capitule rapidement et reprend une allure normale. Deux jours plus tard, ils sont à Marsembre et livre Phil au guet après avoir témoigné contre lui. Ils restent en ville, le temps d'être sûr qu'il avoue ses crimes et qu'il comparaisse devant la justice de Tyr. Quelques jours plus tard, jugé coupable de deux meurtres, Phil est pendu devant les druides et Zaël, Mériale, elle, n'a pas pu se résoudre à voir mourir son époux. Les morts ayant été vengés, le groupe quitte la ville et retrouve Akela qui les attendait au bord de la forêt. Ensemble, ils retournent à la cabane jusqu'à ce que les druides prennent congé pour rejoindre leur cercle. Zaël et Mériale poursuivent leur chemin, Akela sur les talons.

Lorsqu'ils arrivent à la cabane, Mériale se met aussitôt à préparer le repas du soir tandis que Zaël allume le feu du fourneau. En peu de temps, une douce chaleur envahit la cabane et une bonne odeur de viande rôtie vient titiller l'odorat d'Akela, resté dehors. La porte de la petite maison s'ouvre sur Zaël qui fixe le loup, fait un pas de côté et lui demande.

- Tu viens ?

Le loup regarde le deux-pattes puis tourne son regard vers la forêt avant de revenir vers le génasi. Lentement, il se lève et entre dans la cabane. Zaël a un bref sourire et referme la porte. Dans le ciel, les étoiles s'allument petit à petit et leur éclat lointain vient éclairer la cabane de ces paysans qui viennent de vivre des moments épouvantables. Leur rêve d'une ferme, l'une près de l'autre, est-il définitivement mort ou y a t-il encore un espoir qu'ils restent en changeant leur plan initial ? L'avenir le dira...

(à suivre... :))

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 Sujet du message: Re: [Récit] Une vie de paysan.
MessageMessage posté...: Lun 26 Oct 2020, 00:21 
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Quelques jours après leur retour à la cabane, Zaël et Mériale s'installe autour de la table pour discuter de l'avenir de leur projet. Zaël sirote une tasse de thé tout comme son amie. C'est lui qui entame la discussion.

- Comment vois-tu l'avenir de notre projet commun, Mériale ?

Il baisse la tête sur sa tasse avant de poursuivre.

- Enfin, je veux dire, maintenant que Phil et Lizzy ne sont plus là.

Mériale réfléchit longuement avant de répondre.

- Je ne sais pas, Zaël...je ne sais pas.

Elle baisse la tête à son tour, déprimée. Zaël lui prend la main.

- Notre projet de faire nos fermes l'une près de l'autre ne se fera peut-être pas, Méri, ou peut-être que si. L'avenir seul nous le dira. Mais nous pouvons en construire au moins une pour le moment.

Méri relève la tête et pose sur son ami un regard interrogateur. Zaël hoche la tête et s'explique.

- Nous pouvons construire une ferme ensemble, tu auras ta chambre et moi la mienne et nous pourrons travailler la terre comme nous l'avions prévu. Si ce nouveau projet aboutit bien, alors tu décideras si oui ou non tu veux ta propre ferme et je t'aiderais à la construire. Qu'en dis-tu ? Le travail nous aidera tous les deux à faire face à notre deuil...Du moins, c'est ce que je pense.

Méri reste un bref instant à regarder Zaël avant de décaler son regard vers la fenêtre. Elle reste longtemps à observer l'extérieur avant de répondre.

- Je crois que tu as raison, Zaêl, faisons comme cela.

Le génasi acquiesce avant de se taire. L'idée de se mettre au travail lui fait du bien et l'aide à ne pas trop penser à son aimée, enterrée là, dehors. Le lendemain matin, comme prévu, Méri et Zaël se lèvent et s'habillent chaudement pour aller en forêt, Akela sur leurs talons. Ils passent la journée à couper des troncs d'arbres avant de rentrer, épuisés. La fatigue est si grande que Méri n'a pas la force de préparer à dîner et ils se contentent de manger du pain, du miel et du fromage. A peine le repas terminé, ils vont se coucher et s'endorment comme des souches. Le lendemain matin, Zaël est réveillé par une bonne odeur de lard grillé. Il se lève et rejoint Mériale. Ils déjeunent tous les deux de lard grillé, gruau de blé et de fromage. Une bonne tasse de thé fumant et odorant vient clore leur repas. Tout en prenant de petites gorgées, Zaël propose à Méri de rester à la cabane.

- Je vais prendre le cheval pour ramener les troncs d'arbres ici, avec les autres. Tu devrais en profiter pour préparer des rations fraiches. Le temps froid les conservera et nous aurons de quoi dîner le soir sans que tu ais à faire la cuisine après une journée trop harassante. Qu'en dis-tu ?

Méri grimace.

- Tu me crois incapable de gérer les deux ?

Zaël secoue la tête.

- Même moi je ne pourrais le faire, et sans vouloir me vanter, je suis plus résistant que toi. Le but n'est pas de te retrouver malade d'épuisement, Méri, cela ne nous servirait à rien, ni à toi ni à moi. Il faut que nous dosions nos efforts, nous ne sommes plus que deux et le travail à accomplir est énorme.

Méri fronce les sourcils mais le raisonnement de son ami est parfaitement logique et elle ne peut que le ratifier. Avec un soupir, elle acquiesce lentement.

- Tu as raison...Bon d'accord, mais fais attention à toi. Tu vas être seul dans la forêt.

Zaël sourit et désigne Akela, couché près du poêle.

- Mais non, voyons. J'ai Akela avec moi et il est le meilleur des gardiens. Il saura me prévenir si quelque chose de dangereux m'approche et m'aidera à me défendre si j'en ai besoin.

Méri sourit à son tour, rassurée.

- C'est vrai, bon, alors tout va bien.

La journée se passe comme les deux amis l'avaient prévu. Zaël fait des aller et retour pour amener les troncs coupés près de la cabane tandis que Méri prépare de nombreuses rations qu'elle range minutieusement pour les conserver au mieux. Le soir, le repas est constitué d'un bon ragoût de lièvre agrémenté de navets, de fromage et d'un gâteau au miel savoureux. Il faudra encore de nombreuses journées pour réunir suffisamment de troncs d'arbres pour monter la longère et construire une étable ainsi qu'une grange, mais les deux amis ont retrouvé leur entrain et sont prêt pour réussir ce challenge.

(à suivre :) )

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 Sujet du message: Re: [Récit] Une vie de paysan.
MessageMessage posté...: Jeu 29 Oct 2020, 23:55 
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A l'arrivée du mois de Ches, Zaël et Mériale ont suffisamment de bois pour construire la longère. Le trou pour les fondations est creusé et il faut maintenant retourner en ville pour ramener une cargaison de pierre. Les deux fermiers prennent chacun un chariot et s'y rendent ensemble. Le voyage est pénible car la pluie ne cesse de tomber et le terrain se transforme en bourbier. Les chariots, sous le poids des pierres s'enlisent et lorsque,enfin, ils reviennent à la cabane, ils sont épuisés. Mériale décrète aussitôt.

- Bon, je nous recommande deux jours de repos pour nous remettre de ce trajet infernal que nous avons fais. Tu es d'accord.

Le génasi hoche la tête.

Oh que oui !

Durant ces deux jours, les deux amis étudient la meilleure façon de construire la longère et au matin du troisième jour, ils commencent les fondations. Il leur faut une dizaine pour terminer la bâtisse. Ils n'entrent pas dans leur nouveau logis mais restent dans la cabane, le temps que Zaël confectionne des meubles. Pendant qu'il s'attelle à cette tâche, Mériale, elle, s'occupe de faire des matelas avec des toiles de coton et des plumes. Lorsque les deux premiers matelas sont terminés, elle les regarde avec satisfaction. Elle sourit brièvement car ce sont les deux trésors de la longère. Elle murmure pour elle-même.

- Vu le prix de la toile de coton et des plumes d'oie, c'est sûr que ce sont deux trésors !

Quand le mois de Tarkash approche, la longère possède deux grands lits avec leur matelas, deux traversins et quatre oreillers moelleux. Zaël a aussi fabriqué deux grosses commodes et deux coffres. Mériale n'est pas en reste et a fait, de son côté, deux autres grand matelas en coton et plumes. Un matin, Zaël démonte le poêle de la cabane et le remonte dans la longère. Tandis qu'il va faire provision de bois de chauffe, Mériale transfère leurs effets personnels à l'intérieur de la bâtisse et range les vêtements dans les commodes. Ce soir-là, ils dînent pour la première fois dans leur demeure définitive d'une soupe de lard, navets et chou. Une fois le dîner avalé, ils s'installent tous les deux devant le pôele et sirotent une bonne tasse de thé. Mériale sourit et Zaël lui demande.

- Qu'est ce qui te fais sourire ?

Elle le regarde et hoche la tête.

- Je me disais que nous allions commencer la construction de l'étable puis de la grange et que nous en aurions terminé avec les gros travaux.

Le génasi sourit à son tour.

- C'est vrai, nous avons bien travaillé. Encore quelques dizaines et la ferme sera construite. Mais le travail ne risquera pas de nous manquer ensuite. Il restera le poulailler à faire, la porcherie et à aller chercher les bêtes.

Mériale acquiesce.

- Et à rapporter les graines pour planter nos champs, notre verger et notre potager. Tu as raison, nous avons encore du pain sur la planche.

Les deux amis ne semblent pas abattus par la somme de travail à venir et s'en réjouissent même. Tant de labeur les aident à ne pas penser à leur chagrin et à avancer. Dans leurs yeux, pétillent l'avenir qu'ils se voient mener dans leur ferme et ils en sont heureux.

(à suivre)

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 Sujet du message: Re: [Récit] Une vie de paysan.
MessageMessage posté...: Lun 08 Fév 2021, 11:42 
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Les premiers rayons de soleil viennent baigner les terres herbeuses de Mériale et Zaël en ce premier jour du mois de Kythorn. Tous les deux sirotent une tasse de thé en admirant la teinte dorée que prennent les choses. Mériale pousse un petit soupir de contentement.

- J'aime ce moment...Celui où les rayons du soleil viennent effacer la froideur de la nuit. Regarde la terre, elle dégage comme de petites volutes de brume, comme si elle exhalait de bien-être.

Zaël sourit en entendant Mériale.

- Tu as l'âme poétique le matin, mon amie.

La fermière glousse.

- Tu as raison, mais juste le matin alors.

Ils rient de ce bon mot tous les deux avant de se lever et de regagner l'intérieur de la longère. Après avoir nettoyé et rangé leurs tasses, ils reprennent leur travail avec opiniâtreté. Durant le dernier mois passé, ils n'ont pas chômés et ont terminé la construction de la grange et de l'étable. Depuis ce matin, ils sont à l'édification de la porcherie et du poulailler. La journée est longue et chaude, mais chacun redouble de ferveur, conscient d'être dans la dernière ligne droite pour la fin des travaux. Quand le soleil est proche de se coucher, les deux fermiers admirent avec satisfaction leur ouvrage, le cœur joyeux. Quelques jours passent avant que les deux derniers petits bâtiments de la ferme soient terminés, mais lorsque cela est fait, le soir venu, Mériale et Zaël fêtent l'évènement en buvant une bouteille de vin épicé du Calimshan qu'ils avaient acheté tous ensemble à leur départ de la ville.

A la joie d'avoir enfin terminé les travaux se mêle la tristesse de n'être plus qu'à deux pour fêter ce tournant dans leur vie. Les rires et les plaisanteries laissent place à la mélancolie et les deux jeunes gens restent à fixer les flammes du feu de cheminée en silence. C'est Mériale qui rompt la première le calme de la pièce.

- Je suis heureuse d'avoir terminé la ferme mais...J'aurais aimé que Lyzzie soit là.

Elle n'ose pas parlé de Philianir, trouvant que cela ne serait pas correct vis à vis de son ami. Pourtant, et malgré les horreurs qu'il a commise, elle ne peux s'empêcher de regretter sa présence. Elle baisse les yeux, un peu honteuse mais les relèvent rapidement. Non! Elle ne doit pas penser ainsi , c'est lui faire trop d'honneur et il ne le mérite pas. Elle frissonne en se rappelant le corps de Lyzzie et les larmes lui viennent aux yeux.

°° Ma pauvre amie, si douce, si gentille...comment as-tu pu faire pareille chose, Phil ? °°

Elle secoue la tête et ressuie ses yeux d'un revers de manche. Elle tressaille quand elle sent la main puissante de Zaël sur son épaule. La voix douce de son ami lui fait du bien.


- Ne retiens pas tes larmes, Méri, je sais ce que tu ressens et tu as le droit de laisser parler ton chagrin. Ce moment, nous en avions si souvent parlé tous les quatre. Le destin a décidé que nous ne serions que deux à le partager mais cela doit rester un moment de joie.

Pour lui changer les idées, Zaël change de sujet.

- Tu as remarqué combien il y a eu de passages depuis que nous sommes arrivés ? Le chemin qui borde les falaises est très emprunté et c'est bon pour nous.

Mériale fronce les sourcils.

- Ah oui ?

Zaël acquiesce.

- Mais oui, d'abord pour vendre les produits que nous feront. Les voyageurs seront heureux d'avoir des œufs frais ou du fromage ou des légumes pour agrémenter leurs rations de voyage. Et puis, certains s'arrêteront certainement pour dormir au chaud surtout les mois d'hiver. Tout cela sera bon pour les affaires, tu verras.

Mériale sourit.

- Tu as raison, Zaël, l'emplacement que nous avons choisi pour la ferme est vraiment bon.

Ils trinquent ensemble et le moral est de nouveau au beau fixe. Mériale ne dit rien mais son regard reconnaissant montre qu'elle apprécie les efforts de son ami pour la consoler.

°° Zaël est vraiment un homme bon. J'ai de la chance de l'avoir pour ami. °°

Après quelques jours de repos, Zaël prend le chariot pour aller chercher les premières bêtes et les graines. Mériale le regarde partir avec appréhension. Rester seule l'angoisse un peu. Oh pas à cause des mauvaises rencontres, elle se pense capable de les gérer mais parce que la solitude risque de l'enfermer dans des pensées moroses qu'elle redoute vraiment. Alors, pour éviter de penser, elle s'active. Ses journées se passent à ramasser et stocker du bois de chauffe, à cueillir des baies, dénicher des racines et des plantes comestibles afin d'en faire des réserves. Le soir venu, elle étale les feuilles des plantes sur des morceaux de planche et quand vient le soleil, elle les mets à sécher.

°° Elles serviront pour assaisonner les repas ou pour un usage curatif. °°

Se dit-elle. ses journées sont si bien remplies que lorsque le soir arrive, elle n'a plus la force que de manger avant de s'écrouler pour dormir. Ce rythme effréné lui convient très bien et lorsqu'enfin le chariot de Zaël réapparait à l'horizon, Mériale est ravie car le temps d'attente ne lui a pas paru trop long. Le chariot que Zaël ramène est plein. Il y a des sacs de graines, de la farine, de la nourriture, des ballots de paille, de foin et des cages contenant des poules et un superbe coq. A l'arrière, une vache et deux chèvres sont attachées et suivent docilement. Zaël les désigne.


- Les deux chèvres sont pleines, cela m'a coûté un peu plus cher mais ça valait le coup. Au mieux nous aurons des chèvres en plus pour le fromage, au pire, nous aurons de la viande. Je referais un tour pour aller chercher les cochons, plus tard. Tâchons déjà d'installer tout notre petit monde, tu veux bien ?

Mériale se remonte les manches.

- Et comment !

Ensemble, ils déchargent les cages des poules et du coq, les libèrent dans le poulailler avant d'entrainer les chèvres et la vache dans l'étable. Une fois les animaux bien installés, ils s'occupent de rentrer les ballots et les sacs de graines dans la grange avant de terminer par la nourriture et les divers ustensiles qu'à également rapporté Zaël. La journée est bien avancée quand enfin, ils prennent la peine de se détendre avant le dîner. Zaël allume sa pipe tandis que Mériale fait déjà des ronds de fumée avec la sienne. Le génasi sourit.

- Et voilà, encore un tour pour les cochons et nous pourrons commencer à nous occuper de nos plantations.

Mériale approuve d'un hochement de tête.

- Oui, je commencerais d'ailleurs pendant ton voyage pour préparer le potager et le verger.

Les deux amis fument, imaginant déjà les fruits futurs de leur labeur. Une vie rude mais simple qu'ils aiment tous les deux...


(à suivre)

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 Sujet du message: Re: [Récit] Une vie de paysan.
MessageMessage posté...: Jeu 11 Fév 2021, 15:05 
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Le lendemain matin, lorsque Zaël vient se mettre à table pour le petit déjeuner, Mériale le fixe en fronçant les sourcils.

- Tu as les traits tirés, tu as mal dormi ?

Le génasi opine du chef.

- J'ai fais des cauchemars mais impossible de m'en rappeler.

Mériale sourit et au même moment, un rayon de soleil filtre par la fenêtre et vient éclairer ses cheveux cuivrés. Éclairée ainsi, elle est radieuse et...si belle.
Les yeux de Zaël s'écarquillent soudain tandis qu'il sent son cœur se mettre à battre plus vite. Il baisse aussitôt les yeux sur son écuelle de gruau pour cacher son trouble.

°° Je..je suis en train de tomber amoureux de Méri. °°

Cette révélation le perturbe énormément. Des sentiments mitigés l'assaillent tandis que Méri, inconsciente de ce qui se passe, parle gaiement des futures récoltes qu'ils pourront faire. Il est en deuil depuis si peu de temps et Mériale également. Comment pourrait-il se permettre de la courtiser ?

°° Cela ne se peut, c'est... c'était la meilleure amie de Lyzzie, c'était l'épouse de Phil...Elle est mon amie. °°

L'idée qu'il pourrait détruire leur amitié, leur connivence, en lui déclarant sa flamme le terrifie.

°° Dieux, je ne supporterais pas de la perdre. °°

Un frisson glacé vient parcourir son robuste corps. Il lève les yeux et la regarde avec un regard nouveau, plus intense, plus brillant...qui ne lui échappe pas. elle se tait soudain et penche la tête de côté, interloquée.


- Qu'y a t-il, Zaël ? Qu'est ce que tu as ?

Une lueur d'inquiétude se lit dans son regard et le génasi sent son cœur fondre.
Il se reprend très vite, cependant, ne voulant surtout pas qu'elle se doute de quelque chose. Il secoue la tête et sourit.


- Non, rien, je pensais à mon voyage à venir et aux kilomètres qu'il me faut faire encore.

Il soupire avant de rajouter.

- Vivement mon retour !

Mériale rit tout en servant du thé. Zaël retient ce moment où ses cheveux viennent caresser le dessus de la table quand elle se penche pour verser le liquide brûlant. Il le retient pour le ranger dans sa mémoire et le garder précieusement. Ensemble, ils dévorent leur repas du matin tout en devisant joyeusement. Enfin, à son grand désespoir, Mériale se lève et débarrasse la table avant de tout nettoyer. elle s'exclame, un brin taquine.

- Dis-donc, tu nous a fait traîner à table, Zäel, allez ouste, il faut te mettre en route !

Il acquiesce et prépare son paquetage pour le trajet. Une fois son sac fait, il sort et regarde Mériale en train de terminer d'atteler le cheval au chariot. Soudain, un voile d'inquiétude vient se poser sur son cœur. Un sombre pressentiment le saisit et l'effraie. Il ne sait trop dire pourquoi mais il a peur...peur de ne jamais la revoir.

°° C'est ridicule, enfin, qui pourrait vouloir attaquer un chariot vide avec juste moi comme cocher ? Allons, l'amour te rend bête, mon pauvre vieux ! °°

Il dépose le sac dans le chariot et se tourne vers son amie. Il hésite, la fixe un instant avant de la saisir et de la serrer dans ses bras, délicatement. Surprise, Mériale l'étreint à son tour avant de le lâcher et de lever la tête vers lui. Elle fronce les sourcils et, de nouveau, une lueur d'inquiétude vient briller dans ses yeux.


- Tu es sûr que tout va bien, Zaël ? Tu sembles...euh...je ne sais pas...différent de d'habitude. Quelque chose te tracasse ?

Il secoue la tête en riant.

- Non, ne t'inquiète pas, je suis juste un incorrigible angoissé et je pense à ce qui pourrait arriver comme catastrophe. Tu sais, on a eu de la chance pour la construction et l'aménagement jusqu'à maintenant et je crains de voir la dame Tymora cesser de nous sourire.

Mériale rit à son tour et lui tape amicalement l'épaule.

- Mais non, nigaud, tout va bien se passer. Allez file et ramène-nous de belles bêtes !

Il hoche la tête et monte sur le chariot avant de faire un petit claquement de langue que le cheval connait bien et qui le fait se mettre en route. Tandis qu'il s'éloigne, Zaël ne cesse de regarder en arrière pour voir son amie. Ce sont des clichés qu'il emmagasine dans sa mémoire tandis que le sentiment d'un malheur à venir ne cesse de s'accrocher à lui. Enfin, au bout d'un moment, il ne peut plus la voir et regarde, à nouveau, vers le chemin devant lui. Le trajet est pénible, non pas à cause du temps, mais parce qu'il reste sur le qui-vive tout du long. Le moindre bruissement suspect le fait se retourner, la moindre ombre lui fait plisser les yeux pour vérifier qu'il ne s'agit pas d'un brigand. Il croise quelques voyageurs et se montre à peine courtois tant il est méfiant. Enfin, quand les toits de la cité apparaissent, il soupire de soulagement et en sourit.

°° Pauvre idiot que je suis, que pouvait-il donc m'arriver ? Vu ma carrure, franchement, qui oserait s'attaquer à moi ? °°

Il secoue la tête mais au fond de lui, il sent toujours cette sourde sensation de malheur. Il tente de l'enfouir au plus profond de lui et se focalise sur sa tâche à accomplir. Il lui faut quelques heures pour trouver les meilleurs cochons qu'il puisse se permettre d'acheter et négocie chaque bête avec brio. Enfin, à la fin de la journée, il a réussi à acheter trois truies dont une est pleine et un mâle. Laissant ses nouvelles acquisitions passés une dernière nuit dans leur enclos, Zaël prend une chambre à l'auberge et y dîne rapidement avant d'aller se coucher.

Dans l'obscurité de sa chambre, le génasi sent cette affreuse sensation refaire surface. Un voile glacé étreint son cœur et il ne cesse de se demander ce que cela peu bien vouloir dire.

°° Pourquoi cette sensation d'un grand malheur s'accroche ainsi à moi. Beshaba m'aurait-elle prise pour cible ? °°

Inquiet, il fini par sombrer dans un sommeil agité et ne se réveille qu'au petit matin, trempé de sueur. Sa nuit a été ponctuée de nombreux cauchemars et il ne se rappelle d'aucun. Seul une odeur lui revient en mémoire : une odeur de brûlé. Il se lève, fait un brin de toilette avant de s'habiller et de descendre prendre un solide petit déjeuner. Après avoir récupéré son chariot, il part chercher ses bêtes et quitte la ville rapidement. Il s'efforce d'imaginer Mériale en train de l'attendre et bondissant de joie en voyant arriver les dernières bêtes pour leur ferme.

Il s'imagine la soirée qu'ils passeront tous les deux à prévoir les choses à faire pour permettre d'accueillir comme il se doit les voyageurs de passage. Les chambres sont prêtes et peut-être pourrait-il améliorer le coin de la grange qu'ils ont décidé de consacrer aux voyageurs les plus démunis ou n'ayant pas de quoi payer une chambre.

°° Ils pourront donner un petit coup de main pour les travaux de la ferme en échange de leur coucher et d'un repas. °°

Tandis qu'il trouve cette idée excellente, il prend soudain conscience de sentir une odeur bizarre...une odeur de brûlé, porté par le vent. Il sort de ses pensées pour apercevoir, au loin, une colonne de fumée. Son sang se glace et il reste une seconde tétanisé.

°° non... °°

Il claque sa langue et le cheval accélère tandis que la fumée se rapproche. Il n'ose pas penser, de peur d'attirer le malheur mais en a t-il besoin ? Le malheur semble avoir déjà frappé. Au fur et à mesure, la catastrophe apparait dans toute son horreur. La grange et l'étable ont été entièrement dévastées par le feu et il n'en reste que des débris noirs, la porcherie et le poulailler sont dans le même état tandis que la longère termine de se consumer. Les cadavres des bêtes jonchent le sol mais c'est la silhouette de Mériale, qu'il aperçoit gisant près de la demeure qui lui déchire le cœur en mille morceaux.

°° Non...non,non, non... Pitié...ô dieux, pitié, pas ça ! °°

Il saute du chariot et court vers le corps étendu. Il tombe à genoux près d'elle et avec une douceur infini, il la retourne. Son visage a une expression de souffrance que la mort a préservé. Elle a été frappée, violentée, et sa main gauche a été tranchée. Les yeux de Mériale sont ouverts et regardent vers le ciel...ses magnifiques yeux clairs qui ne voient plus rien. Zaël les fixent un instant avant de rejeter la tête en arrière et de hurler. Il crie pendant des heures, pleure et recommence à crier jusqu'à ne plus avoir de voix. Il fini par s'écrouler, terrassé par le chagrin et la fatigue. La chaleur du soleil, alors que la douzième heure du jour approche, le réveille.

Il reste encore un bon moment à bercer le corps sans vie de Mériale entre ses bras avant de se décider à se relever. Il la soulève et la porte à l'arrière de ce qui reste de la longère, là où devait se faire le potager. Il la dépose et part fouiller les décombres pour en sortir une pelle et une pioche. Il prend le temps de lui faire une tombe décente avant d'aller chercher le chariot, resté à proximité. Il s'occupe du cheval, libère les cochons qu'il laisse partir, se force à manger un peu des provisions qu'il a encore avant de se glisser à l'intérieur du véhicule et de s'y endormir. Le lendemain matin, dès son réveil, il tourne autour des restes des bâtiments à la recherche du moindre indice.

Il prend le temps qu'il faut, ne néglige rien et réunit tout ce qui peut l'aider à comprendre qui sont les assassins de Mériale. Il y passe plusieurs jours, refait les mêmes recherches deux fois, trois fois, quatre fois pour être certain de ne pas avoir loupé quelque chose. Enfin, au bout de toute cette peine, il arrive à déterminer avec une bonne précision qui sont les meurtriers. Il fixe dans sa main un pendentif arraché, certainement par Mériale, à l'un de ses agresseurs. C'est une petite plaque de bois sculptée où une main coupée est représentée.

A proximité de la longère, de nombreuses traces lui montre que les tueurs doivent être trois ou quatre mais pas plus. Ils sont à cheval et les traces repartent vers la cité de Marsembre. Sans plus attendre, Zaël glisse le pendentif dans sa poche et reprend le chariot pour retourner en ville. En chemin, il lève son poing vers le ciel et prononce des paroles solennelles.


- Entends-moi, Hôar, et abaisse ton regard vers ton humble serviteur. Je jure de venger la mort de Mériale et de faire payer jusqu'au dernier ceux qui lui ont ravi son avenir ! Puisses-tu armé mon bras et me soutenir dans ma quête !

Le regard du génasi se fait dur comme la pierre dont l'héritage lointain coule dans ses veines. La mâchoire serrée, il guide le chariot, impatient de retrouver la trace de ces hommes ignobles qui n'ont pas hésité à tuer une femme de bien.

°° Ma belle Méri, je jure que je ne cesserais jamais de rechercher ceux qui t'ont fait disparaitre. Puisses-tu être heureuse dans le royaume de Chauntéa. °°

Lorsque les toits de Marsembre apparaissent, les yeux de Zaël se plissent...la traque va commencer !


(à suivre)
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