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Le lendemain matin, lorsque Zaël vient se mettre à table pour le petit déjeuner, Mériale le fixe en fronçant les sourcils.
- Tu as les traits tirés, tu as mal dormi ?
Le génasi opine du chef.
- J'ai fais des cauchemars mais impossible de m'en rappeler.
Mériale sourit et au même moment, un rayon de soleil filtre par la fenêtre et vient éclairer ses cheveux cuivrés. Éclairée ainsi, elle est radieuse et...si belle. Les yeux de Zaël s'écarquillent soudain tandis qu'il sent son cœur se mettre à battre plus vite. Il baisse aussitôt les yeux sur son écuelle de gruau pour cacher son trouble.
°° Je..je suis en train de tomber amoureux de Méri. °°
Cette révélation le perturbe énormément. Des sentiments mitigés l'assaillent tandis que Méri, inconsciente de ce qui se passe, parle gaiement des futures récoltes qu'ils pourront faire. Il est en deuil depuis si peu de temps et Mériale également. Comment pourrait-il se permettre de la courtiser ?
°° Cela ne se peut, c'est... c'était la meilleure amie de Lyzzie, c'était l'épouse de Phil...Elle est mon amie. °°
L'idée qu'il pourrait détruire leur amitié, leur connivence, en lui déclarant sa flamme le terrifie.
°° Dieux, je ne supporterais pas de la perdre. °°
Un frisson glacé vient parcourir son robuste corps. Il lève les yeux et la regarde avec un regard nouveau, plus intense, plus brillant...qui ne lui échappe pas. elle se tait soudain et penche la tête de côté, interloquée.
- Qu'y a t-il, Zaël ? Qu'est ce que tu as ?
Une lueur d'inquiétude se lit dans son regard et le génasi sent son cœur fondre. Il se reprend très vite, cependant, ne voulant surtout pas qu'elle se doute de quelque chose. Il secoue la tête et sourit.
- Non, rien, je pensais à mon voyage à venir et aux kilomètres qu'il me faut faire encore.
Il soupire avant de rajouter.
- Vivement mon retour !
Mériale rit tout en servant du thé. Zaël retient ce moment où ses cheveux viennent caresser le dessus de la table quand elle se penche pour verser le liquide brûlant. Il le retient pour le ranger dans sa mémoire et le garder précieusement. Ensemble, ils dévorent leur repas du matin tout en devisant joyeusement. Enfin, à son grand désespoir, Mériale se lève et débarrasse la table avant de tout nettoyer. elle s'exclame, un brin taquine.
- Dis-donc, tu nous a fait traîner à table, Zäel, allez ouste, il faut te mettre en route !
Il acquiesce et prépare son paquetage pour le trajet. Une fois son sac fait, il sort et regarde Mériale en train de terminer d'atteler le cheval au chariot. Soudain, un voile d'inquiétude vient se poser sur son cœur. Un sombre pressentiment le saisit et l'effraie. Il ne sait trop dire pourquoi mais il a peur...peur de ne jamais la revoir.
°° C'est ridicule, enfin, qui pourrait vouloir attaquer un chariot vide avec juste moi comme cocher ? Allons, l'amour te rend bête, mon pauvre vieux ! °°
Il dépose le sac dans le chariot et se tourne vers son amie. Il hésite, la fixe un instant avant de la saisir et de la serrer dans ses bras, délicatement. Surprise, Mériale l'étreint à son tour avant de le lâcher et de lever la tête vers lui. Elle fronce les sourcils et, de nouveau, une lueur d'inquiétude vient briller dans ses yeux.
- Tu es sûr que tout va bien, Zaël ? Tu sembles...euh...je ne sais pas...différent de d'habitude. Quelque chose te tracasse ?
Il secoue la tête en riant.
- Non, ne t'inquiète pas, je suis juste un incorrigible angoissé et je pense à ce qui pourrait arriver comme catastrophe. Tu sais, on a eu de la chance pour la construction et l'aménagement jusqu'à maintenant et je crains de voir la dame Tymora cesser de nous sourire.
Mériale rit à son tour et lui tape amicalement l'épaule.
- Mais non, nigaud, tout va bien se passer. Allez file et ramène-nous de belles bêtes !
Il hoche la tête et monte sur le chariot avant de faire un petit claquement de langue que le cheval connait bien et qui le fait se mettre en route. Tandis qu'il s'éloigne, Zaël ne cesse de regarder en arrière pour voir son amie. Ce sont des clichés qu'il emmagasine dans sa mémoire tandis que le sentiment d'un malheur à venir ne cesse de s'accrocher à lui. Enfin, au bout d'un moment, il ne peut plus la voir et regarde, à nouveau, vers le chemin devant lui. Le trajet est pénible, non pas à cause du temps, mais parce qu'il reste sur le qui-vive tout du long. Le moindre bruissement suspect le fait se retourner, la moindre ombre lui fait plisser les yeux pour vérifier qu'il ne s'agit pas d'un brigand. Il croise quelques voyageurs et se montre à peine courtois tant il est méfiant. Enfin, quand les toits de la cité apparaissent, il soupire de soulagement et en sourit.
°° Pauvre idiot que je suis, que pouvait-il donc m'arriver ? Vu ma carrure, franchement, qui oserait s'attaquer à moi ? °°
Il secoue la tête mais au fond de lui, il sent toujours cette sourde sensation de malheur. Il tente de l'enfouir au plus profond de lui et se focalise sur sa tâche à accomplir. Il lui faut quelques heures pour trouver les meilleurs cochons qu'il puisse se permettre d'acheter et négocie chaque bête avec brio. Enfin, à la fin de la journée, il a réussi à acheter trois truies dont une est pleine et un mâle. Laissant ses nouvelles acquisitions passés une dernière nuit dans leur enclos, Zaël prend une chambre à l'auberge et y dîne rapidement avant d'aller se coucher.
Dans l'obscurité de sa chambre, le génasi sent cette affreuse sensation refaire surface. Un voile glacé étreint son cœur et il ne cesse de se demander ce que cela peu bien vouloir dire.
°° Pourquoi cette sensation d'un grand malheur s'accroche ainsi à moi. Beshaba m'aurait-elle prise pour cible ? °°
Inquiet, il fini par sombrer dans un sommeil agité et ne se réveille qu'au petit matin, trempé de sueur. Sa nuit a été ponctuée de nombreux cauchemars et il ne se rappelle d'aucun. Seul une odeur lui revient en mémoire : une odeur de brûlé. Il se lève, fait un brin de toilette avant de s'habiller et de descendre prendre un solide petit déjeuner. Après avoir récupéré son chariot, il part chercher ses bêtes et quitte la ville rapidement. Il s'efforce d'imaginer Mériale en train de l'attendre et bondissant de joie en voyant arriver les dernières bêtes pour leur ferme.
Il s'imagine la soirée qu'ils passeront tous les deux à prévoir les choses à faire pour permettre d'accueillir comme il se doit les voyageurs de passage. Les chambres sont prêtes et peut-être pourrait-il améliorer le coin de la grange qu'ils ont décidé de consacrer aux voyageurs les plus démunis ou n'ayant pas de quoi payer une chambre.
°° Ils pourront donner un petit coup de main pour les travaux de la ferme en échange de leur coucher et d'un repas. °°
Tandis qu'il trouve cette idée excellente, il prend soudain conscience de sentir une odeur bizarre...une odeur de brûlé, porté par le vent. Il sort de ses pensées pour apercevoir, au loin, une colonne de fumée. Son sang se glace et il reste une seconde tétanisé.
°° non... °°
Il claque sa langue et le cheval accélère tandis que la fumée se rapproche. Il n'ose pas penser, de peur d'attirer le malheur mais en a t-il besoin ? Le malheur semble avoir déjà frappé. Au fur et à mesure, la catastrophe apparait dans toute son horreur. La grange et l'étable ont été entièrement dévastées par le feu et il n'en reste que des débris noirs, la porcherie et le poulailler sont dans le même état tandis que la longère termine de se consumer. Les cadavres des bêtes jonchent le sol mais c'est la silhouette de Mériale, qu'il aperçoit gisant près de la demeure qui lui déchire le cœur en mille morceaux.
°° Non...non,non, non... Pitié...ô dieux, pitié, pas ça ! °°
Il saute du chariot et court vers le corps étendu. Il tombe à genoux près d'elle et avec une douceur infini, il la retourne. Son visage a une expression de souffrance que la mort a préservé. Elle a été frappée, violentée, et sa main gauche a été tranchée. Les yeux de Mériale sont ouverts et regardent vers le ciel...ses magnifiques yeux clairs qui ne voient plus rien. Zaël les fixent un instant avant de rejeter la tête en arrière et de hurler. Il crie pendant des heures, pleure et recommence à crier jusqu'à ne plus avoir de voix. Il fini par s'écrouler, terrassé par le chagrin et la fatigue. La chaleur du soleil, alors que la douzième heure du jour approche, le réveille.
Il reste encore un bon moment à bercer le corps sans vie de Mériale entre ses bras avant de se décider à se relever. Il la soulève et la porte à l'arrière de ce qui reste de la longère, là où devait se faire le potager. Il la dépose et part fouiller les décombres pour en sortir une pelle et une pioche. Il prend le temps de lui faire une tombe décente avant d'aller chercher le chariot, resté à proximité. Il s'occupe du cheval, libère les cochons qu'il laisse partir, se force à manger un peu des provisions qu'il a encore avant de se glisser à l'intérieur du véhicule et de s'y endormir. Le lendemain matin, dès son réveil, il tourne autour des restes des bâtiments à la recherche du moindre indice.
Il prend le temps qu'il faut, ne néglige rien et réunit tout ce qui peut l'aider à comprendre qui sont les assassins de Mériale. Il y passe plusieurs jours, refait les mêmes recherches deux fois, trois fois, quatre fois pour être certain de ne pas avoir loupé quelque chose. Enfin, au bout de toute cette peine, il arrive à déterminer avec une bonne précision qui sont les meurtriers. Il fixe dans sa main un pendentif arraché, certainement par Mériale, à l'un de ses agresseurs. C'est une petite plaque de bois sculptée où une main coupée est représentée.
A proximité de la longère, de nombreuses traces lui montre que les tueurs doivent être trois ou quatre mais pas plus. Ils sont à cheval et les traces repartent vers la cité de Marsembre. Sans plus attendre, Zaël glisse le pendentif dans sa poche et reprend le chariot pour retourner en ville. En chemin, il lève son poing vers le ciel et prononce des paroles solennelles.
- Entends-moi, Hôar, et abaisse ton regard vers ton humble serviteur. Je jure de venger la mort de Mériale et de faire payer jusqu'au dernier ceux qui lui ont ravi son avenir ! Puisses-tu armé mon bras et me soutenir dans ma quête !
Le regard du génasi se fait dur comme la pierre dont l'héritage lointain coule dans ses veines. La mâchoire serrée, il guide le chariot, impatient de retrouver la trace de ces hommes ignobles qui n'ont pas hésité à tuer une femme de bien.
°° Ma belle Méri, je jure que je ne cesserais jamais de rechercher ceux qui t'ont fait disparaitre. Puisses-tu être heureuse dans le royaume de Chauntéa. °°
Lorsque les toits de Marsembre apparaissent, les yeux de Zaël se plissent...la traque va commencer !
(à suivre)
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