Sulik Mekuni est né dans une humble et heureuse famille à Tashluta, une ville principalement animée par les marchands qui viennent et partent durant toute l'année. Sa mère était tenancière d'une auberge près du port et était aidée du père le soir lorsqu'il avait terminé de travailler sur les docks toute la journée. Sulik avait un grand frère appelé Sestanilar. Il avait quatre ans de plus et était de nature protecteur.
Au fur et à mesure des années, il fallait s'atteler à la tâche en aidant à s'occuper de l'auberge. Très vite, il prit la place de son frère aîné partit aider leur père sur les docks. Sulik trouvait les corvées à l'auberge trop ennuyantes et se dépêchait de les terminer pour aller s’amuser dehors. Durant l'une de ses escapades urbaines il rencontra Kelly, une jeune humaine de son âge aux cheveux bruns et aux yeux noirs comme le jais, dont il tomba amoureux. Le jeune frère avait alors dix ans lors de cette rencontre. Cette admiration qu'il garda secret de sa famille et surtout de son frère le rendait heureux et le stimulait dans sa vie, lui donnant une soif inextinguible de découvrir et d'apprendre de nouvelles choses. Les tâches à l'auberge se faisaient plus expéditives voir même ne se terminaient plus, tant l’excitation de sortir le rongeait. Il intégra rapidement un petit gang de sous-fifres composé majoritairement d'enfants menés par un homme plus ou moins respectable. Il leur distribuait des messages à faire circuler à l’abri des regards pour des destinataires peu recommandables en échange de quelques pièces de cuivre. Il s'entendait bien avec les autres gamins et devint même en quelques mois un chef naturel. Ce n'était pas passé inaperçu par le délivreur (nom donné par les enfants à celui de donnait les messages à livrer) qui portait un intérêt grandissant envers le jeune Sulik. Rapidement il eu la responsabilité de relayer les directives du délivreur aux autres messagers. Il vu sa paye augmentée à quelques pièces d'argent qui lui servirent à acheter sa première dague. Il finit sous la tutelle de Gremjo, le délivreur. Il lui apprit à se battre avec finesse et agilité, à magouiller, à mentir… mais ne parvint pas à corrompre l'esprit du jeune homme qui était guidé par l'amour et non l'avidité. Il lui enseigna aussi à lire et à écrire le commun et l'orque, lui indiquant que son travail nécessitait parfois de négocier et/ou de recourir à une protection supplémentaire. Les orques étaient selon Gremjo de bons larbins peu cher pour des travaux bien musclés et le commun était la langue préféré des marchands et surtout la plus répandue sur tout le continent.
Après quelques années, la maladie pris le père des Mekuni dans son étreinte avant de le donner aux griffes de la mort. Jamais jusqu'à ce jour Siluk n'avait perdu un être cher et la tristesse le rongeait. Il ne fut pas au bout de ses peines lorsqu'il apprit par une lettre que la famille de Kelly s'en allait de Tashluta et avait déjà embarquée vers une destination qu'elle ne connaissait pas. Sestanilar prit l'initiative d'entrer dans la milice pour fournir les revenues suffisants à leur mère qui supportait mal le décès de son mari.Les frères Mekuni avaient respectivement seize et douze ans. Le plus jeune stoppa peu à peu de fréquenter son petit groupe pour revenir aider sa mère à l'auberge. Il faisait toujours son travail de ''distributeur'' lorsqu'il avait le temps. Il commença à sérieusement économiser les fruits de cette petite entreprise en attendant une bonne opportunité pour quitter la ville et retrouver Kelly.
C'est alors que deux années plus tard, cette opportunité se présenta. Un marchand recherchait des mercenaires pour l'escorter dans un long voyage visant à établir son commerce sur de nombreuses villes de la côte. Sestanilar annonça à toute la famille qu'il rejoignait cette expédition et fit de rapides adieux. Une fois la nouvelle apprise, Sulik se précipita dans sa chambre, fit son sac et harnacha sa ceinture de dagues. Sur un morceau de papier, il nota un nom et une adresse, puis le plia en quatre. Il descendit voir sa mère et lui informa qu'il prenait la même décision que son frère. La mère des Mekuni n'avait pas l'air surprise de cette décision. « Deux frères doivent veiller l'un sur sur l'autre » disait-elle. Les larmes aux yeux mais avec un sourire, il prit la main de sa mère et la lui renferma autour de la note pliée. « Si tu as des problèmes, tu vas à cette adresse en disant ton nom. Au revoir ! ». Il sortit le cœur lourd et se dirigea vers le port en séchant ses larmes et en courant.
C'est avec de gros yeux que Sestanilar reçu l'arrivé de Sulik. Les deux frères purent se mettre d'accord seulement après une discussion acharnée. Bien sûr, le jeune frère n'avait rien révélé de ses véritables motivations et insista sur le fait que son départ était dû à celui de son grand frère seulement. Il y eu quelques duels pour finalement convaincre le chevalier Mekuni de laisser son frère partir avec lui. La ténacité du grand frère était tenue en respect par l'agilité du plus jeune et ils démontraient tous les deux à peu près la même force.
L'expédition marchande prit la mer avec à son bord les deux frères Mekuni, les émissaires marchands, son équipage ainsi que d'autres mercenaires aux talents variés. De port en port, les émissaires établirent leurs contrats pendant que Sulik enquêtait discrètement sur la famille de Kelly. Son espoir de la revoir était mince mais il se devait d'au moins essayer d'établir un contact même indirect.
L'expédition avait duré six années avec pour seuls obstacles des marchands mal avisés, des pirates qui l'étaient encore moins et une météo maritime parfois capricieuse. Le jeune frère n'avait reçu aucune nouvelle, aucun indice sur les devenirs de Kelly, et la jeune fille qu'il avait connu s'effaça peu à peu de son esprit. La destination finale se devait d'être une petite île isolée nommée Gemmaline. Durant ce dernier voyage, la fête battait son plein sur le bateau et l'alcool coulait à flot pour tout le monde. Cette erreur grotesque se fit payer très vite lorsqu'une tempête s'annonça et que l'équipage trop engourdit ne pu manœuvrer pour esquiver les récifs proches de l'île. Après un fracas de vagues, de roches et de bois, les deux frères s'accrochèrent aux débris flottants en espérant un miracle.