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Un silence tomba, lourd, pas sur le champ de bataille, non, car les combats continuaient, les cris résonnaient encore plus fort, le métal s’entrechoquait fortement, mais autour d’elle, c’était comme si le monde retenait son souffle. Le regard de Kaelgor, le Dragon des Veines, ne quittait pas Marceline. Ses écailles de cuivre incandescent pulsaient au même rythme que le bassin… au même rythme que son cœur.
*La lance.* Dit-il sans mots qui résonnait en elle et non dans l’air, comme un battement d’ailes puissant, l’air vibrait, une note de plus dans ce monde étrange. Le sang du bassin explosait en une gerbe épaisse et lente, défiant la gravité. Il ne giclait pas, il s’élevait, se rassemblait, s’étirait, prenant ainsi vie. Une forme, longue, brutale et bien vivante.
La lance apparut, non pas forgée, mais née.
Son fût semblait fait d’os poli et de métal ancien mêlés, parcouru de veines rouge sombre qui pulsaient doucement. Sa pointe, elle, était d’un éclat presque liquide, comme si elle pouvait percer non seulement la chair… mais touts autres matériaux.
Marceline la sentait avant même de la toucher, une faim incroyable de la posséder, et…
*Tu n’as pas choisi une arme. * Murmurait Kaelgor dans son esprit. * Tu as choisi une manière de frapper. *
La lance tombait vers elle. Lorsque Marceline la saisit, le monde autour d’elle se déchirait. Maintenant ailleurs, la demi-ogresse se retrouvait non pas dans le cratère, ni dans la bataille. Elle était dans le coup, dans la trajectoire, dans l’impact. Elle sentit une poitrine se rompre sous la poussée, elle sentit une volonté céder, elle sentit une vérité transpercée et surtout, elle sentit que la lance ne s’arrêterait jamais vraiment jusqu’à ce qu’elle touche. Marceline saisit, cette sensation, elle ne l’avait jamais ressenti et pourtant… combien de fois elle avait été l’arme elle-même?
*Je suis Irravel, la Lance du Sang Vivant.*
Elle revint devant le cratère. Le dragon était toujours là, mais quelque chose avait changé. Autour d’elle, les combats semblaient ralentir, cependant ils ne ralentissaient pas, c’était elle qui voyait plus loin; chaque coup, chaque blessure, chaque décision. Les lignes de cause et de conséquence. Le sang versé… et ce qu’il entraîne.
Kaelgor abaissait alors lentement sa tête immense, jusqu’à ce que son regard soit à hauteur de Marceline. * Le Cœur Rouge ne récompense pas la force. Il révèle ce que ta force fait au monde. * Un souffle brûlant se faisait sentir, mais pas hostile. * La lance est pour ceux qui avancent. Pour ceux qui percent. Pour ceux qui n’attendent pas que le monde change. *
Un silence profond, sourd, puis plus grave, lui semblait interminable et… * Chaque fois que tu frapperas… quelque chose en toi avancera aussi. *
Un battement de cœur plus tard... * Et n’oublie pas tout ce qui avance ne revient pas. *Le bassin se calmait. La lance, elle, restait dans ses mains. Vivante. Présente. Liée.
Dans le lointain, très loin sous tout cela, quelque chose d’encore plus ancien que Kaelgor semblait avoir pris note de son choix.
Une autre question se posait à elle… * Deviendras-tu chevalière ou spectatrice? *
_________________ Seuls les morts ont vu la fin de la guerre, car tout le monde ne mérite pas une fin heureuse. Donc je ne suis pas là pour vous menacer. Je suis là pour vous tuer !
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