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*Les embruns vinrent fouetter la paille de riz de son chapeau conique. Une goutte d'eau parmis ces sœurs se démarqua, s'achemina à travers le tressage jusqu'au bord du chapeau et, suspendu au vide, lâcha prise pour s'abandonner à sa chute et vint s'éclater sur le museau d'un loup d'argent. Le tête du loup, forgé par les kamis du Feu, ornementait le pommeau de son katana, sous la suba (garde) sa main de paix affirmait sa prise à la saya. La lame dormait paisiblement depuis qu'il l'avait sortit la dernière fois, sa première fois. Ses poignets ressentaient encore la déchirure propre du cuir et le fracas du crâne de son oncle, la tiédeur du sang qui avait fuit frénétiquement vers son visage. C'était il y a trois ans.*
*Shobei retrouvé mort immolé de l'intérieur, et son frère disparu, l'oncle de Yamaki avait reprit la gérance du domaine familiale et c'était déclarer nouvel époux de Natsumi. Cet oncle, Matahashi SHIMUSA, avait évincé le seul dignitaire des boieries en l'envoyant servir le Temple des 9 dans les montagnes de Tsukishima. A ses douze printemps le jeune SHIMUSA Yamaki se vit renvoyé des ses trois sœurs, de sa mère et de son village. Le Temple de l'Empereur Céleste le recueillit alors avec grand intérêt un soir où le dernier croissant de lune laisse l'espoir d''un renouveau. Un soir où perché dans les profondeurs des monts Aïtsu-Ji, dans un monastère accroché aux étoiles:
- « Avez vous définie l'origine de cette marque, frère Osa? » Le vénérable était arrivé silencieusement dans la petite pièce de soin, son regard pâle de cécité s'était posé sur Yamaki. Son crâne apparent ne laissait plus le souvenir de sa longue chevelure fière et noir, il venait de recevoir la tonte, A genoux au sol, la tête baissée, il ne portait plus que son hakama dénoué qui faisait ainsi apparaître sous son nombril une flamme bleue.
- « Il semblerait que ça soit l'empreinte d'un Kami. Voyez cette flamme, sans doute celle d'Ôkami... » avait répondu frère Osa - « hmm, représente t-elle un quelconque danger pour son éducation? » - « Non, la seule contrainte c'est que ce jeune homme sera un disciple plutôt évasif à mon avis »
Les tâches de l'âge se froissèrent sur le front du vénérable. L'air assombri par ses réflexions retenait la décision à prendre, et d'un coup sec le patriarche frappa le sol de son bâton, les anneaux accrochés à son sommet tintèrent:
- « Faites venir le Bushin Hori (tatoueur)! Nous ne pouvons nous permettre d'Alchimiser les éléments des Kamis aux énergies du Céleste. Qu'il scelle l'empreinte d'Ôkami, et que ce jeune homme débute dés demain son enseignement, il est déjà beaucoup trop vieux, allez! »
Et dans l'épaisse brume des encens résonnaient les litanies des moines au rythme du maillet sur la tige d'encre. Et dans cette transe où la douleur ne se tenait qu'au seul bord de ses lèvres, Yamaki acheva sa première nuit au Temple, délié de son père.*
*Yamaki fut initié aux préceptes des 9, aux écritures et aux connaissances des mondes. L'atmosphère martiale dans laquelle il avait grandi aupès de son père ses 12 premières années, lui avait attirai les faveurs des moines gardiens, et ainsi durant 6 ans il évolua dans l'érudisme monacal. D'études de savoir aux études du corps, d'entrainement rigoureux aux précisions de la guérison, de l'appréhension du vide au souffle de l'énergie qui relie le Tout.*
*Un soir de son dix huitième automne, un de ces soirs où la lune s'écarlate de sa prochaine domination, un grand conseil extraordinaire s'était tenue. Les 9 vénérables s'étaient rassemblés et avaient convoqué Yamaki à se tenir présent devant le conseil, l'un d'eux accusa:
- « Nous avons requit ta présence ici pour une sombre affaire te concernant. Il y a quelque semaines nous avons reçu une missive écrite de la main de ton oncle. Elle nous informe que ta mère est possédée par un démon et nous en prie d'intervenir. Tu vas te rendre à Shimusa et tu nous tiendra des détails sur cette situation. Va! »
L'ordre était clair et ne demandait aucune objection. Yamaki descendit dans la vallée.
*Il avait mit trois jours pour se rendre à Shimusa, trois jours de trop, trois lunes écarlates, trois jours où les villageois avaient rendu leur sentence. Natsumi, sous la décision de Matahashi, avait été enterrée vivante sur la place du village où à présent se dressait un bloc de pierre haut de 6 mètres. Shiro se tenait là face à la stelle qui le dominait. Il était accompagné d'un personnage sombrement étrange, coiffé d'un long chapeau d'osier qui recouvrait son visage pour n'offrir qu'une bouche édentée aux lèvres pourpres. Un corbeau encerclé était peint sur sa coiffe.
- « Shiro...? Mais qu'est ce que... Je te croyais mort! » Yamaki, surpris de cette apparition si soudaine laissa un regard suspect jongler entre les deux hommes. - « Où est mère? On m'a envoyé élucider une bien étrange histoire à son compte. L'oncle Matahashi n'a apparemment pas assez de richesse pour qu'il veuille la dépeindre en démon! »
Un nuage vint voiler la clarté de la lune et dans cette même lenteur Shiro avait relevé la tête. Le regard livide il fixa son frère. Son teint blafard contrastait avec ses poches sombres sous les yeux, et à ses lèvres violacées se tendaient un rictus effrayant. Son kimono débraillé pendait à sa taille, la poitrine à nue, l'empreinte d'Ôkami contrainte de glyphes mystiques. Il tendit le bras, le sabre des SHIMUSA empoigné à la sura.
- « Notre cher oncle à enterrait notre mère, petit frère! Il l'a déclaré possédée et l'a inhumée ici même alors qu'elle respirait encore »
Le choc fut violent pour le cadet, les glyphes qu'il portait autour de son empreinte de naissance lui déchiraient la peau de l'intérieur et tomba à genoux une main au sol, l'autre à son ventre.
- « SHIRO!!!! FURIES DES ENFERS JE VAIS TE MASSACRER!!!! » Les yeux noyés de sang Matahashi chargé l'ainé de Yamaki, le sabre au clair comme un damné. Le jeune moine n'eut le temps de réfléchir. Il empoigna le pommeau du sabre que tenait son frére et projeta ce dernier à quelque mettre de sorte que la lame fut mise au vent. Il épousa l'attaque frontal de son oncle, les deux sabres armés au dessus du front s'abattirent dans un sifflement sec. Matahashi avait raté sa cible et la vague n'attendait que la relance, ses poignets étaient contrôlés par le dos de la lame de Yamaki, ils se tenaient hanches contre hanches. Le damné fit l'erreur de réarmer, la vague inspira son centre et sa lame de fond s'engouffra en travers le visage. Le nuage quitta la lune répondant au sang qui jaillissait du reste du corps. Immergé, Yamki ne sentait plus rien. Il rechercha l'aide de son frère, mais il avait une fois de plus disparu, avec ce corbeau bien singulier.*
*- « On sera à quai dans une heure Sana! » Une rafale de vent fit claquer son hakama et rabattit son chapeau sur sa nuque. Le soleil vint lui réchauffer le visage comme pour le rappeler au présent.
- « Merci, Pong. » Le marin eut un hoquet moqueur et poursuivit: - « Dites? Pour mon affaire, on fait quoi? » Yamaki rendit un sourire pour réponse et s'expliqua: -« Pong, tes dents sont pourries! Je suis médecin pas boucher. Arrêtes donc de boire cet ignoble tafia et je te prescrirai un régime, au moins pour ton foie. Là, mes aiguilles ne sont d'aucune utilité! » Pong s'esclaffa de tout son ventre - « Arrêter l'tafia... zêtes un marrant Doc!! C'est c'qui nous tient doc, loin de nos terres et loin de nos familles, nous reste qu'ça. Vous devriez essayer, vous savez d'quoi j'parle! »
Yamaki décrispa sa main du fourreau et accrocha de son pouce au sagyo. - « Je viens sur cette île pour rejoindre un membre de ma famille, Pong. Je remettrai à plus tard ton invitation! »*
*Pendant trois ans, avant de rejoindre cette embarcation, il avait été mis en cellule. L'acte meurtrier qu'il avait accomplie fut jugé inacceptable par le conseil et lui valut trois ans de retraite forcée. Sa cellule ne fut pas si horrible comme il s'y était attendue. Spacieuse, elle offrait un coin de bureau pour l'étude, une paillasse à même le sol dans un coin de l'espace général qui laissait la liberté aux mouvements martiaux. Il ne vit personne pendant ces 3 années. Seul de jeunes moines venaient lui donner ses repas et les quelques ouvrages qu'il demandait à lire par écrit. Une faible lucarne rythmait ses jours. Au bout de ce qui lui avait semblé une vie entière, il revint devant le conseil et dut se tenir en audience.
- « As tu eu un temps suffisant pour te repentir de ton acte, jeune Sohei? » - « Oui vénérable. » - « Et qu'en as tu résolu? » - « Arrêtez donc de le questionner de la sorte, » avait réagi un des 9 « il a eu trois ans pour se poser cette question, ne croyez vous pas cela est suffisant? » - « La folie est un germe parfois tenace, répliqua l'inquisiteur. » - « Certes certes, mais nous l'avons vu évoluer. Et nous ne sommes pas tout à fait étranger à ce qui est arrivé. » Le vénérable se leva de son siège et s'avança vers Yamaki, « Jeune Sohei, nous t'avons, à ton arrivée, retiré une partie de toi même. Et sûrement était ce une des plus sage que tu possédais. Vois tu, nous avons appris pendant ta retraite que tu étais le fils, du Kami des montagne, Ôkami. » Le Sohei leva le regard vers son interlocuteur, l'esprit perdu, « Cette flamme cerclée de glyphe, que tu as au ara, sait tu son efficience? » - »Maître, je ne... je n'ai pas pu en percer le mystère. » - « C'est la marque de ton père, qui te donne ces capacités à être si différent des humains mortels. Nous l'avons scellé afin qu'elle n'interagisse pas avec les énergies que tu as développé pendant ton initiation. Un autre que toi porte son empreinte, bien différente mais du même auteur assurément. Ton frère ainé, Shiro »
La brume de mystères s'épaississait de plus en plus, et le Sohei resta sans voix face à ses révélations déferlantes après trois ans d'isolement.
- « Peu de temps après ton entrée dans ta cellule, on nous fait parvenir un rapport décrivant Shiro en train de déterrer à l'aide de magies sombres la dépouille de ta mère, puis il s'en est évaporé une fois de plus. Au dernière nouvelle nos fidèles nous ont rapporté qu'il se trouvait sur l'île « des Maîtres Dragons ». Nous sommes tous ici présent pour te laisser une seconde chance.» Il sortit dessous sa cape le sabre des Shimusa, « Nous lui avons incrusté cette tête de loup, forgé sous la bienveillance des Kamis. Elle te rappelera qu'en toi, tu as suffisamment de sagesse et de compassion. Retrouve ton frère, et selon tous les préceptes que nous t'avons enseigné, juge bon de son destin. Si un doute vient obscurcir ton jugement, contacte nous. Et n'oublie pas jeune Sohei, le sabre est un trésor dans son fourreau!!! »
Yamaki avait rapatriait ses maigres effets et avait courue les montagnes pour se rendre au plus vite au port le plus proche. Sous une lune d'argent les hurlements des loups soufflaient la foulée du Sohei, laissant croire ses pieds courrant sur les vents.*
*Le cris d'une mouette le retira de ses souvenirs. Elle planait de même allure au dessus de la palanque et piaillait comme pour souhaiter une bienvenue. Yamaki s'avança à la proue et porta son regard au large. Un pic montagneux se dessinait sous les nuages, l'île des maitres dragons, Gemmaline.
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