| Aventurier confirmé |
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Il y a peu, des pirates esclavagistes accostant dans les criques de Gemmaline avaient retrouvé le corps d'un de leurs confrères, flottant sans vie au gré des vagues, à moitié dévoré par les animaux marins. Suspectant une mutinerie, la paranoïa les avait gagnés. Les affaires étaient florissantes, ce qui attirait la convoitise — tout à fait compréhensible — de certains, et les esclavagistes émirent l'hypothèse que les mutins avaient décidé de reprendre les rênes. Le Famélique était l'un de ceux-là, et la confiance dans ses hommes d'équipage étant une chose éphémère, voire inexistante, il avait cherché à se procurer un garde du corps temporaire. Le famélique aurait cependant pu choisir n'importe quel autre guerrier pour ce travail. Il se trouve que peu avant d'embarquer, il s'était vu contacté par un messager venu passer un contrat au nom d'un gemmalien. Ce dernier voulait rencontrer un tieffelin, et payait plus que grassement pour que celui-ci arrivât vivant sur Gemmaline. Le pirate aurait habituellement refusé ce type de demande extravagante, les tieffelins n'étant pas vraiment réputés pour leur commodité et leur bonne volonté. Mais Arkeïos était apparu peu après, comme un cadeau de Tymora sur un plateau d'or. Le tieffelin voulait négocier son voyage vers l'île, et le capitaine accepta sans l'ombre d'une hésitation, arguant que la réputation de sa race lui serait utile là-bas. Pour éviter que le mage ne refuse, il avait même proposé de l'emmener gratuitement et, en plus, de le rémunérer en nature, en plus de le déposer sur l'île. Le pirate, confiant, était tout à fait sûr que son bluff avait réussi, et fut des plus heureux tout au long de la douce et tranquille traversée. Même si Arkeïos ne ferait pas le retour avec eux, la parenté démoniaque du mage avait au moins tenu les matelots en respect, jusqu'au paiement en nature de la transaction. La nécessité de garder les prisonniers calmes ferait le reste pour le retour. Le pirate se sentait donc en sécurité.
Mais il se trompait.
Lourdement.
Arkeïos se tenait droit sur le pont, les bras croisés, l'air renfrogné. Il observait amèrement les esclaves entravés en face de lui, tentant toutefois de donner le change. Il affichait un calme à l'opposé total du volcan bouillonnant qui voulait désespérément érupter sur la personne du pirate famélique qui se tenait à ses côtés. Le volcanique tieffelin, dépassant le forban d'au moins une bonne tête, bouillonnait intérieurement de rage contre ces esclavagistes affamés de chair et de sang. Le pirate, au contraire, ne pouvait s'empêcher de sourire, ce qui lui donnait à la fois un air carnassier et heureux, en accord total avec ses propres sentiments. Il venait en effet de faire une sacrée affaire, car il était parvenu, grâce à la présence d'Arkeïos, à obtenir ces esclaves pour une somme dérisoire. Les voix au fin fond du crâne du semi-démon lui susurraient de tentantes envies de meurtre, qu'il avait du mal à réprimer, ce qui n'arrangeait rien. Il voulait, il devait leur faire mal, pour ce qu'ils faisaient à ces humanoïdes, mais il ne voulait pas céder au Mal en lui-même. * Je dois trouver un moyen de leur faire payer. * Pensait-il. * Ça serait tellement plus simple de les tuer ! * Lui répondaient les voix. * Non, je ne dois pas le faire. Ils doivent souffrir. Mais qui suis-je pour leur ôter la vie ? * Un moment de silence intérieur s'ensuivit, puis un énorme et résonnant cri lui parvint des profondeurs dimensionnelles : * UN TIEFFELIN ! *— LA FERME ! P'TAIN ! LAISSEZ-MOI PENSER EN PAIX !Les voix intérieures avaient jeté à la face de sa conscience les origines démoniaques d'Arkeïos, dans une dernière tentative de le ramener vers le Mal. Le mage, au bord de l'explosion de rage, hurla à pleins poumons à leur encontre, et quand son regard revint à la réalité, il vit tout un équipage de pirates et d'esclaves le regarder de leurs yeux tantôt soupçonneux, les mains sur les gardes d'épées, tantôt méfiants, reculant légèrement. Arkeïos observa tout ce petit monde d'un œil agacé, s'avançant de manière perceptible et menaçante, lâchant, mâchoires fermées :— Quoi ? Vous m'cherchez ?Ce qui n'était évidemment le cas pour aucun d'entre eux, la réputation des semi-démons faisant la plus grande partie du jeu. Les hommes d'équipage se remirent à préparer le pont pour leur voyage de retour, et emmenèrent petit à petit les esclaves dans la cale. Ce fut là qu'Arkeïos eut une idée, certes folle, mais il en avait l'habitude. — Eh, l'pirate. Dit-il en s'adressant au capitaine à ses côtés. T'as dit qu'j'pouvais prendre n'importe quel esclave, c'est ça ?— Certes oui, Maître mage.Le Famélique, qui continuait d'observer ses hommes affairés, évitait soigneusement de rappeler sa race au tieffelin, le sentant assez susceptible sur ce point. Il continua :— Je restreindrai toutefois votre choix. Voyez-vous, les femmes et enfants ont une grande valeur marchande, et cela fait longtemps que je ne me suis pas retrouvé en la galante compagnie d'une demoiselle… Vous pourrez donc prendre l'un des hommes, celui que vous souhaiterez.Le tieffelin bouillonnait de plus belle, à l'idée du traitement que ce mécréant réservait à ces êtres vivants. Il observait le pont. * Une idée, bordel ! Une idée ! * Il entraperçut un tonneau débordant de poudre près de l'un des canons. Ce bord était assez loin des prisons de la cale, ce qui était parfait. Un sourire narquois se dessina sur son visage.— J'me fou d'c'que tu veux leur faire. Mentit-il. J'veux c'ui-là.Il désigna du doigt un orque, aussi grand qu'Arkeïos lui-même, l'un des esclaves les plus costauds, et qui le regardait maintenant avec dédain — ainsi qu'une certaine envie de meurtre uniquement refrénée par les chaînes et menottes qu'il arborait aux poignets. Sa musculature impressionnante aurait dû suffire à le faire libérer de ses chaînes, mais l'esclave devait être assez prudent.— Un excellent choix, messire. Mais puis-je vous mettre en ga…— Pas la peine. Enl'vez-lui ses chaînes.Le Famélique l'observa une seconde, cherchant à comprendre, mais se résigna et inclina la tête. Il donna ses ordres, et deux moussaillons attachèrent une corde autour des mains de l'orque, avant de le libérer de ses menottes.
Tout se passa en moins de quelques secondes. Arkeïos s'élança avant que les deux matelots ne pussent reculer, et il se jeta sur le musculeux, qui se mit en position de défense. Toutefois, personne ne put voir la suite des évènements, car le tieffelin avait jeté une nappe de brouillard noire autour d'eux. Il dégaina sa dague, coupa promptement les liens qui retenaient l'orque, et murmura à son adresse : — T'es libre.Sans attendre, le guerrier empoigna la gorge de l'un des pirates, et un *crac* révélateur se fit entendre. Toujours dans le noir Arkeïos put entendre le second hurler, juste après que son épée fût dégainée, et en déduisit que ce n'était pas lui qui portait l'arme. Le tieffelin annula le sortilège, et les ténèbres s'évanouirent, alors que l'orque sautait, épée par-dessus la tête, dans la mêlée des matelots encore surpris par la situation. Arkeïos, amusé par la situation, visa le tonneau aperçu plus tôt, et décida simplement de jeter une boule de feu dans sa direction. L'explosion qui s'ensuivit fut digne de l'exagération d'un gnome barde contant les exploits de quelque tueur de dragon, et le bateau, éventré, était maintenant en flammes.
Le tieffelin se retourna, les flammes grandissants dans son dos, la masse d'esclaves se rebellant violemment contre leurs oppresseurs. Il se dirigeait vers le capitaine famélique qui, à terre, reculait devant cette vision infernale. Le mage, arrivé à sa hauteur, dominant l'apeuré de toute sa taille, l'attrapa au col, le fit se lever, et le menaça :— T'as intérêt à sauter à l'eau, et que j'te r'voie plus, s'tu veux sauver tes miches.Le tieffelin le toisa, puis, sans un mouvement autre que celui de sa main, lâcha le col de son adversaire, et enjamba le corps du pirate, retombé au sol. Il se dirigea vers le bastingage, attrapa une corde, et se retourna pour descendre en rappel du navire en flammes. Le capitaine tenta désespérément de le frapper de son épée dans son dos, mais l'orque fut plus rapide, et décapita sans vergogne le Famélique, ce qui stoppa net sa carrière dans la forbannerie. Son regard croisa celui d'Arkeïos, et l'orque lui fit un signe de tête, avant de repartir au secours de ses compagnons. Sans plus de considération, le mage sauta à l'eau, pour regagner le rivage à la nage.
La nuit était tombée, et Arkeïos observait la mer, la beauté du ciel étoilé fondant dans ce noir abîme au loin, uniquement éclairé par les restes encore en flammes du bateau. Aux alentours, il ne restait que les cadavres de pirates, les quelques poissons qui venaient se repaître de leur chair, un chien, et lui. L'animal, qu'il avait aperçu parfois sur le pont, avait réussi à rejoindre la rive, et s'était pelotonné contre le mage quand ce dernier avait allumé un feu, et fait cuire quelques crabes qu'il avait capturé. Tout en observant au loin, il caressait le poil du chien endormi. Il sentait également s'agiter Muan, son lézard familier, pelotonné bien au chaud dans une de ses poches de poitrine. Celui-ci, plutôt paresseux, s'était endormi durant le combat, et ne s'était réveillé qu'en sentant l'eau salée lui mouiller les pattes. Après avoir pesté pendant plusieurs heures, il s'était finalement rendormi, épuisé par sa propre exaspération. Il n'avait même pas senti que son maître était perturbé. Ce n'étaient pas les voix, en tout cas pas cette fois. Non, il s'agissait plutôt… D'autre chose, qu'il n’expliquait pas bien. Il était persuadé d'avoir vu les yeux de l'orque briller, un éclat argenté couvrant l’abîme de ses prunelles sombres, juste après qu'il l'eût sauvé. Il n'avait pu s'ôter cette vision de la tête depuis lors. La nuit de sommeil passée, au petit matin, il partit en direction de la forêt, Muan dans une poche, et son chien — il lui faudrait trouver un nom pour ce cabot — qui le suivait, tout heureux. Bien qu'il s'imaginât prendre un chemin quelconque, son esprit embrouillé le mena tout droit vers une clairière où trônait un grand bâtiment, dont un panneau indiquait le nom. * "L'auberge du nain grillé", c'quoi ce nom ? Les elfes ont fait une fête ici, ou quoi ? Ça donne faim… * Il secoua sa tête, tentant de taire les voix par ce biais. Il devait se décider. D'habitude, il évitait les autochtones, car ils ne lui parlaient que de "bûcher", ou de "purification par les armes", ce qui était d'un ennui… Mortel. Mais il était venu sur l'île pour une raison, à savoir être accepté quelque part, ne plus avoir à se cacher. De plus, il sentait qu'il aurait une réponse à cet éclat d'argent ici. Ses pieds décidèrent pour lui, et il se dirigea vers l'entrée. Croisant un humain, probablement un barde, vu son allure, il entra dans l'auberge sans lui adresser la parole. Une fois à l'intérieur, il s'assit, observant fugacement les autres personnes présentes, et attendit que l'un d'entre eux vienne le chasser pour ce qu'il était — encore, et toujours.* Qui z'y viennent, 'vont être servis ! * Mes sorts du jour sont dans ma signature 
_________________ Fiche perso d'Arkeïos "Sol" (Mage 2 ; CN(B)) Chroniques infernalesSorts préparés :
Niveau 0 : Langue mordue / Étincelle d'angeargent / Prestidigitation / Fatigue Niveau 1 : Armure de mage / Sommeil / Graisse Autres moi : Varelun / Zandaar / Ætherion ; merci d'envoyer vos MP à Ætherion
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