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- On arrive bientôt l'animal. C'est compris ?
Le soldat Thayen affecté à la surveillance de Lundar avait prononcé ces mots en commun, un sourire narquois fiché sur les lèvres. Depuis que l'elfe des bois avait embarqué, le thayen n'avait pas manqué la moindre occasion de faire sentir au barbare que sa nouvelle vie d'esclave lui procurerait bien moins de libertés et bien moins de libre arbitre que son ancienne vie, même si elle avait été un peu mouvementée avant qu'il ne soit capturé par la patrouille thayenne à l'est des Montagnes Theskiennes. Le garde, tout de rouge vêtu et recouvert d'une armure de plaques étincelante contrastait avec l'elfe de cuivre, vêtu de haillons et dont le corps était couvert de cicatrices et de marques de brûlures, dont certaines lui avaient été récemment infligées, par ce même homme qui le toisait.
Les mains et les pieds attachés à sa cage par de solides chaines, l'elfe sylvestre avait fait tout le voyage ainsi, attaché tel un animal sauvage dont on avait peur qu'il s’échappe. Depuis sa capture, il n'avait pas daigné parler en langue commune avec ses ravisseurs, ne souhaitant pas leur faire l'honneur d'être facilement compréhensible. Et c'est donc tout naturellement que le soldat d'élite qui le surveillait pendant la traversée en avait conclu qu'il ne parlait pas le commun. Il avait donc laissé fuiter certaines informations sur lui-même et sa famille, ce qui avait valu à Lundar de penser à la façon dont il se vengerait. De l'homme. De sa famille. De ses supérieurs... Cette pensée l'aidait clairement à supporter ce voyage le plus catastrophique qu'il avait jusqu'à présent vécu au cours de sa jeune existence. Alors même que l'homme s'adressait de nouveau à lui, il ne fit même pas attention aux propos de ce dernier, absorbé par ses pensées, agenouillé dans sa cage.
¤ Fils de gob'lin. Les premières à crever s'ront tes filles. Ensuite ta mère puis ta femme, après que j'lui ai appris ce qu'est un vrai mâle. Tout ça d'vant tes yeux. Ensuite j't'arracherais la langue et je t'la f'rais bouffer. Et enfin seul'ment j't'autoris'rais à crever ! Espèce de... ¤
Il fut tiré de ses pensées par un coup de pied magistral en plein visage qui vint lui ouvrir la pommette et l'arcade sourcilière droites. Les solerets en fer faisant partie de l'armure de plaques avaient été d'une grande aide à l'homme vêtu de rouge pour infliger cette blessure. Le garde avait surement capté l'expression faciale de l'elfe qui exprimait à la fois la haine, le dégout et la sauvagerie et avait deviné une partie des pensées de l'esclave, tentant par la même de le calmer par ce coup bien placé. Une fois n'était pas coutume, ce coup avait fait mouche, tant au niveau physique qu'au niveau psychologique, faisant entrer le barbare dans une fureur telle qu'il se releva d'un coup tentant de se ruer sur son tortionnaire qui recula juste à la bonne distance pour être hors de portée de son souffre douleur et le regarder s'exciter en y prenant un plaisir sadique. Lundar, hurlait dans la langue des orques, postillonnant tel un dément, gesticulant dans tous les sens espérant ainsi pouvoir se libérer de ses liens.
- J'te jure qu'ça s'pass'ra pas comme ça. Attends un peu que j'sois libre et tu verras. J'te crèv'rais, gnoll puant, j'te l'jure devant Gruumsh. Avant qu'tu meurres d'vieillesse... J'te crèv'rais.
Pour toute réponse de l'humain qui ne comprenait pas un traitre mot de ce qu'il venait d'entendre, le barbare obtint un résultat qu'il ne connaissait que trop bien... Le Thayen tira sur un anneau relié à une chaine directement reliée aux liens de l'esclave. Ce qui eut pour effet de tendre les chaines puis de ramener violemment l'elfe à la peau cuivrée contre la paroi en bois, dans un choc sourd lui coupant le souffle. Il se retrouvait ainsi collé le dos contre le bois, bras et jambes écartées dans l'incapacité de bouger. Chacune des journées qu'il avait passée depuis sa capture avait été à l'image de celle-ci, plus encore depuis qu'il était sur ce fichu bateau de marchandises...
Alors que le garde d'élite allait quitter la cale pour retourner sur le pont, Lundar entendit au loin que la traversée était terminée et que le bateau arrivait à quai. L'homme en armure fit demi tour jusqu'à l'elfe immobilisé, affichant une moue boudeuse. En commun, il s'adressa à lui.
- C'est réellement dommage que l'on soit déjà arrivés l'animal. Je vais devoir te guérir ! Etant donné que je n'ai pas le droit d'abimer la marchandise, je vais devoir te rendre un peu plus présentable et fermer ces deux vilaines blessures que tu viens de te faire en glissant sur le sol humide...
L'homme enleva alors son gantelet droit puis posa sa main sur le visage du sauvageon. Au passage il en profita pour lui mettre deux bonnes gifles, douloureuses et humiliantes et, de façon quasi-instantanée, les blessures sur le visage du prisonnier se refermèrent. Après quoi, il attacha quatre nouvelles chaines aux bracelets de Lundar : une pour chaque poignet et une pour chaque cheville. Il tira de nouveau sur des anneaux, et par un savant jeu de poulies, l'elfe des bois se retrouva plaqué de l'autre côté de la cale, le visage et le torse contre le bois. Les thayens avaient manifestement tout prévu pour éviter les problèmes avec cet esclave particulièrement sauvage. Dans cette position, le tortionnaire retira les chaines qui avaient maintenues l'elfe dans la position précédente. Ce dernier ne manqua pas de se débattre de toutes ses forces, alors qu'on lui mettait au pieds des fers réservés à la marche. S'ensuivit une lutte pour lui attacher les bras dans le dos par le biais de nouveaux fers. Le barbare ne comptait pas se laisser faire aussi facilement et se débattit comme un beau diable, mais le garde n'était pas un débutant ni un faiblard. Aidé par le fait que l'elfe était maintenu contre son gré, il parvint au final à lui attacher les bras dans le dos, de façon si serrée que Lundar ne pourrait même pas bouger une épaule. Moqueur, l'homme s'adressa de nouveau à lui.
- Si tu as aimé ça, tu vas adorer ce qui va suivre.
Le ton moqueur laissa place à un rire railleur qui mit l'elfe de cuivre hors de lui sans qu'il ne puisse extérioriser par autre chose qu'un cri sourd, proche du grognement le plus primitif qui soit. Le thayen attrapa un ustensile d'esclavagiste qui se trouvait non loin de lui : un tube de métal épais d'environ deux mètres de long à l'extrémité duquel se trouvait une longue chaine que l'on passait autour du cou de l'esclave. A l'autre extrémité, une poignée qui permettait de serrer plus ou moins la chaine autour du cou de l'infortuné. Il passa donc cette chaine autour du cou de Lundar qui tenta de le mordre, bien entendu sans succès. Après quoi il cria quelque chose dans une langue que Lundar ne connaissait pas. Au bout de quelques secondes, quelqu'un apparut et détacha les dernières chaines qui tenaient l'elfe attaché à la cale. Bien entendu, à cet instant précis, ce dernier tenta de se débattre et de s'échapper, mais les mains dans le dos, et les pieds ne pouvant faire des pas n’excédant guerre les quarante centimètre, il ne put rien faire d'autre que suivre le mouvement que lui imposait l'esclavagiste en direction de la sortie. Au passage, l'humain serra à plusieurs reprises la chaine autour du cou jusqu'à ce que l'elfe soit proche de la perte de conscience.
Lundar était dans un tel état qu'il n'était plus capable ni de penser ni de réfléchir. Il vit qu'on jetait sans ménagement les quelques possessions qu'il avait dans une caisse. Ceci attira par ailleurs un commentaire du thayen qui le tenait en respect grâce à son bâton d'esclave.
- Si tu as un peu de chance, on t'autorisera peut-être à utiliser tes jouets là où tu vas...
Puis, on le força à monter jusqu'au pont. C'était pour l'elfe une lutte de tous les instants. A chaque pas il luttait, mais plus il luttait plus il se fatiguait et plus l'esclavagiste serrait la chaine autour de son cou. Juste avant d'arriver sur le pont, l'homme en armure impeccable demanda à ce que l'on bâillonne le sauvage enchainé. Pour s'assurer que la résistance serait des moindres, il appliqua la bonne pression sur le cou de l'infortuné. Une fois celui-ci correctement bâillonné, l'humain murmura à son attention, dans la langue des orques dont il avait en vérité une maîtrise parfaite.
- Et au fait, oublie tes idées de vengeance l'animal. Là ou tu vas, tu ne retrouveras pas de sitôt la liberté...
Alors qu'une haine sauvage montait en Lundar, on le sortit de la cale sans aucun ménagement. Son esprit brûlait d'en découdre, mais son corps, commençait à faiblir et malgré le fait qu'il continuait de se débattre tout en hurlant des syllabes incompréhensibles à cause de son bâillon, le tenir en respect était à présent un peu plus aisé pour l'esclavagiste. Qui plus est, c'était la première fois, depuis qu'il était monté à bord, que le barbare voyait de nouveau une lumière naturelle, aussi l'éclat de celle-ci fut telle un choc pour lui. Il ne cesserait pas de se débattre, mais l'épuisement commençait à se faire sentir et l'homme était en train de gagner cette première bataille. A priori fier de sa marchandise, le tortionnaire avait décidé de conduire lui-même l'elfe des bois jusqu'à sa destination. C'est ainsi qu'ils mirent pied à terre. Les premiers pas de Lundar dans la cité de Gemmaline étaient ceux d'un esclave à l'apparence démente, hurlant et gesticulant malgré un épuisement évident : un sauvage enchaîné.
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