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Les marins attendant l'office en l'honneur d'Umberlie ne tardèrent pas à être exaucé : le prêtre de Valkur ayant prononcé la fin de son oraison, terminant sur un « Puisses-tu nous garder des mauvais vents ! », la vieille femme s'élança en lui faisant signe de s'éloigner et prit la parole. « Prrt ! Oui, que l'gentil capitaine J'suis-jamais-là-quand-y-faut garde ses pets pour lui, t'as raison ! Maint'nant, laisse la place aux personnes sérieuses. » Les marins ayant entendu la phrase de leur prêtresse ne purent s'empêcher de rire, alors que le prêtre se contenta de hausser les épaules et de laisser libre en gardant la tête haute la table servant d'autel. Immédiatement, le pont se remplit : certains matelots remontèrent de la cale pour écouter les paroles de la fidèle d'Umberlie. Ses paroles ne furent d'ailleurs pas d'une immense profondeur, mais plutôt un tissu décousu se résumant à des critiques envers tout le monde et à dire qu'implorer la Reine Garce ne serait d'aucun recours contre des krakens, si ce n'est à attirer l'attention sur le navire à provoquer une tempête qui l'enverrait droit vers les monstres ! « Moi, j'm'en fous, bande d'irresponsables : des krakens, j'en ai d'jà vus et j'y ai échappé. Oui, mon gros ! Même que j'en ai bouffés, et pas qu'un ! Alors si vous voulez pas que j'prie trop pour nous, gardez vos sacrifices ridicules de sous j'tés dans l'océan pour la quête au Cyclone à Gemmaline. On y est dans une heure, r'gardez un peu d'vant, les miros ! » Toutefois, malgré cela, la prêtresse, fidèle à l'attitude lunatique qu'on lui prêtait, entama une prière, implorant le pardon d'Umberlie et lui promettant que des sacrifices de volailles et pourceaux lui seraient faits une fois à terre. De leur côté, plusieurs matelots avaient jeté des sous par dessus bord, les plus chanceux d'entre eux, qui avaient réussi à glaner des piécettes de fer ou d'étain sans valeur à Eauprofonde et Gemmaline, les jetèrent et purent ainsi conserver leur maigre fortune intacte tout en croyant naïvement se garder de la colère de la Reine Garce. Ayant vu quelques minutes plus tôt Aengus jeter carrément un écu d'or, un passager vêtu de tissus précieux, apparemment bien en fond et ignorant des usages du culte d'Umberlie, fouilla dans sa bourse et en ressortit pour les jeter à l'eau deux pièces à l'éclat gris-blanc que la plupart des gens auraient pris pour de l'argent, mais en lesquels Aengus reconnut du platine, ce qui ne manqua pas de lui sembler du gâchis. D'autant plus que la prêtresse venait de dire de garder son or pour le temple à Gemmaline… mais cet homme ne manquerait surement pas de faire un autre don au temple une fois arrivé !
Durant l'heure que dura la fin de la traversée, rien de notable ne fut à signaler ; lorsque l'elfe dans les haubans cria que les krakens avaient attrapé une baleine et l'avait emportée vers l'horizon, toute la pression accumulée depuis l'annonce de leur apparition fut évacuée et le capitaine prit la parole pour annoncer à ses marins que, pour leur courage exemplaire, une prime de deux deniers leur serait octroyée à la fin de la décade. Cette annonce les fit redoubler d'efforts et, bien que mû par le vent, le navire gagna un peu en vitesse, du fait de la meilleure réactivité des matelots. Une fois en rade, le Fileur des Mers fut assailli par une nuée de barques et canots venus pour ramener à terre les passagers et, aussi, pour emmener des officiels du port de Gemmaline désireux de discuter avec le capitaine. Les passeurs furent gentiment refoulé par l'équipage du navire, qui disposait de ses propres canots et qui, de toute manière, allait manœuvrer pour être amarré à quai. C'est ainsi que, grâce aux rameurs et aux chevaux du port, le navire fut installé contre une jetée flottante et le débarquement put débuter. Une fois la passerelle jetée, les passagers furent les premiers invités à descendre, de sorte que les débardeurs puissent ensuite effectuer leur travail sans entrave. Ses affaires empaquetées, le jeune homme des Moonshae put enfin mettre pied à terre et découvrir cette ile qui serait sa nouvelle patrie, espérant n'y pas connaitre les mésaventures qui l'avaient chassé de Caer Callidyrr. Assez petit comparé à des ports comme ceux d'Eauprofonde, de la Porte de Baldur ou de Portcalim, celui de Gemmaline était tout de même appréciable et en ce milieu de matinée regorgeait d'activité : çà et là des manouvriers demi-orques portaient sans effort des charges que peu de gens auraient crues transportables, ailleurs des camelots amusaient la foule ou vendaient des produits de qualité douteuse… Mais la pluie fine qui avait débuté à l'arrivée du vaisseau dans la rade ne tarda pas à être battante et fit se déplacer tout ce monde vers les auvents des tavernes et auberges bordant le port, afin d'y attendre une accalmie. Parmi ces établissements, trois d'entre eux se détachaient du lot : affichant respectivement à leur enseigne un poisson, un serpent ondulant et deux énormes lèvres rouges laissant plus penser à une maison de tolérance qu'à une auberge… À l'autre bout du port, Aengus put aussi reconnaitre le symbole de la Reine Garce ornant un énorme navire surarmé. La pluie commençant à se faire sentir à travers ses fins vêtements, il allait lui falloir trouver un abri s'il ne voulait pas prendre froid.
_________________ Frère Théodemir (Aussi joueur de feu Râourgh l’Éclateur de crânes, Marcel Fasnières, Kerrarc’h Inflexible et Méline l’érudite)Cefrey Ventre-Solide, orfèvre et girly Chapour et ses règles perso (Ne pas hésiter à les consulter régulièrement en cas de nouveauté ou pour rappel !)
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