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La cérémonie avait été parfaite. Après un long voyage épuisant, passé à entendre des gens, des humanoïdes, piailler sur leurs problèmes insignifiants et regardant plus leur nombril que les plaines et bois magnifiques par lesquels ils passaient, Freyja était heureuse de pouvoir se poser dans un environnement plus familier. Même si Vlad était nerveux du fait du nouvel habitat temporaire, il se calma vite, surtout quand il vit que la rivière non loin débordait de poisson frais. C'était comme une seconde maison pour eux, ou plutôt c'était comme se retrouver chez soi après une longue balade, et ce chez soi était la nature environnante.
Freyja, au contraire de son compagnon animal, n'eut toutefois pas le loisir de se reposer, car la préparation de la cérémonie vint rapidement. Rituels sacrés sur rituels sacrés, elle tenait à tout achever à la perfection, non pas par défit, mais par fierté. Elle voulait que son intégration officielle se passe au mieux, elle tenait à respecter les traditions à la lettre.Vint finalement la grande cérémonie en elle-même, à l'aube du jour même de son anniversaire. Le rituel l'avait tant fascinée qu'émerveillée. Tout le conseil était présent, ainsi que son ancien mentor. Tous s'étaient placés en rond autour d'elle dans un petit bosquet, et observaient la druidesse pendant qu'elle récitait les incantations ancestrales. À la fin, ils l'accompagnèrent. C'était comme si toute la vie de la forêt était synchrone, tous les cœurs battant à l'unisson. Les animaux venaient, curieux, et observaient le rituel. Même Vlad était là, fixant le centre du cercle, sans trop savoir pourquoi, mais il savait qu'il devait observer. les oiseaux chantaient, les ours grognaient et les loups hurlaient. Une série de lumière chatoyantes emplirent momentanément la clairière, avant de disparaître subitement. Le rituel venait de prendre fin, le silence se fit dans les bois, les animaux repartaient à leur occupation première.
Maintenant l'assemblée reconnaissait ses talents de druidesse. Elle en était fière et le montrait, qu'elle le veuille consciemment ou non. Elle avait même reçu un présent de son mentor, un piercing empreint de magie naturelle, en guise de cadeau d'anniversaire et cérémonial. Elle était aux anges.
La cérémonie terminée, Vlade et elle déambulaient dans les rues de la ville, observant avec dédain les coutumes des animaux qui lui étaient le moins sympathiques. La présence de l'ours faisait un peu tâche, mais celle de son amie, dû-t-elle passer pour son maître, calma les esprits. Freyja espérait, en arrivant en ville, qu'une caravane reparte rapidement en direction de son bosquet, mais elle ne fut guère étonnée d'apprendre qu'il lui faudrait attendre plusieurs jours. Prenant son mal en patience, elle décida de repartir dans les bois pour y dormir. Mais les habitudes des humanoïdes étaient étranges, eux qui fermaient les chemins à l'aide de lourdes portes la nuit et refusaient de les ouvrir, de peur que le croque-mitaine ne vienne les mâchonner pendant leur sommeil. Freyja hésitait sur l'origine de cette paranoïa : était-ce parce qu'ils ne savaient pas correctement se défendre, faibles qu'ils sont, ou tout simplement parce que leur avarice les avait tellement poussé à tout détruire qu'ils en étaient venu à se méfier de tout de peur que la nature ne se rebelle ?
Enfin, ces questions philosophiques non débattues -- elle savait très bien où elle considérait la place de toute chose, et préférait profiter de sa journée spéciale -- la barbadruide chercha un coin tranquille en ville pour y passer la nuit. Il fallait dire que se balader avec un ours d'une tonne n'était pas un fait qui ouvrait toutes les portes, et Freyja n'était pas non plus friande de dormir sous un toit... * À tous les coups, ça va s'effondrer ces machins... * Vlad et elle s'arrêtèrent donc dans une ruelle calme, un peu à l'écart, pour s'y installer pour la nuit à la belle étoile. Une petite palissade de bois séparait l'artère attenante et la ruelle, ce qui faisait un bon poste d'observation, et surtout un bon appui moins froid que la pierre des maisons. Le pelage de l'ours et quelques planches de bois ramassées ça et là suffiraient pour la protéger temporairement du froid et de la pluie, et les dents et le flair de son compagnons des importuns qui auraient des envies de suicide nocturnes.
Elle s'endormit donc sur son oreiller de garde de mille kilos, et fut éveillée brusquement alors qu'un-dit suicidaire venait tambouriner sur la palissade. L'adrénaline redescendait à peine alors qu'elle se remit sur ses pieds, toisant l'énervé, elle même en passe de frapper aussi brusquement qu'il ne l'avait fait sur le nez de ce casse-pieds.
- Tout doux, Vlad, dit-elle à son ours sur les nerfs tout en lui caressant calmement le dos, surtout pour éviter d'avoir à justifier un mort aux gardes. Tu veux quoi ? enchaîna-t-elle sur un ton bien peu amical à l'autre, la voix encore un peu cassée de son réveil brutal.
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