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Le voyage avait semblé long… mais surtout pour les matelots. Bien qu'habitués à faire le trajet depuis Athkatla, c'était la première fois qu'ils avaient un nain à bord. Et si encore cela n'avait été qu'un nain ! Mais il leur avait fallu en supporter trois et, même s'ils n'étaient pas désagréables, l'équipage dans son ensemble était content qu'enfin Gemmaline soit atteinte, pour dire adieu à la bière-au-diable, aux remarques destinées à mieux lui apprendre son travail, aux chansons à boire des trois nains, ainsi qu'à leurs beuveries tout simplement. Mais le calvaire n'était pas encore tout à fait fini, car plutôt que de descendre avec les quelques autres passagers, ils s'étaient tous les trois mis à vouloir aider les matelots et les débardeurs du port. Il était impossible de leur dire quoi que ce soit, ils avaient payé pour traverser, ils étaient plein de bonne volonté et deux d'entre eux étaient des prêtres qui, à plusieurs reprises, avaient soigné quelques blessures bénignes sur le navire (dans le dos du prêtre d'Umberlie, bien sûr !), mais leur ignorance totale du métier et des méthodes les plus efficaces de transports et d'empilement des marchandises compliquait plus qu'autre chose la tâche des travailleurs, qui essayaient de leur donner à transporter des objets légers et résistants. Toutefois, l'un des nains ne put s'empêcher de vouloir épater la galerie et entreprit de déplacer tout seul, repoussant toute aide, une énorme clepsydre de marbre et de cuivre destinée au temple d'Oghma… Voyant que l'objet était un peu trop lourd pour lui, il n'hésita pas à s'enchanter et se mit soudainement à grandir, grandir, grandir… jusqu'à atteindre les trois mètres pour deux mètres cinquante de large, pouvant sans peine enserrer dans ses paluches la tête du plus gros des débardeurs orques qui s'affairaient à ses côtés. Aussitôt, tous les matelots autour de lui sursautèrent et certains crièrent au monstre, avant de comprendre qu'il ne s'agissait que d'un simple tour de magie et de reprendre le travail en le regardant d'un drôle d'air.
Toutefois, le capitaine du vaisseau ne vit pas d'un œil si amène ce désordre et il envoya aussitôt cinq manutentionnaires aider Agnar, afin qu'il n'arrive pas malheur à la clepsydre, puis, attendant que les trois nains soient à terre, s'approcha d'Ogdran, qu'il jugeait la plus raisonnable des trois, peut-être parce qu'elle était une femme ou que son absence de pilosité faciale ne la désignait pas à ses yeux comme une naine à part entière. « J'ai demandé à mes hommes de descendre vos effets, tout est là, fit-il en désignant le bardas des nains, soigneusement posé sur les quais, un peu plus loin, surveillé, avec l'âne d'Ogdran, par un hadozee et un humain en train de jouer aux dés. Nous vous remercions pour votre aide, mais comprenez qu'il m'est difficile de l'accepter. Que diraient les autres capitaines s'ils apprenaient que je fais travailler les passagers sur mon navire ? Et, surtout, que dirait la guilde des débardeurs si elle apprenait que je fais travailler gratuitement des étrangers ? Enfin, quand je parle de guilde des débardeurs… c'est Nek, ici, la guilde. C'est un minotaure, et il plaisante pas avec les droits des ouvriers du port et moi, je ne veux aucun problème. Vous devriez plutôt profiter de votre arrivée et des deux heures de jour qu'il reste. » Sur ces mots, l'homme salua poliment Ogdran et s'en retourna, donnant au passage quelques ordres à ses matelots qui regardaient en riant Agnar et Borakroc éloigner les demi-orques avec des regards furibonds pendant qu'ils essayaient de ranger contre un mur l'imposante clepsydre. Ces derniers finirent par laisser tomber et laissèrent les marins prendre en charge, poussés par leur capitaine, l'horloge à eau, en congédiant gentiment les deux nains, qui rejoignirent leur compagne auprès de leurs affaires.
Mais à peine les avaient-ils récupérées et s'apprêtaient-il à s'éloigner, qu'un groupe de gardes arriva et les entoura. Chacun d'eux se voyait pris pour cible par deux arbalétriers et cinq hommes d'armes avaient la main sur leur épée, prêt à dégainer, pendant que sur les quais, tout autour, les autres gardes s'étaient interrompus dans leur ronde et faisaient s'éloigner les passants qui s'arrêtaient pour voir l'arrestation. Un homme, apparemment le capitaine des gardes présents, s'avança d'un pas dans leur direction et, les détaillant soigneusement, s'adressa à Agnar. « Vous êtes bien Agnar Tranche-Profond, du Turmish ? Je vais vous prier de me suivre, s'il-vous-plait, sans faire d'esclandre. » Le ton était neutre, sans animosité, mais l'attitude des dix gardes qui l'accompagnaient témoignait bien du fait qu'ils étaient prêts à en découdre si le besoin s'en faisait sentir. Aussitôt après, les lèvres du garde se mirent à remuer discrètement sans émettre de son. Surpris, Borakroc et Ogdran tentèrent d'y comprendre quelque chose en lisant sur ses lèvres, mais hormis « Êtes en danse. » rien de clair n'en ressortit, seul Agnar saisit quelque chose de plus plausible : « Faites confiance ! », dit en turmic, mais il ne parvint pas vraiment à déterminer s'il devait se tenir sur ses gardes ou accepter de s'en remettre au capitaine…
_________________ Frère Théodemir (Aussi joueur de feu Râourgh l’Éclateur de crânes, Marcel Fasnières, Kerrarc’h Inflexible et Méline l’érudite)Cefrey Ventre-Solide, orfèvre et girly Chapour et ses règles perso (Ne pas hésiter à les consulter régulièrement en cas de nouveauté ou pour rappel !)
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