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Le manège du prince fonctionnait à merveille : le sang d'Elifern chauffait doucement et son regard saphir foudroyait le cornu aux yeux fuyants. Plusieurs fois, une douce couleur azurée sembla poindre sur ses joues pleines, menaçant d'envahir toute sa conscience et de la plonger dans cet état où elle ne répondait plus d'elle-même, où le sang battant aux tempes appelait le sang versé à grands renforts de trempes.
Dans ces conditions, le petit jeu de Morn, à l'instar du diable, était pour Elifern un délai détestable. Quelle idée avait-il pour vouloir coucher sur le parchemin un quelconque contrat ? Et comment ferait-il pour faire tenir parole à une saloperie de diable ? C'était stupide ! Songeait la belle, encore un peu plus énervée. Les dents grinçantes et serrées, elle pressa le sorcier :
_ Abrège ! Tu nous fatigues avec tes conneries...
Il fallait dire qu'elle n'avait pas grand respect pour ce genre de choses ni pour celui qui semblait vouloir s'y adonner : le parchemin, c'était bon pour faire du feu de l'avis de la femme-bête qui n'entendait rien, bien sûr, à l'écriture et s'en portait fort bien ainsi. Apprendre ce genre de choses risquait de la civiliser, de formater son esprit, d'en faire une de ces détestables créatures pensantes élaborées et complexes. Au-delà de toute rédemption, de toute nature pure et simple joie : son dieu ne le lui pardonnerait pas si d'aventure elle parvenait à surmonter la nausée que cela lui inspirait !
Le chiot, encore ignorant et naïf, bien que mauvais comme une teigne, attira l'attention de la barbare : au pied du bureau massif de métisse infernal, dans un angle qui le maintenait hors du champ de vision du propriétaire de ces lieux, Elifern eut le ravissement de constater que la boule de poils exprimait avec subtilité et innocence, ce qu'elle-même aurait aimé dévoiler : levant la papatte, sans gêne, le petit marqua son territoire à l'ancienne, comme l'instinct de tous les canidés les poussait à le faire. Un filet jaunâtre vint maculer le bois ouvragé et souiller le tapis coûteux dans un pied-de-nez inconscient à la magnificence de sa majesté des Enfers. Un délice...
Elifern eut bien du mal à réprimer un sourire. Que ce petit était prometteur ! Elle eut un instant d’attendrissement délicat envers cet enfant qui était un peu comme le sien. Davantage encore que ceux qui avaient été issus de ses entrailles. D'un claquement de langue et d'un geste sec, elle rappela l'animal à ses côtés, une fois ses frasques consommées...
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