Chaque jour qui passe est un mouvement supplémentaire au sein du rigodon élyséen, l'heureuse danse d'une vie d'extase menée dans l'insouciance et sans la moindre frustration. Recherchez la joie en commençant par l'offrir à votre prochain. Les fêtes sont ouvertes à tous — rassemblez y ceux qui sont perdus, seuls, exilés et traqués, et même vos ennemis. Laissez chacun suivre ses désirs et n'omettez jamais de céder aux vôtres...
Voila donc le dogme qui séduisit Joseph Böck. Il venait de découvrir du haut de ses 15 ans qu'une puissance supérieur partageait ses envies les plus chères. Lliira, grande déesse hédoniste, partisane du bonheur et de la fête se présenta devant lui au travers d'une troupe de prêtre vêtue de couleurs chaudes et extravagantes, chantant, dansant et buvant au nom de leur divinité lors d'un bel après-midi ensoleille.
Provenant d'une famille aisée et bourgeoise, bien connue en la région d'Eauprofonde, il renonça pourtant en un instant à son luxueux héritage, pressentant alors une destinée tout autre que de devenir commerçant à l'instar de son père. Faire le bonheur autours de soi et aider autrui à passer outre les souffrances quotidiennes de ce monde, voila quelque chose de bien plus utile que devoir gérer des stocks de carottes ou d'anchois...
Sa décision prise, il fugua une semaine plus tard, laissant derrière lui tout ce qui pouvait empêcher son devenir. Allant de temple en temple, il contait son histoire à qui voulait l'entendre, espérant par la même quelques renseignement sur l'endroit où les adeptes de Lliira pouvaient se trouver. Les différents prêtres rencontrés prétextaient chacun que seule leur religion était celle à suivre, reléguant les joyeux au rang de simples fêtards qui ne se souciaient que de savoir s'il restait du vin dans les tonneaux ou de l'argent à dépenser... Plus d'une fois on le mit en garde de ne pas suivre leur route, et à chaque fois sa détermination s'en fut renforcée.
Et ce fut au bout de trois mois de longues et intenses recherches que l'enfant pu enfin entendre parler d'une fête organise par les membres de ce clergé. Fête durant laquelle il put s'inviter. L'alcool coulait à foison, les chants étaient d'une grande beauté et la nourriture exquise, et tous s'amusèrent dans la joie et le bonheur. Il reçut ainsi les préceptes et principes de la vie selon Lliira, et devint dès lors l'un de ses adeptes les plus fervent...
[...]Se relevant de la table sur laquelle il dormait encore profondément quelques minutes auparavant, Joseph eut du mal à saisir les paroles du tavernier tellement son crâne le lançait.
"Boudiou, j'ai plus vingts ans, pour sùr..." pensa-t-il, essayant de résister à la douleur de mille marteaux frappant l’intérieur de sa pauvre tête. Titubant un peu, il reussit à ouvrir pleinement les yeux pour enfin remarquer qu'il se trouvait par miracle dans la même taverne que la veille.
- Bénie sois tu Lliira, pour ta bonté éternelle de nous avoir offert pareille nuit! enjoignant les mains au dessus de lui et baissant la tête en signe de remerciement,
et merci plus encore de ne pas m'avoir fais me perdre comme là dernière fois dans les latrines de l'auberge, grâce te sois rendue...- Ehoo, tu m’écoute dit?!
Aventurant son regard autours de lui, il put en effet comprendre que c’était à lui que le gérant de l’établissement s'adressait.
- Ah oui, bonjour oui fit-il avec un grand sourire. Il attrapa une chaise non loin de là et s'assit, toussotant et essayant de reprendre ses forces.
- Non mais ?! c'est pas le moment de te rassoir outre à vinasse! Hop on se bouge! Tout les autres y s'ont mis à décamper y à un bon moment maintenant alors toi aussi dégage!
"Tout les autres? Ah oui tiens, où sont-il tous passé...?" Fouillant dans sa mémoire le pourquoi du comment, l'illumination lui vint.
"Nom d'une pipe en sucre, le départ pour Tethyr!!!"
Tout lui revint d'un coup, la préparation du voyage annuel pour faire connaitre leur déesse, la grande soirée sacrée de départ, deux de ses frères avec qui ils avaient entrepris un concours de bière la veille...
Se levant d'un coup d'un seul, il demanda poliment au tavernier ses affaires de voyage ainsi que la direction à prendre pour aller au port de la ville et partit sur le champs, laissant derrière lui quelques pièces d'or pour le dédommagement.
Arrivé sur place, aucun signe de ses frères et sœurs sur les quais. Aucunes musiques, rires ou festivités n'aurait pu lui indiquer le bateau à prendre. Questionnant les gens par ci par là, il tomba sur un marin qui lui assura que son navire allait bien à la destination désirée du prêtre, moyennant bien sûr quelques pièces. Heureux, et désormais sans le sous, il embarque à bord juste avant le lâché des amarres.
Ce que Joseph n'arrivait pas à comprendre c'est pourquoi le gentil marin n’était pas monté avec lui, et qu'il lui faisait un grand au-revoir de la main toujours assis sur les quais, un large sourire aux lèvres...